Congo-Kinshasa: Paix contre extraction - Les limites de l'approche Trump

analyse

Début décembre 2025, Donald Trump posait, sourire aux lèvres, à la Maison-Blanche aux côtés du président congolais Félix Tshisekedi et du président rwandais Paul Kagame. « Nous réglons une guerre qui dure depuis des décennies», déclarait-il. Mais derrière ces grandes paroles se dessine une nouvelle forme de diplomatie, où la paix devient une monnaie d'échange et les minerais stratégiques de la République démocratique du Congo, l'enjeu central. Que signifie réellement cet accord pour la paix en RDC et pour la politique mondiale ?

L'accord entre les deux pays s'appuie sur le texte initial signé le 27 juin 2025.

Il prévoit notamment le retrait des troupes rwandaises de l'est du Congo et la neutralisation des forces rebelles des Forces démocratiques de libération du Congo (FDLR) opérant en RDC. Il inclut aussi le désarmement et la réintégration des groupes armés, ainsi que le retour des réfugiés et des déplacés internes, avec des garanties d'accès humanitaire. Enfin, il prévoit la création d'un cadre de coopération économique régionale centré sur les minerais critiques.

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Nos travaux portent, entre autres, sur la gouvernance dans les zones de conflit, l'économie de guerre, ainsi que les conflits autour des ressources en RD Congo. Nous soutenons que, sans s'attaquer aux dynamiques historiques complexes du conflit, l'accord risque de ne pas garantir une paix durable.

Ce qui frappe n'est pas tant la promesse d'une plus grande transparence dans les chaînes d'approvisionnement -- des mécanismes existent déjà -- que le fait que celle-ci s'inscrive dans un partenariat direct avec le gouvernement et des entreprises américaines. Washington a d'ailleurs signé des accords économiques bilatéraux séparés avec les deux pays.

Une autre préoccupation concerne l'approche proposée pour traiter ces questions. Ce qui frappe n'est pas tant la promesse d'une plus grande transparence dans les chaînes d'approvisionnement -- des mécanismes existent déjà -- que le fait que celle-ci s'inscrive dans un partenariat direct avec le gouvernement et des entreprises américaines. Washington a d'ailleurs signé des accords économiques bilatéraux séparés avec les deux pays.

L'objectif sous-jacent de l'accord

La tentative de l'administration Trump de négocier un accord de paix en RD Congo doit être considérée à la lumière de son approche décomplexée de la politique mondiale, axée sur la sécurisation des ressources telles que le pétrole au Venezuela et les minéraux critiques au Congo. Si les méthodes diffèrent, l'objectif sous-jacent est le même : garantir l'accès à des actifs économiques stratégiques et renforcer la position des États-Unis sur la scène mondiale. Dans les deux cas, cette approche a ignoré les institutions multilatérales et les cadres de coopération existants pour privilégier une approche unilatérale.

L'accord entre la RD Congo et le Rwanda est le fruit de mois de diplomatie discrète menée par Massad Boulos, conseiller spécial de Trump pour l'Afrique. À première vue, il semble prometteur. Mais une analyse plus fine révèle une logique inquiétante : une guerre complexe façonnée par des dynamiques historiques profondes, réduite à une question d'accès aux minerais, en ignorant les facteurs qui alimentent la violence depuis plus de trente ans.

Selon nos recherches, ces facteurs comprennent la nature de l'État congolais, les liens entre la terre et l'identité ainsi que la militarisation de la compétition politique.

Dans cette approche, la paix devient une monnaie d'échange plutôt qu'un processus politique. Plus alarmant encore, elle légitime - voire récompense - le Rwanda pour avoir envoyé des troupes dans un État souverain voisin, en violation des principes fondamentaux du droit international. Cette atteinte à l'intégrité territoriale crée un précédent dangereux et reflète une tendance plus large observée avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les attaques israéliennes au Liban. Elle nous éloigne d'une solution durable à un conflit qui cause des souffrances humanitaires immenses depuis des années.

Plus largement, l'administration Trump a systématiquement cherché à négocier la paix par une approche transactionnelle, reposant sur des incitations économiques allant des accords miniers aux menaces tarifaires pour influencer les parties au conflit. C'est le même schéma utilisé dans le différend frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge ou dans le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Avec, jusq'ici, des résultats mitigés.

Des garanties sécuritaires floues

Une raison majeure de ces échecs est que ces accords ne s'attaquent pas aux causes historiques complexes des conflits : griefs identitaires, héritages de répression étatique, institutions fragiles et rivalités géopolitiques. Les incitations économiques promises sont souvent liées à des investissements qui ne se concrétiseront que dans un avenir lointain. Elles ne permettent donc pas de créer la confiance immédiate nécessaire pour engager un processus de paix.

Les processus de paix menés par les États-Unis se heurtent aussi à des problèmes d'application. Sous Trump, le poids des garanties sécuritaires américaines reste flou, tout comme l'influence réelle sur les acteurs susceptibles de faire échouer l'accord. Sans surprise, plusieurs accords ont été violés ou partiellement mis en oeuvre. C'est aussi le cas pour l'accord Rwanda-Congo.

Alors que les dirigeants posaient côte à côte à la Maison-Blanche, les combats s'intensifiaient sur le terrain avec une nouvelle offensive des rebelles AFC/M23 soutenus par Kigali. Le 10 décembre, le groupe a même occupé Uvira, deuxième ville du Sud-Kivu, marquant une escalade majeure aux implications régionales. L'AFC/M23 a encore retiré officiellement ses troupes afin d'instaurer la confiance. Sur le terrain, les effets de ce retrait sur les processus de paix en cours restent incertains. L'occupation a causé d'importants dommages économiques à la ville et a aggravé les tensions intercommunautaires, notamment les menaces visant les Banyamulenge, une communauté tutsie vivant sur les Hauts Plateaux d'Itombwe.

Un ordre mondial en mutation

Lors d'une campagne militaire antérieure du mouvement rebelle M23 en 2012 et 2013, plusieurs puissances occidentales et africaines, comme les États-Unis, l'Afrique du Sud et plusieurs membres de l'UE avaient exercé une pression sur Kigali, via des sanctions et des menaces de suspension d'aide, qui a contribué au retrait de ses troupes. Ce type d'action collective multilatérale semble aujourd'hui révolu, malgré certaines sanctions imposées par les États-Unis et l'UE après la prise de Goma par les rebelles AFC/M23 en janvier 2025. La priorité donnée par Trump aux intérêts économiques américains a affaibli la réponse internationale nécessaire pour élaborer et mettre en oeuvre un accord de paix global

L'enjeu central de la rivalité internationale autour de la RDC est l'accès à ses immenses réserves de minerais critiques : coltan, cassitérite, or, lithium dans l'est, ainsi que cuivre et cobalt dans le sud-est.

Cette course mondiale pour l'accès à ces minéraux est motivée non seulement par l'essor de l'IA générative et la transition vers les énergies vertes, mais aussi par le rôle croissant qu'ils jouent dans l'industrie de la défense. Cependant, l'approvisionnement reste incertain, car seuls quelques pays extraient et traitent ces minerais, dont certains sont actuellement en guerre. C'est ce qui explique l'intérêt de Trump pour des accords similaires en Ukraine et en Birmanie.

Pour l'administration Trump, la paix en RDC semble donc moins être une fin en soi qu'un moyen de garantir l'accès à ces ressources stratégiques. Cette politique s'inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des chaînes d'approvisionnement, qui guide également ses investissements. Ces dernières années, le gouvernement américain a ainsi investi massivement dans le corridor ferroviaire de Lobito, destiné à acheminer les minerais vers la côte atlantique, puis vers les marchés américains.

Mépris du droit international

Les motivations géopolitiques et économiques derrière ces efforts sapent leur efficacité, y compris en RDC. Elles illustrent le mépris de Washington pour le droit international, créant un environnement permissif où les violations de l'intégrité territoriale se banalisent. Il n'est pas anodin que l'AFC/M23, soutenu par Kigali, ait pris Goma quelques jours après l'investiture de Trump le 20 janvier 2025. Cela montre que le conflit congolais est à la fois façonné par, et contribue à façonner, un ordre mondial qui s'éloigne des normes juridiques.

Des groupes de la société civile qualifient l'accord négocié par l'administration Trump de « pacte paix contre extraction ». Les factions armées vont plus loin, le présentant comme un signe d'impérialisme américano-rwandais pour justifier leur lutte. Pendant ce temps, la prise d'Uvira par l'AFC/M23 met à mal la crédibilité de Washington comme médiateur.

Quand de telles violations restent impunies, le signal est clair : la vision trumpienne d'une nouvelle Pax Americana est érigée sur des bases fragiles.

Kasper Hoffmann, Adjunct assistant professor, Roskilde University

Judith Verweijen, Assistant professor, Utrecht University

Koen Vlassenroot, Professor in political and social sciences, Ghent University

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