À la veille de la Journée internationale des droits des femmes qui sera célébrée le 8 mars, le ministère de l'Égalité des genres et du bien-être de la famille a choisi de tendre l'oreille plutôt que de multiplier les discours.
Le samedi 21 février, au Café du Vieux Conseil, des voix parfois tremblantes, portées par l'émotion, parfois pleines d'assurance, mais toutes traversées par la même exigence : être entendues.
Autour de la ministre Arianne Navarre-Marie, neuf femmes aux parcours différents se sont réunies pour une table ronde filmée. Il s'agissait du tournage de De femme à femmes : Échos de vie. L'ambition simple et forte de ce rendez-vous : parler vrai. «Nous avons toutes des réalités différentes, mais nous portons le même rêve : vivre dans le respect et dans la paix», a rappelé la ministre, plaidant pour un espace sans tabous ni jugements.
Bindhumatee Haton, mère célibataire et entrepreneure, a ouvert la série de témoignages, racontant un quotidien avec trois enfants, une activité à gérer, une fatigue perceptible derrière sa détermination. Son histoire, loin d'être exceptionnelle, devient politique. Elle représente ces milliers de femmes qui soutiennent la famille à bout de bras, souvent sans reconnaissance formelle.
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À ses côtés, Marie-Noëlle Elissac-Foy, ancienne journaliste devenue cheffe d'entreprise, a déplacé la discussion vers les sphères du pouvoir. Elle a prononcé une phrase qui a marqué l'assistance : «Le regard du leader politique sur la femme détermine comment et combien de femmes pourront occuper des postes de responsabilité ou des postes politiques dans le pays». Une déclaration qui a résonné, amplifié avec le récit de Bindhumatee Haton. Cette dernière avait obtenu les votes nécessaires pour siéger au niveau des collectivités locales, avant de perdre sa place, au sein d'une majorité masculine. Légalement irréprochable, politiquement révélateur : derrière les textes et les quotas, il y a une culture du pouvoir.
Si le leadership considère la femme comme périphérique, les structures suivront, a souligné l'intervenante. L'égalité ne se décrète pas dans les discours commémoratifs ; elle se joue dans les arbitrages, dans la redistribution réelle des postes stratégiques.
Des réalités invisibles
Certaines voix restent souvent invisibles. Véronique Ramchurn, hébergée en shelter, insiste sur la dignité humaine dans les situations de précarité : «Le shelter, c'est temporaire. Mon rêve, c'est une maison à moi, pour mes enfants.» Derrière cette phrase, une réalité implacable : sans autonomie financière, la liberté reste fragile. Manisha, survivante de violences domestiques et mère d'un nourrisson de quatre mois, a rappelé une vérité tout aussi crue : la dépendance économique enferme. «Une femme sans revenus est souvent condamnée à rester sous le toit de son agresseur», a souligné la ministre, insistant sur les programmes d'autonomisation via les Women's Empowerment Centres.
Brina Nampoognah, grand-mère devenue pilier familial face à la toxicomanie de ses enfants, incarne cette solidarité invisible. Anne-Marie André, en rémission d'un cancer, a parlé de résilience simple : vivre, simplement, devient une victoire quotidienne. Mila Reekoye, train captain chez Metro Express, a expliqué qu'après avoir conduit camions et bus, elle défie les stéréotypes professionnels, dans un univers longtemps masculin. Mélanie Vigier de Latour-Bérenger ainsi que Saffiyah Chady Edoo ont, elles, élargi la discussion en remettant en cause les mentalités : à quoi servent les droits si l'information reste inaccessible ? La ministre a évoqué la vulgarisation des lois, leur traduction en Kreol, la production de supports audio. Rendre le droit compréhensible, c'est déjà le rendre réel.
Mais au fil des échanges, une autre question silencieuse a émergé : lorsque l'on parle d'égalité for all, qui est réellement incluse dans ce «toutes» ? Si l'on revendique des droits pour les femmes, qu'en est-il des femmes trans ? La question ne s'est pas invitée à la table.
Écoute et actions
Quant aux actions concrètes à venir, la ministre a parlé d'une approche «holistique», impliquant l'ensemble des ministères, des organisations non gouvernementales (ONG) et de la société civile. La démarche, bien que pertinente, qui doit inclure toutes les réalités féminines, y compris celles qui bousculent les normes traditionnelles.
Au cours de cette table ronde, il n'y a pas eu de solution miracle, mais il y a eu une écoute. Et parfois, écouter, c'est déjà un acte politique. Pour cette fois, Échos de vie a réuni cheffe d'entreprise et femme en shelter, survivante de cancer et conductrice de tram, grandmère protectrice et militante sociale. Reste à savoir si cette table pourra s'agrandir.
Des pistes concrètes pour rendre les droits accessibles
Au-delà des témoignages, plusieurs propositions ont émergé lors du tournage de «De femme à femmes : Échos de vie». Un constat partagé s'est imposé : les droits existent, mais leur compréhension reste souvent inaccessible.
Parmi les suggestions avancées, la vulgarisation des textes de loi figure en tête de liste. Rendre les dispositions juridiques plus claires, moins techniques et surtout disponibles en «Kreol Morisien» permettrait à un plus grand nombre de femmes de connaître leurs droits sans dépendre d'un intermédiaire.
La production de supports audio a également été évoquée. Capsules explicatives, enregistrements simplifiés des principales lois relatives aux violences domestiques, à la garde d'enfants ou aux droits au travail : autant d'outils susceptibles de toucher celles qui ne lisent pas couramment ou qui n'ont pas facilement accès à des ressources écrites.
D'ailleurs l'information ne suffit pas ; encore faut-il qu'elle circule dans des formats adaptés aux réalités sociales. Plusieurs intervenantes ont souligné l'importance d'aller à la rencontre des communautés, à travers les centres d'autonomisation, les ONG et les «shelters», afin que les droits ne restent pas théoriques.