Ça ne passe plus entre la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), qui représente notamment des employés de Marine Road, et la direction de Princes Tuna. Après deux rencontres entre les parties, le ton est monté et la direction a même demandé des excuses formelles au syndicat à la suite d'échanges tendus. Dans ce contexte, la CTSP envisage de solliciter l'intervention du ministre du Travail afin de débloquer la situation, estimant que l'avenir de nombreux travailleurs est en jeu.
Selon Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, les premières discussions avec la direction avaient pourtant laissé entrevoir une certaine ouverture. Le syndicat avait alors soulevé plusieurs préoccupations liées aux conditions de travail.
«Nous avons mis l'accent sur le fait que les travailleurs n'ont qu'un seul uniforme depuis deux ans et qu'ils ne disposent que d'une seule paire de bottes qu'ils portent pendant huit heures d'affilée. Les femmes, qui restent debout toute la journée, souffrent notamment de varices, pour ne citer que cet exemple», explique-t-il.
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Le syndicaliste affirme également avoir relayé des doléances exprimées par des employés concernant des problèmes d'hygiène et de nuisibles sur le lieu de travail. «Les travailleurs ont évoqué la présence de rats ainsi que de punaises», indique-t-il, précisant qu'il s'agit de préoccupations soulevées lors d'une assemblée de travailleurs.
Autre point soulevé par la CTSP : certaines pratiques liées aux congés maladie. Reeaz Chuttoo affirme que des employés auraient été invités à fournir des détails sur leur état de santé après un arrêt maladie. «Quand un employé prend un congé maladie, le lendemain, il doit, rencontrer avec une infirmière et lui expliquer la maladie dont il a souffert ainsi que les médicaments prescrits. Selon nous, cela est contraire à la loi, mais le management affirme ne pas être au courant de cette pratique», avance-t-il.
Le syndicat évoque aussi un incident impliquant un chauffeur employé par un contracteur externe. Selon Reeaz Chuttoo, ce dernier ne disposait pas de la licence appropriée pour transporter des travailleurs, et un accident grave se serait produit. Il affirme que la responsabilité de cet incident fait toujours débat.
Une nouvelle réunion s'est tenue mercredi dans les locaux de l'entreprise à Riche-Terre. D'après le président de la CTSP, la direction y aurait dressé un tableau des défis auxquels fait face l'industrie, évoquant notamment la concurrence internationale et l'augmentation du salaire minimum à Maurice. Une proposition aurait alors été formulée : l'octroi d'une prime exceptionnelle («one-off») sous forme de récompense pour ancienneté («long-term service award») destinée aux employés comptant entre 10 et 45 ans de service.
Pour le syndicat, cette proposition ne répond pas aux principales revendications. «La question des salaires reste entière», insiste Reeaz Chuttoo. Il souligne notamment que certains nouveaux employés percevraient une rémunération similaire à celle de travailleurs comptant de nombreuses années d'ancienneté. Il estime également que l'ancienneté devrait être reconnue conformément aux dispositions prévues dans l'accord collectif, qui, selon lui, reste applicable.
Toujours selon le syndicat, la direction aurait indiqué ne pas être disposée à modifier sa proposition. «Nous avons fait comprendre que cette situation pourrait mener à un litige, car la loi prévoit le respect des accords collectifs. Le manager a répondu qu'il n'était pas présent dans l'entreprise lors de la signature de cet accord, mais nous avons rappelé que l'acquisition d'une entreprise inclut aussi bien ses actifs que ses engagements», affirme Reeaz Chuttoo.
Les discussions se seraient ensuite envenimées entre les représentants syndicaux, la direction et les conseillers juridiques présents. Peu après la réunion, le président de la CTSP indique avoir reçu un courriel de la direction lui demandant de présenter des excuses, estimant que certains propos auraient porté atteinte à son image. La direction reprocherait également au syndicat un manque de respect lors des échanges.
Face à cette situation tendue, la CTSP affirme vouloir solliciter l'intervention du ministère du Travail afin de mettre en place une réunion tripartite réunissant syndicat, direction et autorités. L'objectif serait de trouver un terrain d'entente et d'éviter une escalade du conflit social. En attendant, le climat reste tendu entre les deux parties, chacune campant sur ses positions, tandis que les travailleurs concernés restent dans l'attente d'une issue à ce différend.