Cameroun: Des millions de dollars payés à Boko Haram pour libérer 230 écoliers

24 Février 2026

Le gouvernement nigérian a versé une rançon "énorme" de plusieurs millions de dollars à Boko Haram pour obtenir la libération de près de 230 enfants et membres du personnel enlevés dans une école catholique en novembre 2025, selon des sources du renseignement citées par l'AFP .

Deux commandants de Boko Haram libérés en plus de la rançon

L'accord conclu avec les djihadistes prévoit également la libération de deux commandants de Boko Haram. Cette décision va à l'encontre de la loi nigériane qui interdit formellement tout paiement à des ravisseurs, avec des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans d'emprisonnement .

Un hélicoptère a livré l'argent dans le bastion de Gwoza, à la frontière camerounaise

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L'argent a été transporté par hélicoptère jusqu'à Gwoza, le bastion de Boko Haram dans l'État de Borno, au nord-est du Nigeria, à la frontière avec le Cameroun. Il a été remis à Ali Ngulde, un commandant militant de la région . En raison de l'absence de couverture réseau dans cette zone reculée, Ngulde a dû traverser au Cameroun pour confirmer la livraison de la rançon avant que le premier groupe de 100 enfants ne soit libéré .

Le commandant Sadiku, figure de l'attaque du train d'Abuja en 2022, identifié comme cerveau

Les sources indiquent que l'enlèvement a été orchestré par un commandant redouté de Boko Haram connu sous le nom de Sadiku. Il est également soupçonné d'avoir mené l'attaque spectaculaire contre un train entre Abuja et Kaduna en 2022, qui avait également généré d'importants paiements de rançons pour des passagers fortunés .

Le gouvernement nie, mais les sources s'accumulent

Les responsables nigérians démentent officiellement tout paiement, insistant sur le fait que les "agents du gouvernement ne paient pas de rançons" . Cependant, quatre sources des renseignements familières avec les négociations, menées par le conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu, confirment le versement d'une somme "énorme" . Une source évoque 40 millions de nairas par tête, soit environ 7 millions de dollars au total .

Une décision qui risque d'irriter Washington et Donald Trump

Ce paiement intervient alors que le Nigeria subissait des pressions diplomatiques de la part des États-Unis, le président Donald Trump dénonçant la "persécution" des chrétiens dans le pays. La décision de payer les djihadistes, qui avaient déjà défrayé la chronique mondiale avec l'enlèvement de 276 filles à Chibok en 2014, risque de tendre encore les relations bilatérales .

L'industrie de la rançon au Nigeria : un fléau persistant

Ce nouveau paiement illustre l'ampleur du phénomène des enlèvements contre rançon au Nigeria. Selon l'ACLED, 828 enlèvements ont été enregistrés dans l'année écoulée, souvent avec de multiples victimes . Le cabinet SBM Intelligence estime que cette "industrie" a généré environ 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025 . Seuls le Cameroun voisin et la Birmanie enregistrent des chiffres plus élevés .

Un précédent qui pourrait encourager de nouvelles attaques

La décision de payer une rançon, bien que niée officiellement, envoie un signal dangereux aux groupes criminels et djihadistes. Elle conforte leur stratégie d'enlèvements comme source de financement et risque d'encourager de nouvelles attaques contre les écoles et les populations vulnérables, perpétuant un cycle de violence et d'extorsion.

Combien de temps encore le Nigeria pourra-t-il nier l'évidence face à l'ampleur du phénomène ?

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