La longue séquence de tensions entre la société Plantations et Huileries du Congo (PHC) et les communautés vivant autour de ses sites d'exploitation semble entrer dans une phase décisive. Réunis jeudi 19 février 2026 au Centre Boboto, à Kinshasa-Gombe, les participants à la rencontre convoquée par les médiateurs de l'ICM (Independent Complaint Mechanism - Mécanisme Indépendant des Plaintes, MIP) ont acté la fin de la médiation. Cette conclusion repose sur l'existence d'accords déjà obtenus à deux niveaux : d'une part, ceux issus du processus conduit par l'ICM et compilés dans le rapport final rendu public en août 2024 ; d'autre part, ceux arrachés grâce à l'implication des Gouverneurs des provinces de l'Equateur et de la Tshopo, intervenus pour éviter l'enlisement et permettre un dialogue direct entre la société et les communautés.
Genèse du dossier
Pour rappel, la dégradation des relations entre PHC et les communautés riveraines remonte à plusieurs années, particulièrement durant la période où l'entreprise était sous la gestion du Groupe Feronia (années 2010-2020). Face aux griefs accumulés sur le terrain, une plainte communautaire avait été introduite en 2018 auprès des banques européennes de développement, alors bailleurs de PHC-Feronia.
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La plainte avait été déposée par l'ONG RIAO-RDC au nom des communautés locales, ouvrant la voie à la médiation pilotée par l'ICM.
Le processus de médiation ne prendra véritablement son envol qu'en 2022, alors même qu'en 2021, un fonds d'investissement africain avait repris le contrôle de l'entreprise et confié la gestion à des managers et experts congolais.
Entre-temps, les nouveaux investisseurs de PHC ayant remboursé les dettes contractées par Feronia auprès des banques européennes de développement, la médiation organisée par ces banques était devenue caduque. Mais la nouvelle direction de PHC a fait un choix stratégique de poursuivre la médiation, non par obligation financière, mais pour intégrer les préoccupations sociales, restaurer la confiance et construire un partenariat viable avec les communautés, indispensable à la stabilité et à la performance de l'entreprise.
Rapport final de la médiation de l'ICM
Le rapport final du processus de médiation par l'ICM, publié le 19 août 2024, a formulé des recommandations et entériné des engagements. Toutefois, ce document est resté peu médiatisé dans les communautés, et n'a pas suffi à apaiser les inquiétudes.
C'est dans ce climat où l'insatisfaction risquait de déboucher sur des tensions plus graves -- que les autorités provinciales ont pris l'initiative de faciliter des rencontres directes entre PHC et les communautés. Ces discussions ont abouti à des accords de cohabitation pacifique conclus notamment en décembre 2024.
PHC a connu une transformation profonde depuis 2021
Autre fait important à signaler : la transformation remarquable opérée par PHC depuis le changement de gestion. Selon les observations faites par plusieurs organisations de la société civile, l'entreprise s'est employée à améliorer ses relations avec les communautés, en commençant par honorer des engagements pris à l'époque de Feronia en 2018 dans le cadre des clauses sociales. PHC a mis également en avant des actions concrètes sur ses sites de Lokutu (Tshopo), Yaligimba (Mongala) et Boteka (Équateur), notamment :
- l'amélioration des services médicaux fournis par ses quatre hôpitaux au bénéfice de centaines de milliers de personnes vivant autour de ses sites ;
- la construction d'écoles, de centres de santé et de forages d'eau potable au profit des communautés locales ;
- la construction de ponts et la réhabilitation de routes de desserte agricole facilitant la mobilité des personnes et l'écoulement des biens.
Autant d'efforts qui, selon plusieurs observateurs, ont contribué à un apaisement du climat social, même si des attentes demeurent encore sur la mise en œuvre et la pérennité des engagements. La décision la plus structurante issue de la réunion de Kinshasa est le suivi des accords, qui ne sera plus porté par un dispositif extérieur, mais plutôt assuré par la Société civile locale. Un mécanisme de suivi sera ainsi géré par une coalition d'ONG actives auprès des communautés, dont RIAO-RDC (à l'origine de la plainte de 2018), mais aussi CADP, MUDEV, ANPS et d'autres structures engagées sur le terrain.
Il sied de noter que cette réunion a connu la participation des représentants des Gouverneurs de l'Équateur et de la Tshopo, provinces où PHC est implantée et où des accords entre PHC et les communautés locales ont été validés. En approuvant le mandat confié à la société civile, ces représentants ont, de fait, réaffirmé leur rôle de garants politiques, avec un engagement de veiller à ce que les intérêts des communautés soient effectivement protégés.