LES POINTS MARQUANTS
- L'ISEP-Thiès, le premier institut supérieur d'enseignement professionnel du pays, a considérablement renforcé l'insertion professionnelle, avec près de 90 % de diplômés intégrant le marché du travail depuis sa création en 2013.
- Les programmes de l'institut, d'une durée de deux ans en alternance, sont conçus avec les partenaires industriels et préparent les étudiants à des carrières dans des secteurs clés en pleine essor, tels que les énergies renouvelables, l'agriculture et le multimédia.
- Soutenu par le projet de gouvernance et financement de l'enseignement supérieur axés sur les résultats (GFESR), financé par la Banque mondiale, l'ISEP-Thiès a formé plus de 7 300 étudiants en une décennie -- dont près de la moitié de femmes -- et affiche des taux de réussite supérieurs à 99 %.
L'enseignement professionnel au Sénégal se trouvait autrefois relégué en marge des universités traditionnelles. Il est désormais au coeur d'un vaste élan national visant à lutter contre le chômage des jeunes, à créer de l'emplois et à stimuler une croissance durable.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
À l'Institut supérieur d'enseignement professionnel (ISEP) de Thiès, les salles de classe débordent d'énergie. Dans un studio, Nicole Diedhiou vérifie les réglages sonores avant de saluer ses élèves. « Bonjour à tous ! » dit-elle avec un large sourire.
Nicole, diplômée du programme de création multimédia de l'ISEP-Thiès, partage aujourd'hui son travail de technicienne du son à la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) avec l'enseignement d'ateliers dans son alma mater. Son parcours -- d'étudiante à professionnelle, puis mentor -- illustre comment les formations pratiques transforment la vie des jeunes Sénégalais.
Faire émerger une génération hautement qualifiée
Avec plus de la moitié de sa population âgée de moins de 25 ans, le Sénégal mise sur la jeunesse pour bâtir son avenir. Pourtant, en 2019, seuls 3,5 % des étudiants étaient inscrits dans des programmes professionnels ou techniques de courte durée, créant un décalage entre les compétences des diplômés et les besoins des employeurs.
Cette situation a changé avec la création en 2013 de l'ISEP-Thiès, le premier établissement public d'enseignement supérieur orienté vers les filières professionnelles. « Nos programmes sont conçus pour aligner la formation sur les besoins du secteur industriel », explique le Dr Mouhidine Abdoukhadre Sanoko, directeur adjoint de l'ISEP-Thiès. « Depuis notre première promotion en 2014, environ 90 % de nos diplômés se sont insérés sur le marché du travail. »
La formation à l'ISEP est très gratifiante. Nous observons comment la théorie s'applique à des problèmes concrets. Les compétences techniques que nous acquérons nous encouragent à envisager la création de notre propre entreprise, potentiellement dans la fabrication d'équipements ou le secteur des énergies renouvelables.
Serigne Modou Mbengue, étudiant de première année du laboratoire d'énergies renouvelables.
Une formation qui débouche sur des opportunités
Partout sur le campus, la formation ouvre la voie aux opportunités. Dans un laboratoire, les élèves câblent des systèmes électriques ; dans un autre, ils testent des échantillons de qualité de l'eau. Dans les salles informatiques, des groupes se rassemblent autour de conceptions multimédias et de simulations logistiques.
Chaque programme dure deux ans et cible des secteurs en pleine croissance tels que l'agriculture, l'énergie, l'exploitation minière, la construction, l'eau et l'assainissement, le tourisme, le commerce et les TIC. Les cours sont élaborés en partenariat avec des acteurs du secteur privé, et chaque étudiant réalise un stage de longue durée.
« La formation à l'ISEP est très gratifiante », témoigne Serigne Modou Mbengue, un étudiant de première année du laboratoire d'énergies renouvelables. « Nous observons comment la théorie s'applique à des problèmes concrets. Les compétences techniques que nous acquérons nous encouragent à envisager la création de notre propre entreprise, potentiellement dans la fabrication d'équipements ou le secteur des énergies renouvelables. »
Pour Sokhna Ndiaye, ancienne élève devenue instructrice, cette expérience a été un véritable tournant. « Ce programme a la particularité d'allier connaissances théoriques et expérience pratique », dit-elle depuis le département des Transports et de la Logistique. « Nous passons beaucoup de temps au sein des entreprises pour que les étudiants voient comment le secteur fonctionne réellement. Quand l'institut a eu besoin de moi, j'ai décidé d'accepter. C'est une grande satisfaction de revenir mettre mes compétences au service d'une institution qui a contribué à façonner ma carrière. »
D'un institut pilote à un modèle national
Ce qui a commencé comme un projet pilote à Thiès est devenu une pierre angulaire de la réforme de l'enseignement supérieur au Sénégal. Soutenu par le projet financé par la Banque mondiale de Gouvernance et financement de l'enseignement supérieur axés sur les résultats (a), l'ISEP-Thiès a formé plus de 7 300 étudiants en dix ans -- dont près de la moitié de femmes -- avec des taux d'achèvement supérieurs à 99 % et près de 90 % d'insertion professionnelle peu après l'obtention du diplôme. Environ 15 % des diplômés ont créé leur propre entreprise.
Ces résultats ont stimulé une expansion du modèle au niveau national. Quatre nouveaux instituts ont ouvert à Diamniadio, Richard-Toll, Bignona et Matam. Puis en 2023, le projet Espoir-Jeunes -- une initiative de 206,9 millions de dollars financée par la Banque mondiale et ses partenaires -- a permis d'étendre encore le modèle. Huit nouveaux ISEP sont actuellement en construction à travers le Sénégal, et la capacité de l'ISEP-Diamniadio va passer de 400 à 1 500 étudiants.
En mai 2025, 14 913 étudiants -- dont 7 971 femmes -- étaient inscrits sur l'ensemble du réseau, avec cinq ISEP déjà accrédités tandis que d'autres sont en voie de l'être.
Élargir l'inclusion et l'impact
L'égalité femmes-hommes reste au coeur de la mission de l'ISEP. Jusqu'à présent, près de 9 000 femmes ont bénéficié de ses programmes, notamment grâce à des actions ciblées encourageant leur participation dans des domaines comme la logistique, les TIC et l'ingénierie -- où les hommes ont longtemps été majoritaires.
Les ISEP évaluent également l'impact de leur action grâce à un système de suivi des diplômés, mesurant leur insertion professionnelle dans les six à douze mois suivant l'obtention du diplôme. Les résultats montrent une intégration réussie sur le marché du travail, une augmentation du travail indépendant et une satisfaction accrue des diplômés. Partout au Sénégal, des petites entreprises dans les énergies renouvelables, l'agro-transformation, la logistique et la production multimédia comptent désormais parmi leurs fondateurs d'anciens lauréats des ISEP -- chacun contribuant à la création d'emplois locaux et au renforcement de la résilience.
Un avenir bâti sur la confiance
À Thiès, sous le soleil de l'après-midi, les étudiants sortent des ateliers et quittent le campus, évoquant pour certains des projets bien réels et leurs stages à venir. Pour eux, la formation professionnelle n'est plus un plan B -- c'est une voie à suivre.
« L'ISEP fait vraiment tout pour bien former ses étudiants », affirme Nicole. « Obtenir un diplôme ici te permet d'aller de l'avant, d'avoir plus de confiance et de te dépasser. »
Grâce à des diplômés comme Nicole, l'ISEP prouve qu'une formation professionnelle axée sur l'industrie peut faire plus que créer des emplois -- elle peut alimenter la transformation de tout un pays.