Ile Maurice: Pendant qu'on fait les magasins en ligne, on déserte les boutiques traditionnelles

25 Février 2026

Vêtements, accessoires pour la maison, outils de jardinage, bijoux... chaque clic d'achat entérine de nouvelles habitudes de consommation, prises depuis les confinements et restrictions sanitaires. Cinq ans plus tard, cette pratique s'est imposée dans le quotidien des Mauriciens fragilisant le commerce traditionnel.

Si les achats en ligne gagnent du terrain, cette évolution n'est pas sans conséquences sur les commerces traditionnels, qui doivent composer avec une concurrence accrue, des coûts d'exploitation élevés et une fréquentation en baisse dans les magasins physiques.

Pour Ashok Sonah, président de l'Association of Mauritian Retailers (AMR), anciennement General Retailers Association, ces plateformes ont déjà capté une part importante du marché local : «Les prix qu'elles offrent et l'efficacité de leur chaîne de distribution ne sont pas comparables à ce qu'il y a à Maurice.» Soulignant que cette concurrence s'exerce directement au détriment des commerçants locaux disposant des magasins et structures établies, qui doivent assumer des charges fixes importantes.

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Il est aussi constaté que malgré la progression du commerce en ligne, la structure locale du e-commerce reste encore en développement. Un comportement hybride s'installe progressivement. Asrita Thakun, commerçante depuis plus de vingt ans raconte que «certains viennent voir les produits en magasin, prennent des photos, puis disent qu'ils vont vérifier en ligne. Souvent, ils ne reviennent pas.» Mais le phénomène du «touch and feel» demeure un facteur déterminant dans l'acte d'achat. Autre élément qui encourage le déplacement physique est le recours au crédit, qui demeure plus accessible en magasin que sur les plateformes en ligne.

Aujourd'hui, une baisse générale des ventes est observée dans le secteur du retail. Selon les indications, une diminution moyenne d'environ 20 % est observée, bien que certaines branches soient plus touchées que d'autres. Le secteur du vêtement et de la mode apparaît comme l'un des plus affectés, avec des commerçants ayant subi des baisses pouvant atteindre 30 %. Toutefois, Ashok Sonah nuance : «La baisse concerne les ventes en général, qu'il s'agisse de la branche en ligne de nos magasins ou des ventes physiques. C'est surtout le passage en magasin qui diminue. Et quand on considère la location et les frais pour entretenir un magasin qui augmentent d'année en année, on se demande s'il n'y aura pas des bâtiments vides dans le futur, avec des malls qui ne fonctionnent plus.»

Même dans les plus petits magasins, en dehors des centres commerciaux, les ventes sont en baisse. Shamila, propriétaire d'une boutique de prêt-à-porter : «Avant, surtout le week-end, le magasin était animé. Aujourd'hui, il y a beaucoup moins de passage.» Elle ajoute qu'elle doit «payer le loyer, les charges et les salaires. On ne peut pas s'aligner sur des plateformes qui vendent à des tarifs aussi bas.» Enfin, derrière ces constats se profile une inquiétude par rapport à l'emploi. Un commerçant confie : «Quand les ventes baissent, on réduit les heures de travail. Ce secteur faisait vivre beaucoup de familles.»

L'informel, l'autre mutation

De son côté, Raj Appadu, président du Front des petits commerçants, met en lumière une autre mutation du commerce. La montée des ventes en ligne opérées depuis le domicile, notamment via les réseaux sociaux. Il fait ressortir que de nombreux marchands importent leurs produits sans disposer d'emplacement commercial ni de magasin physique, et vendent directement depuis chez eux.

Cette situation crée, selon lui, une concurrence difficile pour les commerces traditionnels, qui doivent faire face à des charges bien plus élevées. Dans un contexte où le coût des marchandises a lui-même augmenté, il devient difficile pour ces commerçants de proposer des prix bas sans subir de pertes. «Nous ne pouvons pas les vendre à des prix bien bas, sinon c'est à notre perte.» Il relève qu'à l'inverse, les vendeurs opérant depuis leur domicile bénéficieraient de coûts fixes plus faibles, ce qui leur permet d'être plus compétitifs sur le plan des prix et en bénéficient davantage.

Il estime que les plateformes internationales contribuent à accentuer cette pression sur le commerce local. «Beaucoup de commerçants ont fermé. Ils ne peuvent plus travailler, car les ventes ont baissé et ils ne peuvent plus en vivre. » Face à cette évolution rapide du marché et aux risques pour l'ensemble de l'écosystème commercial dans un contexte de mutation profonde du secteur, il plaide pour la mise en place de règlements adaptés au développement du commerce en ligne.

763 Arnaques

Exemple : un vendeur publie un produit, demande un paiement via un compte bancaire ou une application mobile, et le client ne reçoit jamais sa commande. Entre janvier et novembre 2025, 763 cas de fraudes et d'arnaques en ligne ont été signalés. Pour éviter les mauvaises surprises, les associations de consommateurs recommandent de toujours vérifier la fiabilité du vendeur, de consulter les avis et les retours d'autres clients, de privilégier les sites sécurisés et d'éviter les paiements directs à des inconnus.

Les attraits du shopping immédiat en un clic

Face à la hausse du coût de la vie, beaucoup cherchent des alternatives pour préserver leur budget. Amandine, 29 ans et maman d'une fillette, explique : «Avec l'augmentation des prix en magasin, je dois surveiller mon budget. En ligne, je trouve des articles beaucoup moins chers, ce qui me permet de faire des économies.»

Mais la praticité de pouvoir faire du shopping à n'importe quelle heure et n'importe où est également un facteur déterminant. Luveen Timmiah, père de deux enfants, souligne : «Entre le travail et la famille, je manque de temps. Commander en ligne me simplifie la vie : je peux tout faire depuis chez moi.» Dans la continuité de cette recherche de confort, l'accès à une offre plus large séduit de nombreux consommateurs. Prishnee Caulee, étudiante, note : «On y trouve des styles et des produits qu'on ne voit pas toujours à Maurice. Les tendances internationales sont accessibles immédiatement.»

Enfin, la possibilité de comparer les prix et de s'informer avant d'acheter rassure de nombreux consommateurs. Roseline Gungah, 52 ans, femme au foyer, explique : «Je peux comparer les prix, lire les avis et vérifier les notes avant d'acheter. Cela me rassure.»

Une croissance, des chiffres

En cinq ans, le volume d'achats sur la plateforme Temu a augmenté de 400 %. Entre 2024 et 2025, le nombre de consignations importées via les plateformes en ligne a presque triplé, passant de 384 859 à 1 286 134, tandis que la valeur CIF (Cost, Insurance, Freight) a bondi de Rs 3,67 milliards à Rs 5,91 milliards.

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