La leptospirose reste une préoccupation majeure, notamment pour les travailleurs de première ligne. Les syndicats alertent depuis des années sur des lacunes structurelles dans la gestion des déchets et la protection des employés du nettoyage. Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), les récents décès doivent servir d'électrochoc pour renforcer les mesures de prévention.
Selon lui, la recrudescence de la leptospirose n'est pas un phénomène isolé. La situation touche également La Réunion et s'explique en grande partie par les changements climatiques. «La leptospirose frappe à nouveau. Cette fois, ce n'est pas seulement Maurice mais aussi La Réunion. Nous sommes en été dans cette région de l'océan Indien, avec des pluies torrentielles de plus en plus fréquentes. Ces épisodes provoquent des accumulations de déchets, qui deviennent des incubateurs parfaits pour les rongeurs», affirme-t-il.
Le syndicaliste estime que ces conditions climatiques extrêmes, aggravées par le dérèglement climatique, augmentent considérablement les risques biologiques. Il plaide ainsi pour la reconnaissance de la Convention 191 sur les risques biologiques de l'Organisation internationale du travail comme norme fondamentale afin de mieux protéger les travailleurs exposés.
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Les travailleurs de première ligne
La CTSP insiste particulièrement sur la situation des éboueurs et des employés du secteur du nettoyage, considérés comme les plus exposés à la maladie. Reeaz Chuttoo rappelle que son organisation milite depuis plus de 15 ans pour l'introduction d'une réglementation spécifique sur la collecte des déchets.
Selon lui, une proposition avait été soumise aux décideurs politiques, il y a plusieurs années, sans qu'elle ne soit adoptée. Le syndicat dénonce également des mesures jugées insuffisantes dans le passé, notamment l'introduction en 2013 d'une disposition prévoyant que les travailleurs ne soient pas en contact direct avec les déchets dans les véhicules de collecte.
Pour la CTSP, cette mesure est restée largement inefficace, faute de cadre réglementaire clair et de mécanismes d'application par les autorités compétentes. Le syndicat estime que les décès récents doivent servir d'électrochoc pour les décideurs. Il pointe aussi du doigt un manque d'investissements dans les équipements et la logistique des collectivités locales, qu'il considère comme une des causes profondes du problème. «Il est temps d'agir. Trop de vies sont en jeu», insiste Reeaz Chuttoo, qui n'exclut pas des actions légales si des mesures concrètes ne sont pas mises en place rapidement.
Alors que les autorités promettent une meilleure coordination pour lutter contre la prolifération des rongeurs, la pression monte pour que des solutions durables soient enfin adoptées. Entre gestion des déchets, adaptation aux changements climatiques et protection des travailleurs, la lutte contre la leptospirose s'annonce comme un défi majeur de santé publique pour Maurice. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l'efficacité des mesures annoncées et, surtout, leur impact réel sur le terrain.