Sénégal: Enseignement bilingue - Vers un document national de politique linguistique

24 Février 2026

Le ministre de l'Éducation nationale a réaffirmé, ce lundi 23 février à Dakar, l'option irréversible du Sénégal en faveur de l'enseignement bilingue. Moustapha Guirassy qui s'exprimait dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la langue maternelle, a annoncé la création d'un document national de politique linguistique.

Le Sénégal a célébré, lundi, la Journée internationale de la langue maternelle. L'événement placé sous le thème : « Les voix de la jeunesse sur l'éducation multilingue », a réuni les acteurs de l'éducation autour du ministre en charge du département, à l'école Amadou Diagne Woré de Grand-Dakar.

Dans la cour bondée de l'établissement, élèves, enseignants, autorités académiques et municipales, ont donné corps à une conviction désormais assumée par l'État : les langues nationales ne sont plus à la périphérie, elles sont intégrées dans le système éducatif. À travers des séances interactives de questions-réponses, le ministre de l'Éducation nationale, Moustapha Guirassy, a placé les apprenants au centre du débat, illustrant concrètement le thème de cette édition consacrée à la parole des jeunes.

Instituée par l'Unesco, la Journée internationale de la langue maternelle magnifie la diversité linguistique comme facteur de cohésion sociale et de développement harmonieux. Pour Moustapha Guirassy, cette célébration dépasse la symbolique.

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« Nos langues ne sauraient être réduites à une simple fonction utilitaire. Elles constituent les creusets de notre identité, des vecteurs de citoyenneté et des leviers privilégiés de construction des savoirs », a-t-il déclaré. Selon lui, le thème consacre « la place centrale de la jeunesse dans la refondation du système éducatif » et appelle à « ériger les langues nationales en instruments structurants des politiques publiques d'éducation ».

Face aux autorités, plusieurs élèves ont exprimé leur aisance dans l'utilisation des langues nationales, y compris dans des disciplines réputées complexes comme les mathématiques, les sciences physiques ou les sciences de la vie et de la terre. Pour eux, apprendre dans leur langue maternelle facilite la compréhension et renforce la confiance. Le ministre a exhorté élèves et parents à « cesser tout complexe d'infériorité par rapport aux autres langues académiques » et à s'approprier pleinement le programme de bilinguisme à l'école.

Le ministre a rappelé que les expérimentations conduites depuis plusieurs années sont étayées par des évaluations scientifiques, démontrant la valeur ajoutée de l'enseignement bilingue en matière d'acquisition de compétences fondamentales et de réduction des disparités scolaires.

Pour la première fois depuis l'indépendance, a indiqué M. Guirassy, « le Sénégal s'apprête à se doter d'un document de politique linguistique nationale ». Celui-ci, a-t-il ajouté, sera prochainement soumis au Conseil des ministres avant son examen à l'Assemblée nationale. « Ce document vise à encadrer l'usage, la promotion et l'intégration des langues nationales dans l'administration, l'éducation, la formation professionnelle, la culture et les médias ».

Des résultats probants

Selon le ministre, il constitue une étape majeure vers la consolidation de la souveraineté éducative et culturelle du pays. Le Sénégal, a souligné Moustapha Guirassy, « a résolument choisi de faire des langues nationales un levier stratégique de transformation ». Il a évoqué, à ce sujet, le Modèle harmonisé d'enseignement bilingue qui, dit-il, « se déploie progressivement dans les académies, où les élèves commencent leurs apprentissages dans leur langue maternelle avant une ouverture graduelle vers le français et d'autres langues, dans une logique de multilinguisme complémentaire ».

Marème Diallo, représentante du Bureau régional de l'Unesco en Afrique de l'Ouest, a rappelé que « les langues ne sont pas de simples outils de communication, mais un levier pour réussir dans l'apprentissage ». Mme Diallo a salué les avancées du Sénégal, qui compte vingt-deux langues nationales codifiées. « Lorsqu'on commence à apprendre en wolof, en pulaar, en sérère ou en diola, la compréhension est plus solide, on progresse plus vite. C'est ce que nous appelons l'inclusion par la langue », a-t-elle expliqué.

Mouhamadou Mbengue, adjoint au maire de Biscuiterie, chargé de l'éducation, a exhorté les collectivités territoriales à « investir davantage de moyens pour améliorer les performances éducatives à travers les langues maternelles ». Ameth Sy, président de l'Union des associations nationales des langues, a estimé que « la langue maternelle n'est pas uniquement un moyen de communication, mais un instrument qui structure la pensée, nourrit l'imaginaire et fonde l'appartenance ».

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