Environ 60 % des Mauriciens affirment avoir diminué leurs achats alimentaires entre 2024 et 2025, principalement à cause de l'inflation et de la baisse du pouvoir d'achat. Le coût d'un panier de biens essentiels, estimé à Rs 8 000 en 2021, atteindrait près de Rs 10 400 en 2025-2026, dans un pays où 75 à 80 % de l'alimentation est importée.
Ces chiffres proviennent du rapport de l'étude nationale «Consommer moins, consommer mieux ?» réalisée auprès de 1 237 répondants par Analysis, affilié à Kantar. Les conclusions ont été présentées le 12 février à St-Pierre, lors du premier Rendez-Vous Expert 2026 organisé par l'Association of Mauritian Manufacturers (AMM) et l'initiative Made in Moris. Une soixantaine d'acteurs du secteur agroalimentaire ont participé à la rencontre, qui a également officialisé un partenariat entre l'AMM et Analysis Kantar pour 2026.
Le rapport s'interroge : s'agit-il d'un choix volontaire ou d'une contrainte ? Selon Virginie Villeneuve, directrice de la stratégie et du développement international chez Analysis, «pour la majorité, la réduction des achats est directement liée aux contraintes budgétaires». Seule une minorité déclare vouloir «consommer moins mais mieux».
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Anya Dundoo, «Sustainability & Community Building Manager» à l'AMM et pour le label Made in Moris, et Virginie Villeneuve, directrice de la stratégie et du développement international chez Analysis.
Selon l'étude, ces contraintes se traduisent par des ajustements concrets dans les repas. Les protéines, notamment la viande, sont remplacées par des aliments moins coûteux et plus rassasiants, souvent riches en glucides, tandis que la consommation de produits non essentiels, comme les confiseries, diminue.
«Parallèlement, la recherche du prix le plus bas influence désormais les comportements d'achat : les consommateurs multiplient les points de vente pour profiter des promotions et réduisent le gaspillage alimentaire, non par choix, mais parce que la nourriture est devenue trop chère pour être jetée. Les Mauriciens ne mangent pas nécessairement moins en volume, mais différemment et souvent moins bien sur le plan nutritionnel», souligne Virginie Villeneuve.
«Feel good factor»
Ces changements alimentaires ont des implications sanitaires préoccupantes. Déjà 25,4 % de diabètiques dans l'île et 36,7 % d'adultes souffrant d'hypertension. Le rapport met en garde contre la baisse de diversité alimentaire et la substitution des protéines par des glucides, qui pourraient accentuer ces fragilités.
À côté des contraintes économiques et des effets sur la santé, le rapport souligne également une dimension psychologique. Plus le sentiment de crise est fort, plus l'anxiété et la sensibilité aux prix augmentent. Les personnes qui se considèrent en bonne santé tendent à maintenir une alimentation équilibrée. Virginie Villeneuve précise : «La confiance et la perception de sa propre santé influencent directement la qualité de l'alimentation», évoquant le rôle du «feel good factor».
Face à ce constat, l'industrie locale se retrouve en première ligne. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les circuits courts, d'accompagner les petits producteurs et de réduire les inégalités d'accès aux aliments. Pour Shirin Gunny, Chief Executive Officer de l'AMM et de Made in Moris, «l'industrie agroalimentaire doit repenser l'équilibre entre prix, valeur nutritionnelle et accessibilité, tout en misant sur une innovation utile et une meilleure information du consommateur. Au-delà des impératifs économiques, le secteur a un rôle social fondamental : contribuer à la sécurité alimentaire et au bienêtre nutritionnel de la population».