Ile Maurice: Banques mauriciennes - Solides aujourd'hui, sous vigilance souveraine demain

23 Février 2026

Le dernier rapport de Moody's Ratings dresse un constat nuancé du secteur bancaire mauricien : les fondamentaux restent robustes, mais l'environnement macroéconomique et le risque souverain imposent une vigilance accrue.

Publié le 20 février, le rapport de l'agence de notation maintient une perspective stable pour le système bancaire, estimant que la croissance économique régulière soutiendra les fonds propres, la liquidité et le financement des établissements. Toutefois, la perspective négative attachée à la note souveraine de Maurice continue de peser en toile de fond.

Moody's table sur une croissance du PIB réel d'environ 3 % en 2026, un rythme comparable à celui de 2025, quoique légèrement inférieur au potentiel du pays. Le dynamisme du tourisme, la bonne tenue des services et un marché du travail favorable soutiennent l'activité. La consommation des ménages bénéficie d'une progression régulière des salaires et de l'emploi.

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Cependant, la consolidation budgétaire engagée par les autorités - hausse de la fiscalité, suppression d'incitations et réduction de transferts - freine la dynamique à court terme. À cela s'ajoutent des contraintes structurelles persistantes : pénuries de main-d'oeuvre, dépendance élevée aux importations, base d'exportation étroite et vulnérabilité climatique.

Malgré ces défis, l'inflation devrait rester contenue dans la fourchette cible de la Banque de Maurice (2 %-5 %), avec un taux directeur maintenu à 4,50 %, contribuant à des conditions financières modérément restrictives mais stables.

Après une détérioration en 2025, la qualité des actifs des banques devrait se stabiliser. Le ratio des prêts non performants (NPL) à l'échelle du système devrait se maintenir autour de 4 %, contre 3,4 % en 2024 et 3,9 % à mi-2025. La hausse observée l'an dernier reflétait notamment un durcissement des règles de classification ainsi que les pressions exercées sur les entreprises par la montée des coûts et de la fiscalité, en particulier dans les secteurs fortement endettés comme l'hôtellerie et l'immobilier.

Immobilier résidentiel : Prix en hausse de 117% depuis 2018

Les portefeuilles des ménages et des non-résidents affichent des ratios de prêts douteux plus contenus, respectivement autour de 1,8 % et 3 %. Néanmoins, Moody's souligne un facteur de risque important : la flambée des prix de l'immobilier résidentiel, en hausse de 117 % depuis 2018, qui pourrait fragiliser certains emprunteurs en cas de retournement.

Les provisions restent solides, avec une couverture spécifique représentant 62 % des prêts douteux à mi-2025, renforçant la capacité d'absorption des pertes.

Le secteur conserve des ratios de fonds propres confortables. Le ratio Common Equity Tier 1 (CET1) s'établissait à 19,4 % en juin 2025, en léger recul par rapport aux 20,1 % de l'année précédente, mais largement supérieur aux exigences réglementaires minimales. Cette solidité est soutenue par une génération interne de capital soutenue et une politique de dividendes prudente, les banques réinvestissant généralement 60 % à 70 % de leurs bénéfices.

Moody's estime que cette capitalisation élevée permettra aux banques de résister à d'éventuels chocs macroéconomiques ou financiers.

La rentabilité devrait toutefois s'éroder en 2026. Le rendement des actifs avant impôts, proche de 2 %, demeure solide, mais en baisse par rapport aux 2,6 % enregistrés en 2024. La compression des marges, accentuée par les baisses de taux américaines et la sensibilité des actifs en dollar aux cycles de taux, pèse sur les revenus. La hausse de la fiscalité contribue également à réduire les bénéfices.

Le marché domestique, étroit et relativement saturé, limite par ailleurs les perspectives d'expansion organique. Les banques restent fortement dépendantes des activités internationales, notamment des Global Business Companies (GBC) et des dépôts non-résidents.

La liquidité constitue un point fort majeur. Les actifs liquides représentaient 49 % du total des actifs en juin 2025, tandis que le ratio de couverture des liquidités (LCR) atteignait 282 %. Le ratio prêts/dépôts demeure faible, autour de 54 %, traduisant un financement confortable.

Cependant, 55 % des dépôts proviennent de clients internationaux, plus sensibles aux chocs de confiance et souvent libellés en devises à court terme. Moody's considère néanmoins que les coussins de liquidité sont suffisants pour absorber d'éventuelles sorties.

En conclusion, Moody's juge élevée la probabilité que le gouvernement accorde son soutien aux banques les plus importantes, estimant que «les autorités s'attellent à élaborer un nouveau régime de résolution bancaire qui permettra le renflouement des créanciers bancaires en cas de défaillance d'un établissement».

Trois banques notées

Trois établissements sont notés par l'agence : la Mauritius Commercial Bank Ltd (33 % de part de marché), notée Baa3 pour les dépôts à long terme, perspective négative ; la SBM Bank (Mauritius) Ltd, notée Ba1, perspective stable ; et Absa Bank (Mauritius) Ltd, notée Ba1, perspective négative. Les évaluations intrinsèques (BCA) des trois banques se situent entre ba1 et ba2, en dessous de la note souveraine.

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