Cote d'Ivoire: Le tambour parleur autorisé à retrouver les siens qui l'attendent depuis 110 ans

Le Djidji Ayokwè qui a été arraché à la communauté est celui qui va retrouver ses terres

Le Djidji Ayôkwé est prêt à quitter la France. Après sa restitution officielle par la France à la Côte d'Ivoire, vendredi dernier, une cérémonie traditionnelle a eu lieu, ce lundi 23 février, en fin de matinée, au Quai Branly, le musée parisien où le tambour parleur est entreposé. L'objectif de cette cérémonie est celui d'autoriser le voyage du tambour sacré. Les chefs bidjans ont fait le déplacement.

Cinq chefs, en habits traditionnels, prient en langue ébrié. Ils tournent autour du tambour, mastodonte de bois poussé par un léopard, sept fois comme le nombre de villages qui composent leur communauté.

Parmi eux, Louis Jacques Gouédan. Il explique l'objectif de la cérémonie : « Il est venu en terre étrangère. Donc, aujourd'hui, nous faisons cette libation pour permettre aux mains des ancêtres de libérer la voix. Nous lui demandons pardon. Nous supplions pour que la route soit bonne afin que nous puissions retrouver notre symbole dans son sanctuaire. »

L'évènement est national. Autour des chefs se trouvent de hauts représentants ivoiriens, dont la ministre de la Culture.

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C'est le premier bien culturel restitué par la France à la Côte d'Ivoire. Djidji Ayôkwé est un symbole, selon Maurice Kouakou Bandaman, ambassadeur de Côte d'Ivoire en France, qui a oeuvré à son retour.

« De tous les biens qui ont été arrachés pendant la colonisation, il fait partie des tous premiers. C'était l'époque des travaux forcés et c'est parce que ce tambour appelait à la résistance qu'il a fait l'objet d'une saisine militaire par les forces coloniales. Les Bidjans n'ont pas cessé de se mobiliser pour aller arracher leur tambour des mains du colon », explique Maurice Kouakou Bandaman.

Le tambour parleur va donc bientôt entrer dans la caisse et commencer son voyage pour retrouver les siens qui l'attendent depuis 110 ans.

Un symbole vraiment très fort

Il s'agit donc du premier bien culturel restitué à la Côte d'Ivoire, sur une liste de 148 biens réclamés à la France et d'autres pays. Aucune date n'a encore été fixée mais une grande cérémonie sera organisée à l'occasion de son retour, puis il deviendra la pièce centrale du Musée des Civilisations d'Abidjan qui s'apprête à rouvrir.

RFI a échangé avec Hélène Timpoko Kienon Kaboré, professeure et présidente du comité scientifique pour le retour du Djidji Ayôkwé.

C'est vraiment une joie, une émotion, un symbole fort. Ce n'est pas seulement notre patrimoine culturel mais aussi notre âme qui revient, l'âme de la Côte d'Ivoire, parce que ce n'est pas qu'un tambour. On le considère comme un humain parce que c'est lui qui régule la société bidjan, qui servait à la cohésion sociale, à la paix et à la protection des populations. C'est vraiment un véritable symbole très fort.

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