En moins de deux semaines, quatre pays de la sous-région ont arraisonné huit navires de pêche industrielle grâce à une coordination inédite et à un ciblage par satellite. Une opération qui marque un tournant dans la lutte contre la pêche illicite, mais qui pose aussi la question cruciale de la souveraineté maritime à long terme.
Ce n'était plus une simple patrouille de routine, mais une démonstration de force coordonnée. La Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) a présenté hier, vendredi 27 février 2026, le bilan de l'opération Espadon, menée conjointement du 9 au 22 février dernier par le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et le Cap-Vert.
Résultat : huit navires de pêche industrielle arraisonnés en treize jours, des infractions graves constatées à bord, et un message clair adressé aux acteurs de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). La nouveauté de cette opération ne réside pas seulement dans ses résultats, mais dans son approche stratégique.
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Fini le temps où les patrouilles ratissaient au hasard tandis que les fraudeurs s'alertaient par radio dès qu'un navire de contrôle quittait le port. « Cette fois, grâce à l'assistance technique de l'Agence européenne de contrôle des pêches, nos patrouilleurs ont foncé directement sur des cibles suspectes identifiées par satellite et analyse de données », a expliqué Ibrahima Salif Sylla, coordonnateur du pôle suivi, contrôle et surveillance de la CSRP.
Cette approche a permis non seulement d'augmenter considérablement le taux de réussite des interceptions, mais aussi de réduire les coûts de carburant et de mobilisation, un atout majeur pour des États aux ressources limitées.
Des interceptions révélatrices de l'ampleur des implications et du pillage de nos ressources
La répartition des arraisonnements illustre l'implication de chaque pays : la Mauritanie en tête avec quatre navires, suivie de la Gambie (deux), puis du Sénégal et du Cap-Vert (un chacun).
Les pavillons interceptés révèlent l'ampleur du phénomène : gambien, mauritanien, sénégalais, mais aussi de l'Espagne. Les infractions constatées vont de l'absence de licence, la non-émission de signaux GPS, à l'usage de filets à maillage interdit et au dépassement de quotas concernent ainsi des acteurs locaux comme européens.
Pour cette opération, le Sénégal avait mobilisé son patrouilleur hauturier nouvelle génération « Walo », la Mauritanie son bâtiment « Awkar », tandis que la Gambie et le Cap-Vert assuraient un maillage côtier avec des vedettes rapides.
Un succès certes... Mais le défi de souveraineté demeure
L'opération Espadon a bénéficié d'un soutien financier et technique de l'Union européenne, via le projet Agir-INN. Si cet appui demeure pour l'instant indispensable, la CSRP affiche une ambition claire : gagner en autonomie et transformer ces opérations ponctuelles en surveillance permanente et souveraine, assurée directement par les États membres.
« L'essentiel est l'échange d'informations », insiste Khallahi Brahim, rappelant que les conventions régionales dont celle de 2025 sur la coordination anti-INN empêchent désormais un navire fraudeur repéré dans les eaux sénégalaises de trouver refuge dans un pays voisin.
Forte de ces résultats, la CSRP prépare déjà une opération dans la zone Sud, incluant la Guinée-Bissau, la Guinée et Sierra Leone. Au-delà de la répression, l'enjeu est majeur : préserver des ressources halieutiques vitales pour la sécurité alimentaire et les économies côtières de toute la région.