Neuf lettres d'avertissement en un mois. Des injures sur son éducation. Un véhicule de fonction confisqué. Des salaires impayés depuis décembre 2025. Josiane Harangada Golonga, Miss Cameroun 2025, a saisi un huissier de justice pour dénoncer ce qu'elle qualifie d'acharnement du Comité d'Organisation Miss Cameroun. Les documents exclusifs que nous avons consultés révèlent une guerre sourde entre la reine de beauté et l'institution censée la protéger.
Des documents qui accablent
L'exploit d'huissier est daté de ce mois. Il est signifié à madame Solange Ingrid Amougou, présidente fondatrice du COMICA. La requérante, Josiane Golonga, y dénonce une série de violations graves du code de conduite signé entre les parties.
Le constat est accablant. Entre le 3 et le 27 décembre 2025, la miss a reçu neuf lettres d'avertissement. Parfois deux le même jour. Les motifs invoqués : insolence, irrespect, insubordination envers la hiérarchie. Des accusations que la jeune femme rejette en bloc, dénonçant des « déclarations mensongères destinées à la diffamer intellectuellement ».
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Des salaires impayés et un véhicule confisqué
Au-delà des griefs moraux, les réclamations financières sont précises. Les salaires impayés de décembre 2025 et janvier 2026 sont réclamés, ainsi que tous les avantages liés à l'exercice de ses fonctions. Le véhicule de fonction, lui, a été retiré à la miss. Une décision prise en violation des articles 2 et 3 du code de conduite du COMICA, selon la requête.
L'acte d'huissier exige également la restitution du véhicule et le paiement des arriérés. Faute d'exécution, la miss prévient : elle y sera contrainte « par toutes les voies et moyens de droit ».
La discrimination du Septentrion au cœur des accusations
Le dossier révèle une dimension plus grave encore. Des échanges téléphoniques et WhatsApp entre la fondatrice et la requérante contiendraient des « stéréotypes injurieux liés à son éducation ». La miss est originaire de Yagoua, dans le Mayo-Danay, extrême-nord du Cameroun. Une première dans l'histoire du concours.
Selon la requête, ce sont toujours les dauphines qui sont mises en avant, pour la simple raison qu'elle est issue du Septentrion. La discrimination serait systématique. Les injures proférées remettraient en cause l'éducation reçue par « la fille du grand nord ». Une attaque qui, selon l'acte, questionne « tout le système éducatif camerounais ».
Des activités imposées sans programme
L'article 17 du code de conduite stipule pourtant que les activités de la miss doivent être définies dans un programme arrêté par le COMICA. Dans les faits, aucun programme n'a été remis. Les activités sont partagées de manière fortuite sur un groupe WhatsApp, sans information préalable. Une organisation que la requérante juge pénible et contraire aux engagements pris.
Des injures qui rappellent une époque révolue
Le document d'huissier insiste sur un point : les injures proférées par la présidente du COMICA ne visent pas seulement la personne de Josiane Golonga. Elles visent sa communauté, sa région, l'éducation reçue. « Sembler vouloir remettre en cause son éducation, c'est proférer des injures à la gente féminine, aux parents, à sa communauté du grand nord ainsi qu'à la communauté éducative nationale », peut-on lire.
La miss rappelle son parcours : baccalauréat scientifique en 2019, études à l'Université de Yaoundé I, puis à l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de la communication. Une « tête bien pleine » qui ne mérite pas un tel traitement, insiste-t-elle.
Les conséquences pour l'institution Miss Cameroun
À court terme, cette affaire plonge le COMICA dans une crise sans précédent. La miss en titre, élue en juillet 2025, dénonce publiquement par voie d'huissier les pratiques de l'organisation. Le contrat qui les lie est officiellement dénoncé. Tout ce qui sera fait au mépris de cette dénonciation sera « nul et de nul effet », prévient l'acte.
À long terme, c'est la crédibilité du concours qui est en jeu. Comment attirer les jeunes filles si l'institution chargée de les protéger se retourne contre elles ? Comment garantir aux sponsors que l'image de la marque est préservée quand la miss elle-même accuse de discrimination ?
Qui protégera les reines de beauté camerounaises ?
La question posée par cette affaire dépasse largement le cas personnel de Josiane Golonga. Elle interroge le fonctionnement d'une institution privée chargée d'une mission nationale. Elle révèle des pratiques que l'on croyait disparues.
Elle met en lumière le vide juridique dans lequel évoluent ces jeunes femmes, livrées à elles-mêmes face à des organisations parfois prédatrices. Et surtout, elle demande : quand une miss est discriminée par ceux qui devaient la porter, vers qui peut-elle se tourner ?