Sénégal: Diagnostic lucide de la chronique dans les médias sénégalais

26 Février 2026

Le Conseil pour l'Observation des règles d'éthique et de déontologie dans les médias (Cored) a organisé hier, mercredi 25 février, un « cas d'école » consacré à la chronique journalistique, à la Maison de la presse Babacar Touré. Cette dixième rencontre porte sur le thème évocateur : « La chronique, un genre journalistique majeur dévoyé ».

« La chronique, un genre journalistique majeur dévoyé » est le thème du « Cas d'école » de la dixième rencontre du Conseil pour l'observation des règles d'éthique et de déontologie dans les médias (Cored).

L'initiative, tenue hier à la Maison de la presse Babacar Touré, s'inscrit dans une volonté du Cored de questionner les pratiques médiatiques actuelles, à l'heure où les frontières entre information, opinion et commentaire semblent de plus en plus floues.

Devant un public composé de journalistes, d'étudiants en formation, d'acteurs de la société civile et de responsables de médias, les échanges ont permis d'ouvrir un débat franc sur la place réelle de la chronique dans le paysage médiatique sénégalais.

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Le panel a été animé par Sidy Diop, conseiller éditorial au « Soleil », Pape Samba Kane, journaliste, et Henriette Niang Kandé, chroniqueuse au journal Sud Quotidien. Trois regards complémentaires, mêlant expérience éditoriale, pratique journalistique et vécu du terrain.

Les panélistes ont tenu à rappeler que la chronique est avant tout un genre de prise de position, fondé sur un engagement personnel assumé. Contrairement aux genres informatifs classiques, elle revendique une subjectivité, mais une subjectivité éclairée, construite et argumentée.

La chronique, ont-ils insisté, n'est ni un billet d'humeur improvisé ni un exutoire émotionnel, encore moins un espace de règlements de comptes personnels. Cet engagement personnel, au coeur même de la chronique, ne peut cependant se concevoir sans une solide culture générale, une maîtrise de l'écriture et un profond respect des règles d'éthique et de déontologie.

Responsabilité accrue La liberté de ton qu'offre ce genre implique, selon les intervenants, une responsabilité accrue, tant les mots du chroniqueur peuvent influencer l'opinion publique et nourrir, ou appauvrir le débat démocratique.

Les discussions ont également mis en lumière une déliquescence généralisée du genre, alimentée par une banalisation inquiétante de la chronique. Avec l'essor des réseaux sociaux, des plateformes numériques et de certaines émissions audiovisuelles, tout le monde ou presque se revendique aujourd'hui chroniqueur. Une situation qui, selon les panélistes, contribue à une confusion profonde entre opinion personnelle, analyse journalistique et simple provocation.

Cette prolifération de « chroniqueurs autoproclamés », souvent sans formation journalistique ni encadrement éditorial, fragilise le genre et nuit à sa crédibilité. Elle installe également un climat où l'invective, l'exagération et la recherche du buzz prennent parfois le pas sur la réflexion, l'argumentation et la mise en perspective des faits. Intervenant sur cette question, Sidy Diop a insisté sur la nécessité de réhabiliter la chronique comme un espace de pensée et non comme un simple spectacle médiatique.

Pour lui, la chronique exige du recul, du temps et une capacité à contextualiser l'information. Il a appelé les rédactions à assumer pleinement leur responsabilité éditoriale en encadrant ce genre, en choisissant leurs chroniqueurs avec rigueur et en refusant les dérives qui portent atteinte à la dignité des personnes.

De son côté, Pape Samba Kane a mis en garde contre une conception dévoyée de la liberté d'expression. S'il reconnaît que la chronique est un espace de liberté, il a rappelé que celle-ci ne saurait être synonyme d'impunité.

Diffamation, injure et désinformation, a-t-il souligné, ne peuvent en aucun cas être justifiées par le statut de chroniqueur. Selon lui, l'engagement personnel doit toujours s'accompagner d'un sens aigu de la responsabilité sociale.

Apportant un éclairage pratique, Henriette Niang Kandé est revenue sur son expérience de chroniqueuse dans la presse écrite. Elle a évoqué les contraintes liées à l'instantanéité de l'information, à la pression de l'audience et aux attentes parfois contradictoires du public. Pour elle, préserver la qualité de la chronique suppose une discipline intellectuelle constante, une fidélité aux faits et une vigilance permanente face aux dérives émotionnelles et idéologiques. A

u terme des échanges, ce « cas d'école » a permis de poser un diagnostic lucide sur l'état de la chronique au Sénégal. Loin d'être un genre mineur, elle demeure un pilier essentiel du débat public, à condition d'être exercée avec exigence, humilité et responsabilité.

À travers cette rencontre, le Cored entend ainsi rappeler que la chronique n'est pas un simple droit à la parole, mais un engagement intellectuel et moral, qui engage à la fois son auteur, son média et la qualité du débat démocratique.

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