Afrique: Bakary Samb appelle à redécouvrir les valeurs de partage face aux fractures sociales

Dakar — Le directeur de Timbuktu Institute, Bakary Samb, appelle à redécouvrir les valeurs religieuses et culturelles de solidarité et de partage pour faire face à l'individualisme, à l'exclusion sociale et aux conflits qui secouent l'Afrique de l'Ouest et le Sahel.

"Notre rencontre d'aujourd'hui est une invitation urgente à redécouvrir, au coeur même de notre tradition spirituelle et culturelle, les ressources profondes qui nous permettront de résister au vent contraire de notre époque, l'individualisme possessif, l'exclusion croissante, la fragmentation sociale et les conflits ensanglantant aujourd'hui une grande partie de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel", a-t-il déclaré.

Bakary Samb animait une conférence publique organisée par l'Amicale des femmes du quotidien national Le Soleil, jeudi, sur le thème "Religions et valeurs de solidarité et de partage".

Cette journée s'est déroulée en présence des ambassadrices de la Turquie Nur Sagman, marraine de cette édition, de son homologue du Pakistan, Saima Maymunah Sayed, et du directeur général du Soleil, Mouhamadou Lamine Niang.

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Le maire de la commune de Hann Bel-Air, Babacar Mbengue, le personnel administratif et technique du quotidien public ainsi que des hommes religieux, musulmans et chrétiens, ont également pris part à cette conférence.

Selon Bakary Samb, le thème de cette conférence publique représente "bien plus qu'une simple conférence" et doit être considéré comme "un appel pressant", en ce mois béni de Ramadan, à renouer avec "les ressources profondes" des traditions spirituelles sénégalaises.

Dans un monde dominé par la logique du "moi d'abord", il a rappelé que "l'humain n'est pas un être solitaire, mais un espace de solidarité".

S'appuyant sur des références islamiques et chrétiennes, il a cité un hadith du Prophète Muhammad (PSL) : "Le musulman est le frère du musulman, il ne l'opprime pas et ne l'abandonne pas", ainsi qu'un passage de l'Évangile selon Luc appelant au partage des biens avec les plus démunis.

"Je suis parce que nous sommes"

"Deux traditions, certes, mais une seule vérité éternelle : le partage n'est pas une option charitable, c'est un commandement divin qui structure la vie en société", a-t-il affirmé, rappelant que la zakat constitue l'un des cinq piliers de l'islam, et que dans le christianisme, l'attention portée aux plus vulnérables est au coeur du message évangélique.

Évoquant la tradition islamique, il a cité Ibn Arabi pour qui "la religion du Prophète est celle de l'amour", ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba qui avait déclaré avoir "pardonné à tous ses ennemis".

Il a également cité El Hadji Malick Sy et Mame Limamoulaye, figures religieuses ayant, selon lui, incarné la tolérance et la cohésion sociale.

Pour Bakary Samb, ces enseignements convergent avec les valeurs culturelles africaines telles que la Teranga (hospitalité) et la philosophie de l'Ubuntu ("Je suis parce que nous sommes"), qui mettent l'accent sur l'interdépendance et la responsabilité collective.

Il a insisté sur le "rôle central" des femmes dans la préservation et la transmission de ces valeurs, notamment à travers les "dahiras" (regroupements de fidèles), les tontines et les initiatives communautaires.

"Les femmes sont le coeur battant, le moteur invisible mais indispensable de cette solidarité", a-t-il soutenu le président fondateur de Timbuktu Institute, un centre de recherche africain pour la paix basé à Dakar, au Sénégal, avec des bureaux à Niamey (Niger) et à Bamako (Mali).

Il a salué l'engagement des femmes auprès des orphelins, des veuves et des malades.

Selon le conférencier, la pandémie de Covid-19 a rappelé brutalement l'interdépendance des sociétés, soulignant qu"'aucun pays, aucune classe, aucun individu ne peut se sauver seul".

"Plus de visibilité et de moyens aux femmes"

Il a plaidé pour "une solidarité horizontale", fondée sur "une vulnérabilité partagée et une fraternité concrète".

Revenant sur le modèle sénégalais, il a décrit le Sénégal comme "une île de paix" dans une région troublée, mettant en avant l'harmonie entre musulmans et chrétiens, les célébrations religieuses communes et le règlement amiable des différends intercommunautaires.

Il a également évoqué la tradition turque du waqf, rappelant que sous l'Empire ottoman, des fondations pieuses dont plusieurs créées par des femmes finançaient hôpitaux, écoles et oeuvres sociales. Il a cité, à cet effet, l'exemple de Nurbanu Sultan (1525-1583), épouse du sultan ottoman Selim II, fils et successeur de Soliman le Magnifique.

S'adressant aux professionnels des médias, en particulier aux femmes journalistes, Bakary Samb les a exhortées à continuer à être "des passeuses de valeurs" et "des artisanes de la paix", dans un contexte régional fragile marqué par la désinformation et les divisions.

"Donnons plus d'espace, plus de visibilité et plus de moyens aux femmes, particulièrement aux femmes des médias", a-t-il lancé, estimant que la valorisation des initiatives solidaires contribue à consolider la cohésion nationale.

Selon lui, l'islam, le christianisme et les traditions culturelles africaines enseignent une même leçon : "La vraie richesse est dans le partage, la vraie force est dans la solidarité, la vraie paix est dans l'amour du prochain".

Il a conclu en appelant à poursuivre, entre Sénégalais et partenaires étrangers, notamment turcs, la construction d'un "pont d'amour, de fraternité et de résilience" face aux défis contemporains.

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