Lancée hier mardi à Saint-Louis, la pièce « Janax yi ak nit ñi » mêle science et théâtre pour alerter les populations sur les risques sanitaires et agricoles liés aux rongeurs. Portée par la compagnie Gratte Noyau et des partenaires scientifiques, la tournée nationale veut rapprocher recherche et citoyens.
La sensibilisation aux enjeux de santé publique et de sécurité alimentaire prend une forme originale au Sénégal. À Saint-Louis, la metteuse en scène Marianne Heinrich et la compagnie Gratte Noyau ont lancé la tournée nationale de la pièce « Janax yi ak nit ñi » (Les rongeurs et les humains), une création qui combine humour, émotion et rigueur scientifique.
« C'est une pièce qui met en lien des recherches scientifiques avec le média du théâtre pour informer, sensibiliser et réfléchir ensemble à des manières de lutter contre toutes les problématiques des rongeurs », explique Marianne Heinrich, metteuse en scène et coproductrice de la pièce.
Les rongeurs, présents aussi bien en milieu urbain que rural, constituent un défi majeur. Au-delà des dégâts matériels, ils sont porteurs d'agents pathogènes responsables de nombreuses maladies infectieuses encore insuffisamment diagnostiquées ou traitées.
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Au Sénégal, l'intensification agricole et l'urbanisation favorisent leur prolifération, avec des conséquences directes : pertes de récoltes et de stocks alimentaires, fragilisation de la sécurité alimentaire et risques accrus pour la santé publique.
Les travaux scientifiques montrent par exemple qu'une réduction de 50 % des dégâts sur les cultures d'oignons et de riz pourrait générer des gains annuels estimés à 10 000 tonnes d'oignons et 12 000 tonnes de riz paddy.
Pour Ambroise Dalecky, chercheur au laboratoire Population Environnement du programme Biopass de l'IRD, la démarche se veut pragmatique. « C'est une rencontre entre la science et le théâtre au service des populations et des politiques publiques.
L'idée, c'est vraiment d'éclairer l'action et d'aider chacun à passer à l'acte », a-t-il déclaré. Le projet s'inscrit dans l'approche One Health, qui relie santé humaine, animale et environnementale, avec l'appui de partenaires comme l'Institut de recherche pour le développement, l'Université Gaston Berger et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
Coproduite par Khalilou Ba de KB Ingénierie Consulting Sénégal, la pièce répond à une ambition forte : rendre accessibles des connaissances scientifiques souvent confinées aux milieux académiques.
« L'objectif est de sortir les résultats scientifiques des tiroirs des administrations pour les amener auprès des acteurs. Ce que nous venons de voir est plaisant, parfois rigolo, mais nous voulons surtout que ce que les gens en retiennent perdure », affirme-t-il.
Des temps d'échanges avec le public sont prévus après chaque représentation afin de favoriser l'appropriation des messages et recueillir les retours des participants. La tournée prévoit 13 représentations entre février et avril, avec des étapes à Saint-Louis, Kaolack, Tambacounda, Kédougou, Kolda, Ziguinchor, Dakar, Thiès, Louga, Rosso/Richard-Toll et Podor, ainsi qu'une escale à Banjul.
L'objectif est de toucher un public large : populations rurales et urbaines, unions agricoles, agents de santé communautaires et décideurs. « C'est vraiment l'idée de pouvoir transmettre un message, pas un message qui donne des leçons, mais un message qui aide à passer à l'action », insiste Ambroise Dalecky.
A travers « Janax yi ak nit ñi », scientifiques et artistes espèrent ainsi ouvrir un espace durable de dialogue entre savoirs académiques et réalités de terrain, au service de la santé publique et de la sécurité alimentaire au Sénégal.