Dans cette interview, l'économiste Seydou Sow analyse la dynamique des échanges commerciaux du Sénégal. Il affirme qu'un changement d'échelle s'est produit avec l'or et le pétrole.
Le Sénégal a connu une évolution notable de ses exportations au mois de décembre. Quels sont les facteurs qui expliquent cette progression ?
La progression des exportations, en décembre 2025, s'explique principalement par la forte hausse des ventes d'or non monétaire, d'huiles brutes de pétrole et de produits pétroliers raffinés. Les exportations se sont établies à 825,3 milliards de FCfa contre 323,6 milliards le mois précédent, soit une hausse de 155 %. Cette évolution est largement portée par l'or non monétaire (206,8 milliards de FCfa), les huiles brutes de pétrole (106,3 milliards) et les produits pétroliers raffinés (90,4 milliards). Il s'agit d'un effet combiné de volumes et de prix.
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Depuis 2023, la mise en production du champ pétrolier de Sangomar et du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim a modifié la structure des exportations. Par ailleurs, la hausse des cours internationaux de l'or ainsi que l'entrée en production de nouvelles capacités, comme la mine de Boto, ont renforcé les recettes. La dynamique observée en décembre s'inscrit dans une transformation plus structurelle du commerce extérieur sénégalais.
Du point de vue des importations, des baisses sont constatées. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Les importations ont reculé à 544,8 milliards de FCfa en décembre, contre 713,3 milliards en novembre, soit une baisse de 23,6 %. Cette diminution est principalement liée à la forte contraction des achats de matériels de transport ainsi qu'au recul des importations de produits pharmaceutiques et de sucre. Il convient de rester prudent dans l'interprétation. Les données mensuelles peuvent être influencées par des opérations ponctuelles ou des livraisons exceptionnelles. En revanche, combinée à la hausse des exportations, cette baisse contribue mécaniquement à l'amélioration du solde commercial. Sur le plan macroéconomique, cela réduit temporairement la pression sur la balance des paiements.
Ces derniers mois, le déficit de la balance commerciale connaît une tendance baissière. Quelle lecture en faites-vous ?
En décembre 2025, le solde commercial est redevenu excédentaire (+280,5 milliards de FCfa), après un déficit de -389,7 milliards le mois précédent. En cumul annuel, le déficit s'établit à -1343,9 milliards de FCfa à fin décembre 2025, contre -3252,3 milliards un an auparavant. La réduction est significative. Cette évolution traduit l'effet de la montée en puissance des exportations extractives, notamment l'or et les hydrocarbures. Le pays génère davantage de recettes en devises ; ce qui améliore sa position extérieure. Cependant, cette amélioration reste concentrée sur un nombre limité de produits à forte volatilité des prix internationaux. La soutenabilité de cette tendance dépendra donc de l'évolution des cours et des volumes exportés.
Comment appréhendez-vous les perspectives des échanges commerciaux du Sénégal pour l'année 2026 ?
Les perspectives pour 2026 apparaissent globalement favorables. La production pétrolière issue de Sangomar et le développement du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim devraient continuer de soutenir les exportations. Le secteur aurifère, renforcé par l'entrée en production de Boto, devrait également contribuer positivement, sous réserve du maintien des cours internationaux. Toutefois, l'impact budgétaire restera progressif. Dans le secteur aurifère, les royalties sont fixes ; ce qui limite l'effet multiplicateur en période de hausse des prix.
Dans le secteur pétrolier, l'amortissement initial des investissements réduit temporairement la part de profit revenant à l'État. À moyen terme, si les volumes augmentent et que les coûts d'investissement sont absorbés, les flux financiers vers l'économie nationale devraient s'accroître. L'enjeu stratégique pour 2026 sera de transformer cette amélioration des exportations en diversification productive et en renforcement de la valeur ajoutée locale.