Fondé il y a plus de 100 ans par Mame Saliou Fall, frère de Mame Cheikh Ibrahima Fall (disciple de Serigne Touba), Darou Khafor est considéré comme une terre bénie. Toutefois, ce haut lieu de la communauté Baye Fall, situé dans la commune de Dalla Ngabou (département de Mbacké), fait face à des difficultés persistantes, notamment en matière d'eau, d'électricité et de santé.
MBACKÉ - De part et d'autre de la route nationale qui traverse le village de Darou Khafor, situé dans la commune de Dalla Ngabou, département de Mbacké, on observe une animation particulière. Des femmes ont transformé les abords de la route en un marché où les ombres des arbres offrent un refuge contre le soleil.
Le calme qui règne dans le village est révélateur de l'atmosphère spirituelle qui caractérise Darou Khafor (« la demeure du pardon »). Cette bourgade a été fondée en 1919 par Mame Saliou Fall, frère de Mame Cheikh Ibrahima Fall, sur instruction de Cheikh Ahmadou Bamba, selon Serigne Abdou Lahad Fall, petit-fils de Mame Saliou Fall et chef du village.
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À l'en croire, à l'époque, le site était une forêt convoitée par plusieurs hommes de Dieu, mais Serigne Touba a désigné Mame Saliou Fall pour y établir le village. De l'avis de Serigne Abdou Lahad Fall, après la création de Darou Khafor, Cheikh Ahmadou Bamba a envoyé Serigne Ndame Abdou Rahmane Lô et Serigne Massamba Mbacké pour rendre visite à Mame Saliou Fall.
C'est à cette occasion que le nom de « Darou Khafor » (la demeure du pardon) a été donné au village, sur recommandation de Serigne Touba. Depuis sa création, Darou Khafor est devenu une terre bénie, raconte Serigne Abdou Lahad Fall. Tous les fils de Serigne Touba y ont effectué des visites en hommage au frère et très proche compagnon de Mame Cheikh Ibrahima Fall, guide des Baye Fall.
Chaque année, le 15e jour du mois lunaire de « Châbane », Darou Khafor accueille une journée de prières dédiée à Mame Saliou Fall. Des milliers de fidèles y assistent pour se recueillir et prier dans des lieux saints, notamment la chambre où Mame Saliou Fall a été rappelé à Dieu et appelée « Baïty », réputée pour exaucer les prières, selon Serigne Abdou Chakor Fall, petit-fils de Mame Saliou Fall.
Des infrastructures quasi inexistantes
Il y a également le puits « Diadj Fall », creusé sur recommandation de Mame Saliou Fall lors de la fondation du village. Selon la tradition, l'eau de ce puits aurait des vertus curatives, capable de guérir toutes les maladies. Il est noté que Mame Saliou Fall avait dit que la nuit du Achoura, elle serait même connectée à l'eau de Zamzam, renforçant ainsi sa bénédiction.
Plus de 100 ans après sa fondation, Darou Khafor est confronté à des difficultés persistantes. Malgré une population de plus de 900 habitants, le village n'a pas connu d'extension électrique depuis son électrification en 2007, ce qui est insuffisant pour répondre à ses besoins croissants.
Le chef du village déplore cette situation et affirme avoir entrepris des démarches infructueuses auprès des autorités pour obtenir une extension du réseau électrique. Il souligne également des problèmes d'accès à l'eau potable. Malgré la présence d'un forage à Dalla Ngabou, certaines zones de Darou Khafor ne sont pas desservies, et la qualité de l'eau est jugée mauvaise.
E« Même l'eau que nous consommons n'est pas de bonne qualité », a-t-il déploré. Darou Khafor est également confronté à des défis en matière de santé. Le village ne dispose d'aucune infrastructure sanitaire, obligeant les habitants à se rendre à Dalla Ngabou pour des soins, ce qui représente un risque, selon Serigne Abdou Lahad Fall. Il demande donc la mise en place d'un poste de santé dans la localité pour répondre aux besoins de la population.
Le village de Darou Khafor, principalement peuplé d'agriculteurs et d'éleveurs, est confronté à un problème majeur de sécurité. Le vol de bétail y est fréquent, ce qui constitue une préoccupation pour les habitants.
« Notre principal problème reste le vol de bétail. Nous sommes fatigués par les voleurs », déplore le chef du village, ajoutant que les habitants n'osent plus garder le bétail chez eux en raison de la fréquence des vols. Serigne Abdou Chakor Fall, fier de l'histoire de Darou Khafor, créé il y a plus de 100 ans, sur recommandation de Cheikh Ahmadou Bamba, réclame le statut de site religieux pour le village.
Il remercie Serigne Amdy Moustapha Mbacké, coordonnateur du Programme national d'aménagement et de modernisation des villes religieuses (Promovilles), pour son soutien dans la construction de la résidence de Mame Saliou Fall et l'invite à poursuivre ses efforts pour développer Darou Khafor, qui mérite un statut de cité religieuse. Il sollicite également l'aide des autorités étatiques pour les travaux de l'auditorium destiné aux cérémonies officielles lors des grands événements.