Même si le cyclone Horacio n'a pas influencé directement le temps local, il a néanmoins perturbé l'état de la mer, comme l'a indiqué ces derniers jours la station météorologique de Vacoas. Depuis le début de la saison cyclonique 2025-2026, plus active que d'habitude dans le Sud-Ouest de l'océan Indien, plusieurs systèmes ont évolué dans la région, générant houles et mer agitée, avec des répercussions notables sur les activités en mer. Les sorties dans la région sont ainsi devenues plus compliquées et parfois déconseillées.
Dans ce contexte, plusieurs pêcheurs affirment avoir dû limiter leurs sorties ces dernières semaines, la mer demeurant agitée même en l'absence d'intempéries. Certains se voient même contraints de se déplacer vers des zones où la mer est moins agitée afin de pouvoir pêcher pour se faire quelques sous. Ou encore, lorsque les conditions le permettent, certains pêcheurs privilégient la pêche au casier, bien que cette méthode ne soit pas pratiquée par tous.
Sakel Fokeer, secrétaire de l'Association Pêcheurs et Enfants des Pêcheurs de Bel Ombre, observe une baisse de volume : «Les prises restent faibles.» Un pêcheur relate qu'après une sortie en mer de 6 h 30 à 11 h 30, il n'a obtenu que cinq livres de poisson environ : «Tout dépend aussi de l'espèce. Si le poisson se vend à Rs 50 la livre, cela représente à peine Rs 250. En revanche, si ce sont des vieilles rouges vendues entre Rs 250 et Rs 300 la livre, les revenus peuvent dépasser Rs 1 000. Mais il faut aussi compter les frais de transport, du bateau et de l'essence, ce qui rend la situation difficile, car ces dépenses ne sont pas couvertes.»
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De son côté, Judex Rampaul souligne que cette situation tend à s'aggraver au fil des années. «La pêche est un métier saisonnier et durant cette période, tous les types de pêche ne sont pas favorables. On trouve surtout des espèces comme le berri, le capitaine, le thon, le beking, la dorade. Mais lorsque l'état de la mer est mauvais, on ne peut pas profiter de ces poissons pélagiques, car il faut aller en haute mer et les conditions ne sont pas favorables», explique-t-il. D'autant que beaucoup migrent vers des zones plus profondes, voire plus calmes. Il ajoute également que les casiers ne sont pas toujours sécurisés et peuvent parfois être endommagés par la forte houle.
Un mal pour un bien
Toutefois, il rappelle que cette période correspond aussi à une phase importante pour la régénération des ressources marines. En effet, l'activité de reproduction de nombreuses espèces de poissons est généralement plus intense entre novembre et avril. Néanmoins, sur le long terme, des températures élevées répétées peuvent affecter la reproduction et la survie de certaines espèces.
D'autres facteurs viennent également compliquer le travail des pêcheurs, ajoute Sakel Fokeer. La prolifération d'algues envahissantes est notamment pointée du doigt. Les cyclones brassent par ailleurs des eaux, soumises déjà à la hausse de la température liée aux conditions climatiques. La chaleur réduit la quantité d'oxygène disponible dans l'eau, poussant les poissons à se déplacer vers des zones plus profondes et plus fraîches, où l'oxygénation est meilleure.
Durant les périodes de forte chaleur, de nombreuses espèces deviennent aussi moins actives, se déplaçant davantage tôt le matin ou en fin de journée et restant à l'abri près des récifs, des rochers ou dans des zones plus profondes. La chaleur influence également leur alimentation, certains poissons se nourrissant moins en raison du stress thermique, ce qui se traduit par une baisse des captures.
Face à ces multiples difficultés en cette période cyclonique, l'Association Pêcheurs et Enfants des Pêcheurs de Bel Ombre propose d'explorer des solutions pour soutenir les pêcheurs qui dépendent de ce secteur pour vivre. Parmi les pistes évoquées figure le développement de l'aquaculture et de la mariculture adaptées aux conditions marines de la région de Bel Ombre, notamment l'élevage de concombres de mer, d'oursins ou encore de crevettes, afin d'assurer une source de revenus complémentaires durant les périodes difficiles.
Sakel Fokeer salue l'action du Centre de Recherches de Pêche d'Albion (AFRC), qui a relâché le 20 février 10 000 alevins de gueule pavée dans le parc marin de Blue Bay afin de renforcer les stocks de poissons. Au total, 50 000 alevins de cette espèce devraient être progressivement introduits dans plusieurs zones marines protégées de l'île, notamment à Pointe-auxPiments, Grand-Gaube, Trou-d'Eau Douce et au Morne.