Depuis la fin de la CAN au Maroc, certains ont pu découvrir une nouvelle spécialité dans un pays pourtant d'une richesse culinaire exceptionnelle. Il s'agit d'un plat dénommé « El seum », cette nouvelle recette, mijotée dans l'amertume d'un trophée envolé, servie brûlante et parfois accompagnée d'un verdict bien corsé. Les supporters sénégalais, eux, pensaient simplement célébrer une étoile. Ils ont finalement découvert qu'entre le stade et le tribunal, il n'y a qu'un pas, celui de l'injustice.
Hooliganisme, dit-on. Le mot tombe comme un couperet. L'étiquette est posée, le plat est prêt, il ne reste plus qu'à servir. Dans la grande cuisine des frustrations post-finale, la justice marocaine semble avoir sorti son plus beau service. On mélange défaite, orgueil froissé et besoin d'autorité. L'assiette dressée, quant à elle, se veut ferme, exemplaire, symbolique : « El seum », à consommer sans modération.
Toutefois, pendant que ce festin judiciaire se déroule, un autre spectacle intrigue : le silence. Un silence dense, pesant, presqu'assourdissant. Silence d'une partie de la presse sénégalaise, si prompte à célébrer les victoires, mais plus timide quand il s'agit de défendre ses supporters. Silence des autorités sportives. Silence aussi des héros du terrain, ceux pour qui ces supporters ont traversé des frontières, chanté, vibré.
Comme si la finale s'était arrêtée au coup de sifflet final de l'arbitre. Comme si, une fois la médaille d'or autour du cou, le reste relevait d'un autre match. Une partie moins glamour, moins télévisée, moins vendeuse. Néanmoins, dans ce concert de mutisme, une voix s'est tout de même détachée : celle de Pape Matar Sarr qui a osé un message, un geste, une prise de position. Ce n'est certes pas une révolution diplomatique, mais au moins un rappel. Derrière les dossiers judiciaires, il y a des compatriotes, des visages, des familles !
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Le contraste est totalement saisissant. D'un côté des supporters embastillés, transformés en symbole d'un ordre à réaffirmer, de l'autre, un pays champion d'Afrique, étrangement discret quand ses propres voix sont mises sous pression. Ironie du sort, le Sénégal a seulement eu le tort de gagner une finale de football. Cent-vingt minutes d'efforts, une deuxième étoile sur le mot grâce au but héroïque de Pape Gueye.
Rien de plus. Malheureusement, certains ont interprété ce succès comme une provocation, un crime de lèse-majesté : ils ont osé gagner la Coupe promise à Brahim Diaz et compagnie. Une provocation impardonnable. Alors, on cherche des responsables : les supporters. Or, ces derniers, les images le montrent à suffisance, n'ont pas provoqué les échauffourées. Les stadiers marocains ont fait preuve d'une violence inouïe.
Au-delà du sarcasme, une question demeure : qu'est-ce qui fait le plus de bruit, la colère d'une défaite ou le silence de ceux qui auraient pu (du) parler ? Le football passe, les trophées brillent puis se rangent dans les armoires. Les décisions, elles, restent, tout comme le silence...
Et pendant ce temps, n'oublions pas que la Fédération sénégalaise de football (Fsf) organise une tournée nationale avec le trophée, pendant que 18 de ses valeureux soldats qui ont contribué à sa conquête sont sous les geôles marocaines, retenus tels des otages et n'ont eu droit qu'à un ragout malfamé de « seum » servi sous le sceau de l'injustice.