Panafricain engagé pour la cause de l'Afrique, Stanislas Zézé est le président directeur général de Bloomfield Group, et fondateur de Bloomfield Investment Corporation, la première agence de notation financière panafricaine d'Afrique francophone. Dans cette interview accordée à Sidwaya, M. Zézé, salue la politique de développement endogène et économique que mène le Burkina Faso, et les autres pays de l'AES, qu'il considère comme la seule voie pour le développement réel de l'Afrique. Il y esquisse également les leviers à actionner pour bâtir durablement cette souveraineté politique, économique et sociale, en mettant un accent particulier sur le maintien d'une communication stratégique et permanent entre les autorités politiques et le peuple.
Vous êtes connus comme un panafricain très engagé depuis des années dans le combat pour changer la mauvaise perception sur l'Afrique, sur l'économie africaine. Le Burkina, tout comme les autres pays de l'AES, est dans une dynamique de souveraineté économique, de développement endogène. En tant que panafricain, comment appréciez-vous cette option politique prise par les autorités burkinabè ?
C'est une option courageuse et qui est à saluer. Maintenant, une fois cette option prise, il s'agit de s'organiser, de se structurer et de construire sa souveraineté. Une souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se construit sur le temps. C'est pourquoi, les gens doivent être patients vis-à-vis des autorités qui ont pris ces décisions politiques fortes d'acquérir une souveraineté politique, économique et sociale.
Car, cette souveraineté prend du temps pour être construite. Il est vrai que nous sommes dans une période où les gens sont très impatients. Mais on ne peut pas construire un pays en trois, quatre ans. On ne peut pas construire une nouvelle dynamique économique, politique et sociale d'un pays en cinq ans. Cela prend du temps. Les bases doivent être bien établies.
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C'est en cela qu'il est extrêmement important que les autorités de ces pays soient dans une logique de long terme. La planification à long terme va permettre d'avoir de bonnes fondations qui permettront de construire cette souveraineté économique et financière. Tous les pays africains devraient opter pour une souveraineté, qu'elle soit économique, monétaire, ou politique.
Car, la géopolitique de ce monde nous montre bien que quand vous êtes faibles, vous subissez. Cela veut dire qu'il est important de construire sa sécurité, son économie, son indépendance pour se faire respecter, et de deux, de pouvoir compter, et sortir de cette logique de faiblesse où l'on subit.
Mais cela prend du temps, demande de la stratégie, de l'organisation, de la structuration, une vision qui permettra de construire sa souveraineté sur le temps. La capacité des leaders de ces pays à expliquer leur modèle à leur population va leur permettre de gagner ce temps dont ils ont besoin pour construire cette souveraineté. La mauvaise communication va certainement créer des blocages et va certainement donner du grain à moudre aux détracteurs.
Le volet communication sur la stratégie et la planification à long terme est extrêmement important entre les leaders des pays de l'AES, leur population, leur monde économique et tous leurs partenaires éventuellement. C'est cette vision claire et cette structuration, planification claire qui va rassurer et qui va permettre d'accompagner cette construction de la souveraineté et en même temps permettre aux gens d'être plus patients et de comprendre que ça prend du temps.
Vous l'avez dit, cette option de bâtir une souveraineté économique est une décision courageuse, surtout dans un environnement socio-politique, géopolitique pas facile, où les velléités de résistance, voire de sabotage ne manquent pas à l'interne comme à l'externe. Comment surmonter ces contraintes de divers ordres ?
Ces contraintes sont tout à fait normales. Le changement fait toujours peur aux gens. Naturellement, le changement dérange toujours, et surtout si cela bouscule les privilèges que certaines gens avaient. C'est un processus normal. Les challenges au départ vont certainement donner l'impression que ça pourrait arrêter le processus. Non. Cela ne peut que ralentir le processus mais pas l'arrêter.
Le plus important, c'est la décision de faire les choses qui ont été prises. Maintenant, évidemment, il va falloir gérer ces obstacles avec diplomatie, courage et abnégation. C'est un processus tout à fait normal, le contraire serait surprenant. On ne peut pas faire des omelettes sans casser des oeufs. A un moment donné, quand vous prenez une décision d'indépendance, elle n'est pas facile.
Quand vous regardez l'esclavage, quand la décision de son abolition, a été prise, après il y avait la résistance de la part des propriétaires d'esclaves. C'était pareil pour l'indépendance. Il faut comprendre que votre indépendance et votre souveraineté ne peuvent pas être données facilement par ceux qui étaient vos maîtres ou qui vous asservissaient.
Evidemment, ils le faisaient parce que cela les arrangeait. Maintenant, perdre ces privilèges, c'est un problème. Alors, ils vont résister. Ce n'est pas vraiment le problème le fait que les gens résistent à l'indépendance de ces pays. C'est ce qui est normal. Maintenant, c'est à ces pays de gérer cette résistance et de rester concentrés sur leur objectif de départ et d'arriver à cette souveraineté tant convoitée. Elle arrivera. C'est une question de temps.
On peut ralentir ce processus, mais on ne peut pas l'arrêter. C'est juste que ça demande beaucoup de courage, d'abnégation, de compréhension du peuple. C'est pourquoi, je disais plus haut que la communication est extrêmement importante. Quand votre peuple est derrière vous, personne ne peut rien vous faire. Cela veut dire que la communication avec le peuple est extrêmement importante, pour que le peuple comprenne cette logique de souveraineté, de construction de la souveraineté et y adhère.
Une fois qu'il y adhère, personne ne peut rien faire contre vous. Dès l'instant où votre peuple comprend les sacrifices, les efforts qu'il y a à faire, comprend l'intérêt de la construction de la souveraineté économique, politique, sécuritaire et sociale, vous n'avez plus de problème.
En résumé, quels que soient les prix à payer, les coups à prendre, la souveraineté est l'unique voie de sortie pour l'Afrique...
La souveraineté économique, politique et sécuritaire, c'est la voie pour l'Afrique. Et, elle vaut la peine des sacrifices.