Madagascar: Ambassadeur du Japon - « La coopération entre Madagascar et le Japon repose sur le respect mutuel et ne s'inscrit pas dans une logique unilatérale d'aide »

Dans un contexte géopolitique tendu et une économie numérique en croissance fulgurante au niveau mondial, le Japon affirme que son partenariat gagnant-gagnant avec Madagascar devrait conduire à une prospérité partagée. L'ambassadeur japonais, Tojima Hitoshi, aborde avec le journal les tenants et aboutissants de son mandat, qui a officiellement commencé au début de ce mois de février. Au-delà des propos soignés, propres à sa qualité de diplomate, l'ambassadeur japonais glisse des messages clairs lorsqu'il s'agit de développer l'économie. Interview exclusive.

Trois mois après votre arrivée à Madagascar, quelles sont vos impressions ?

Tojima Hitoshi : D'abord, je voudrais exprimer la solidarité du peuple japonais envers le peuple malgache après le passage des cyclones Fytia et Gezani. Notre gouvernement vient de débloquer des aides pour le peuple malgache afin de le soutenir après les dégâts causés par ces deux cyclones. Et pour revenir à votre question, en trois mois, j'ai trouvé un pays d'une grande chaleur humaine et d'un potentiel remarquable.

À Antananarivo, Toamasina, Ambatobe, Antsirabe, Antsahadinta et Morondava, j'ai vu des communautés résilientes après les cyclones, des agents publics engagés, des entrepreneurs inventifs, une population consciente de préserver l'environnement et une jeunesse curieuse.

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Trois mots résument mes impressions : énergie, talents et connectivité. Énergie, parce que les Malgaches transforment les difficultés en solutions concrètes. Puis talents, parce que les étudiants, les équipes hospitalières, les techniciens et les volontaires de la JICA (Agence japonaise de coopération internationale) bâtissent chaque jour des ponts utiles entre nos deux pays.

Et connectivité, parce que l'accès fiable à l'électricité, la logistique portuaire et le numérique sont les leviers qui permettront d'accélérer les projets, d'attirer l'investissement et d'ouvrir des perspectives aux jeunes. Enfin, je confirme que l'amitié nippo-malgache est vivante, enracinée dans des gestes concrets et durables.

 Quels seront vos défis en tant que nouvel ambassadeur du Japon à Madagascar ?

Je vois quatre priorités, à conduire avec humilité et en partenariat étroit avec les autorités et les acteurs locaux. D'abord, la solidarité et la résilience pour soutenir la réponse d'urgence et le relèvement (eau, santé, abris), tout en renforçant la préparation aux risques et la résilience des infrastructures et des communautés.

Ensuite, l'économie et les investissements, pour améliorer la prévisibilité et la transparence (procédures, TVA, douanes) et faire avancer les projets structurants, notamment l'extension du port de Toamasina et l'amélioration de l'accès à l'électricité, afin d'attirer davantage d'investissements japonais responsables et créateurs d'emplois. Le capital humain est aussi un champ de coopération à développer.

Il s'agit, en fait, de multiplier les bourses, la formation professionnelle et les échanges universitaires. Durant mon mandat, je compte également valoriser le réseau des anciens et des volontaires JICA pour diffuser compétences, innovation et standards de qualité jusque dans les régions. La quatrième priorité est la diplomatie de la connectivité.

Dans l'esprit d'un Indo-Pacifique libre et ouvert (FOIP - Free and Open Indo-Pacific), il faut contribuer à des chaînes logistiques sûres, à la sécurité maritime et à une création de valeur locale (minéraux stratégiques, agro-transformation) respectueuse de l'environnement.

Mon engagement est clair : écouter, relier et obtenir des résultats concrets, en « une équipe » avec les autorités, les partenaires et la société civile, pour que le potentiel de Madagascar se traduise en prospérité partagée.

Comment évaluez-vous le climat des affaires à Madagascar et comment l'appréciez-vous pour attirer davantage d'investissements japonais ?

Le climat des affaires à Madagascar offre un potentiel considérable, encore largement inexploité, avec de nombreuses perspectives de croissance, notamment dans les secteurs agricoles et des ressources minières, ainsi que dans le domaine du tourisme, qui bénéficie d'un patrimoine naturel et culturel exceptionnel.

Certains aspects structurels pourraient toutefois constituer des facteurs à prendre en considération, notamment en ce qui concerne la prévisibilité du cadre institutionnel, l'efficacité administrative ou encore le niveau de développement des infrastructures, éléments susceptibles d'influencer le rythme des investissements.

Dans cette perspective, la poursuite des efforts visant à renforcer la transparence, la clarté du cadre réglementaire et la qualité des infrastructures clés, telles que l'électricité, les transports et la connectivité, contribuerait à accroître l'attractivité du pays. Le développement des compétences locales, la simplification des procédures administratives et l'encouragement des partenariats public-privé représentent également des leviers importants.

Au regard des réformes engagées et des efforts continus, nous restons confiants dans la capacité de Madagascar à tirer pleinement parti des opportunités offertes par l'économie mondiale et à s'intégrer durablement aux chaînes de valeur internationales.

Dans cet esprit, le gouvernement du Japon entend poursuivre et renforcer sa coopération avec le gouvernement et le peuple malgaches, afin d'accompagner ces efforts et de contribuer ensemble à un développement durable et inclusif.

 Le Japon est très connu pour ses industries de pointe et sa robotique. Quelles seront les conditions nécessaires pour que Madagascar puisse bénéficier des échanges et des investissements japonais dans ces secteurs d'avenir ?

Madagascar possède un grand potentiel pour tirer parti des technologies de pointe japonaises. Pour que ces secteurs puissent se développer ici, il est essentiel de créer un environnement propice à la recherche et à l'innovation.

Cela implique la mise en œuvre d'une politique active en faveur de la recherche et du développement (R&D), accompagnée d'investissements soutenus dans la formation des ressources humaines, ainsi que l'instauration d'un cadre d'affaires stable et prévisible, dans lequel les investisseurs puissent s'engager en toute confiance. Le renforcement de la coopération entre les établissements d'enseignement et de recherche malgaches et japonais constituera également un facteur déterminant pour attirer davantage d'entreprises japonaises dans ce secteur stratégique.

Dans cette perspective, le gouvernement du Japon, ainsi que la JICA, accordent chaque année des bourses à plusieurs étudiants malgaches. À travers ces échanges académiques et le renforcement des capacités humaines, le Japon souhaiterait contribuer activement à la promotion du développement technologique de Madagascar et à la formation d'une nouvelle génération de professionnels qualifiés, capables de soutenir l'innovation et la modernisation du pays.

Le marché japonais est-il accessible aux produits malgaches ? Quels sont vos projets pour développer davantage cet échange bilatéral ?

Le marché japonais offre des opportunités considérables pour les produits malgaches, en particulier dans les secteurs agricoles tels que la vanille, les litchis et les épices, ainsi que pour des produits uniques comme le cacao de Madagascar, reconnu pour sa qualité distinctive. Afin d'améliorer davantage l'accès de ces produits malgaches au marché japonais, il est essentiel d'intensifier la collaboration entre les organismes de promotion du commerce des deux pays.

Nous avons déjà vu des exemples de succès, comme le cacao de Madagascar utilisé dans les produits de la société Meiji, qui témoigne de la qualité que Madagascar est en mesure d'offrir aux consommateurs japonais. Ce type de partenariat contribue non seulement à accroître la visibilité des produits malgaches, mais aussi à consolider leur positionnement sur le marché japonais.

Toutefois, pour concrétiser pleinement ces opportunités, il est nécessaire de mieux faire connaître les produits malgaches au Japon et d'identifier des entreprises japonaises susceptibles d'y porter un intérêt.

À cet égard, l'action d'un ambassadeur de Madagascar en poste à Tokyo jouerait un rôle particulièrement important pour promouvoir ces initiatives et renforcer les contacts avec les acteurs économiques japonais.

Dans cette perspective, la nomination et la prise de fonctions d'un ambassadeur de Madagascar au Japon, poste vacant depuis un certain temps, seraient vivement souhaitables afin de dynamiser davantage les relations économiques bilatérales.

Dans quelles mesures, à votre avis, Madagascar peut-elle créer des opportunités pour son développement dans le cadre des nouvelles donnes géopolitiques mondiales ?

Il est vrai qu'avec les avancées technologiques et l'intensification des échanges, le monde est aujourd'hui à la fois plus interconnecté que jamais et marqué par une grande diversité de situations et d'intérêts. Dans un tel contexte, répondre de manière définitive à la question de savoir comment Madagascar pourrait créer de nouvelles opportunités pour son développement dépasserait sans doute mes compétences. Cela étant dit, s'agissant de l'engagement du Japon, je souhaiterais évoquer deux cadres importants de coopération.

Tout d'abord, l'initiative japonaise pour un « Indo-Pacifique libre et ouvert », à laquelle Madagascar a exprimé son soutien, vise à promouvoir un espace fondé sur l'État de droit, la liberté de navigation, la connectivité, la transparence et un développement inclusif et durable. Dans cette perspective, l'océan Indien, où se situe Madagascar, revêt une importance stratégique particulière.

Ensuite, la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD), lancée par le Japon en 1993, constitue un cadre multilatéral de dialogue et de partenariat entre le Japon et les pays africains. La TICAD met l'accent sur le développement durable, le renforcement des capacités, l'investissement privé et la résilience économique, dans le respect du principe d'appropriation par les pays africains.

En s'appuyant sur ces cadres, parmi d'autres initiatives et mécanismes de coopération existants, le Japon et Madagascar peuvent continuer à approfondir leur partenariat afin de contribuer ensemble à la construction d'un ordre international plus stable, plus ouvert et plus prospère.

Comment évaluez-vous la qualité de la coopération entre Madagascar et le Japon ?

La coopération entre Madagascar et le Japon repose sur la confiance, le respect mutuel et un esprit de partenariat à long terme. Elle ne s'inscrit pas dans une logique unilatérale d'« aide », mais dans une dynamique de collaboration où les deux parties apprennent et progressent ensemble. À cet égard, l'action des Volontaires de la JICA est une illustration concrète.

Présents notamment dans les zones rurales et actives dans des domaines tels que le développement communautaire, ils partagent leurs connaissances et leur expérience au service du développement de Madagascar.

Toutefois, leur rôle ne se limite pas à une transmission de compétences. En travaillant aux côtés de leurs homologues malgaches et en partageant leur quotidien, ils apprennent eux-mêmes énormément.

Ainsi, au-delà de la distinction entre « donateur » et « bénéficiaire », notre coopération peut être comprise comme un processus dans lequel les deux parties progressent ensemble et apprennent l'une et l'autre. C'est cette dimension humaine et mutuellement bénéfique qui, à mon sens, caractérise la qualité de la coopération entre nos deux pays.

Les aides au développement déployées par le Japon à Madagascar sont-elles essentiellement orientées vers le développement rural ? Est-ce un choix délibéré de votre gouvernement ?

La coopération japonaise à Madagascar ne se limite pas au développement rural. Elle s'inscrit dans une approche globale visant à soutenir un développement équilibré et durable, à la fois économique et social.

Dans cette perspective, le Japon concentre principalement son appui sur cinq axes : le développement des infrastructures économiques, le développement du secteur social, notamment l'éducation et la santé, le développement agricole et rural, y compris l'amélioration de la nutrition, le soutien aux efforts de stabilisation maritime, ainsi que le renforcement des échanges humains, à travers l'envoi de volontaires japonais (JOCV) et l'octroi de bourses d'études.

Concrètement, dans le domaine des infrastructures économiques, le Japon soutient actuellement l'extension du port de Toamasina ainsi que la réhabilitation d'infrastructures stratégiques reliant la capitale au principal port du pays, contribuant ainsi à la dynamisation de la logistique et de l'activité économique.

Dans le secteur social, des projets tels que le programme TAFITA (Tantsoroka ho an'ny Fitantananany sekoly) visent à améliorer la qualité de l'éducation de base, tandis que la fourniture d'équipements médicaux à plusieurs hôpitaux régionaux renforce l'accès aux soins.

Dans le domaine agricole, le programme d'amélioration de la productivité rizicole (le Projet d'amélioration de la productivité rizicole sur les Hautes Terres centrales à Madagascar, PAPRiz), récemment achevé, a produit des résultats concrets, avec une augmentation significative des rendements, contribuant ainsi au renforcement durable de la sécurité alimentaire.

Par ailleurs, le Japon soutient les efforts de stabilisation maritime dans l'océan Indien, en coopération avec des organisations internationales, afin de renforcer la sécurité régionale.

Il convient de souligner que cette coopération est mise en œuvre sur la base des demandes et des priorités exprimées par le gouvernement malgache. Elle repose sur un esprit de partenariat et vise à accompagner Madagascar vers un développement harmonieux et durable.

Si vous pouvez vous permettre de partager des expériences japonaises en matière de développement, quels conseils prodigueriez-vous aux Malgaches ?

Il serait naturellement présomptueux de donner des « conseils », chaque pays ayant sa propre histoire et ses propres réalités. Toutefois, l'expérience japonaise met peut-être en lumière quelques éléments essentiels.

Tout d'abord, l'investissement constant dans l'éducation et le capital humain, qui constitue le fondement de toute croissance durable. Ensuite, la stabilité et la continuité des politiques publiques sur le long terme, indispensables pour instaurer la confiance et permettre aux réformes de produire leurs effets.

Par ailleurs, le respect des principes de liberté et de l'État de droit, qui favorisent un environnement transparent, prévisible et propice à l'initiative individuelle. Enfin, l'importance d'une coopération internationale ouverte et pragmatique, dans un esprit de partenariat et de bénéfice mutuel.

Ces éléments ne constitueraient pas un modèle à reproduire, mais plutôt des enseignements issus de l'expérience japonaise, que je me permets de partager avec humilité et dans un esprit d'amitié.

Le Japon a offert beaucoup de bourses d'études universitaires et de formation professionnelle aux étudiants malgaches depuis des décennies. Pouvez-vous nous décrire actuellement les impacts de ces offres sur Madagascar ?

À Madagascar, les principaux programmes de bourses offerts par le Japon comprennent notamment la bourse du gouvernement japonais ainsi que l'« Initiative ABE » (African Business Education Initiative for Youth), pilotée par la JICA. Ces dispositifs visent à favoriser la formation de ressources humaines qualifiées et à renforcer les liens d'amitié et de coopération entre le Japon et Madagascar.

Au cours des trente dernières années, environ 350 Malgaches ont bénéficié de la bourse du gouvernement japonais. Nombre d'entre eux jouent aujourd'hui un rôle actif dans le développement de Madagascar, tant dans le secteur public que privé, en mettant à profit l'expérience et les compétences acquises au Japon. Parmi ces anciens boursiers figure notamment l'actuel ministre de l'Économie et des Finances.

Ces parcours illustrent la contribution significative de ces programmes au renforcement des réseaux humains entre nos deux pays. L'« ABE Initiative » constitue, pour sa part, un programme destiné à former des talents africains capables de servir de passerelle entre les entreprises japonaises et africaines. Il offre à de jeunes professionnels malgaches la possibilité de suivre un master au Japon, suivi d'un stage en entreprise japonaise.

À ce jour, plus de 30 Malgaches ont participé à ce programme. Après leurs études, certains ont créé leur propre entreprise à Madagascar et mènent des activités visant à relier Madagascar et le Japon depuis le secteur privé.

Nous espérons que ces anciens étudiants, forts de leur expérience au Japon, continueront à jouer un rôle moteur dans le développement de Madagascar et à servir de pont vivant et durable entre nos deux pays.

La culture japonaise est également très tendance chez les jeunes dans plusieurs pays, sans parler du manga. Quels sont vos projets dans ce domaine à Madagascar ?

L'ambassade du Japon organise tout au long de l'année plusieurs événements culturels afin de promouvoir la culture japonaise à Madagascar. À la fin de ce mois de février, nous allons organiser « la Journée du film d'animation japonais ». Il existe également une plateforme en ligne appelée « JFF Theater » qui permet de visionner gratuitement des films japonais.

Nous vous invitons à consulter la page Facebook de l'ambassade pour vous tenir informés de nos prochaines activités et événements. Dans la continuité de ces initiatives, nous continuerons à promouvoir l'exportation de contenus japonais.

Dans le courant de l'année, nous prévoyons d'organiser un grand festival du cinéma. Les détails seront annoncés sur Facebook dès qu'ils seront fixés. Nous invitons donc les Malgaches à la consulter régulièrement. Outre les animés et les mangas, nous souhaitons également mettre en place des projets visant à faire découvrir la cuisine japonaise au peuple malgache.

Plaider en faveur d'un ordre international fondé sur l'État de droit

La Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) constitue, depuis sa création en 1993, l'un des forums les plus anciens et les plus structurés dédiés au partenariat entre une puissance économique et le continent africain.

Contrairement aux sommets purement bilatéraux, la TICAD se distingue par son caractère multilatéral, étant co-organisée par le gouvernement du Japon, les Nations unies, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et la Commission de l'Union africaine.

Cette plateforme repose sur deux principes fondamentaux qui ont forgé son identité au fil des décennies. Le premier est l'appropriation africaine (ownership), stipulant que les priorités de développement doivent être définies par les Africains eux-mêmes.

Le second est le partenariat international, qui engage la communauté mondiale à soutenir ces priorités de manière transparente et durable. Initialement quinquennale, la conférence est devenue triennale depuis 2013 et se tient désormais alternativement au Japon et sur le sol africain, comme ce fut le cas au Kenya en 2016 ou en Tunisie en 2022.

L'action de la TICAD s'articule traditionnellement autour de trois piliers majeurs. Le volet économique favorise la transformation structurelle par l'industrialisation, l'innovation et l'implication du secteur privé, notamment via des initiatives comme l'aide au secteur privé de 5,5 milliards de dollars signée avec la Banque africaine de développement.

Le pilier social se concentre sur la sécurité humaine, la santé mondiale et l'éducation, tandis que le pilier dédié à la paix et à la stabilité soutient les efforts de gouvernance et de prévention des conflits.

La récente TICAD 9, tenue à Yokohama en août 2025, a marqué une nouvelle étape en mettant l'accent sur la jeunesse et l'économie numérique. Avec le lancement du programme Tomoni Africa, le Japon affiche son intention de passer d'un modèle d'assistance classique à une approche de co-création.

Cette stratégie vise à répondre aux défis contemporains tels que la transition verte et l'intelligence artificielle, tout en consolidant la présence japonaise face à une concurrence géopolitique accrue dans la région.

TICAD, Plaider en faveur d'un ordre international fondé sur l'État de droit

La Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) constitue, depuis sa création en 1993, l'un des forums les plus anciens et les plus structurés dédiés au partenariat entre une puissance économique et le continent africain.

Contrairement aux sommets purement bilatéraux, la TICAD se distingue par son caractère multilatéral, étant co-organisée par le gouvernement du Japon, les Nations unies, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et la Commission de l'Union africaine.

Cette plateforme repose sur deux principes fondamentaux qui ont forgé son identité au fil des décennies. Le premier est l'appropriation africaine (ownership), stipulant que les priorités de développement doivent être définies par les Africains eux-mêmes.

Le second est le partenariat international, qui engage la communauté mondiale à soutenir ces priorités de manière transparente et durable. Initialement quinquennale, la conférence est devenue triennale depuis 2013 et se tient désormais alternativement au Japon et sur le sol africain, comme ce fut le cas au Kenya en 2016 ou en Tunisie en 2022.

L'action de la TICAD s'articule traditionnellement autour de trois piliers majeurs. Le volet économique favorise la transformation structurelle par l'industrialisation, l'innovation et l'implication du secteur privé, notamment via des initiatives comme l'aide au secteur privé de 5,5 milliards de dollars signée avec la Banque africaine de développement.

Le pilier social se concentre sur la sécurité humaine, la santé mondiale et l'éducation, tandis que le pilier dédié à la paix et à la stabilité soutient les efforts de gouvernance et de prévention des conflits.

La récente TICAD 9, tenue à Yokohama en août 2025, a marqué une nouvelle étape en mettant l'accent sur la jeunesse et l'économie numérique. Avec le lancement du programme Tomoni Africa, le Japon affiche son intention de passer d'un modèle d'assistance classique à une approche de co-création.

Cette stratégie vise à répondre aux défis contemporains tels que la transition verte et l'intelligence artificielle, tout en consolidant la présence japonaise face à une concurrence géopolitique accrue dans la région.

 

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