57 hectares d'écosystème fragile sous pression immobilière, malgré les mesures conservatoires de l'autorité administrative. À Mbour, la lagune de Mballing, considérée comme l'un des derniers sanctuaires écologiques urbains de la Petite Côte, fait face à une menace grandissante : ce poumon vert est au coeur d'une forte pression foncière qui hypothèque son existence.
Malgré des mesures conservatoires prises par l'autorité préfectorale, un promoteur immobilier poursuit des opérations de terrassement sur une bonne partie de la lagune de Mballing. Entre enjeux fonciers, protection de la biodiversité et mobilisation citoyenne, l'avenir de ce patrimoine naturel apparaît aujourd'hui incertain. Un écosystème vital pour l'équilibre écologique de Mbour est désormais à la merci de la prédation foncière et de la dégradation progressive de l'environnement.
Située à la périphérie de la ville de Mbour, la lagune de Mballing constitue, depuis des décennies, un véritable poumon vert pour cette cité en pleine expansion urbaine. Cette zone humide, riche en biodiversité, joue un rôle écologique majeur : régulation naturelle des eaux, maintien de la biodiversité locale et protection contre l'érosion côtière.
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Les 57 hectares aujourd'hui convoités abritent notamment une zone de frayère essentielle pour plusieurs espèces de poissons, ainsi qu'un refuge naturel pour de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs et résidents. Les spécialistes de l'environnement décrivent le site comme un espace de nidification et d'asile avifaunique unique dans la région.
Ornithologues et historiens s'inquiètent désormais ouvertement de la dégradation progressive de cet écosystème, considéré comme un patrimoine naturel et scientifique irremplaçable. La lagune de Mballing est considérée par les Mbourois comme l'antre de Coumba Ballenne, le génie tutélaire de l'agglomération mbouroise.
Un décret de déclassement au cœur du conflit
Au centre de la controverse figure un décret de déclassement datant de 2017, dont se prévaut un certain promoteur immobilier pour justifier ses interventions sur le site. Selon des intervenants à la solde de ce dernier, ce texte lui conférerait une base légale pour procéder à des opérations d'aménagement et de lotissement.
Cependant, des mesures conservatoires prises récemment par l'autorité préfectorale visent à suspendre toute activité susceptible de porter atteinte à l'intégrité écologique de la lagune, le temps d'éclaircir la situation juridique et environnementale.
Cette dualité entre décisions administratives et interprétations juridiques alimente une confusion qui est mise à profit par les prédateurs fonciers, selon la société civile, pour une accélération des occupations foncières.
Des berges déjà loties, les premières bornes visibles
Malgré les contestations, les transformations du paysage sont déjà perceptibles. Sur plusieurs berges de la lagune, des parcelles ont été loties et des bornes de délimitation émergent progressivement, annonçant de futurs projets immobiliers, notamment des constructions dites « pieds dans l'eau ».
Pour les défenseurs de l'environnement, ces aménagements constituent un point de non-retour susceptible d'entraîner la disparition progressive de l'écosystème lagunaire. « Une lagune ne se reconstruit pas une fois détruite », alerte un acteur associatif engagé dans la protection du site.
Mobilisation citoyenne et actions de la société civile s'intensifient pour parer au plus pressé. Face à la pression foncière, la société civile locale s'est fortement mobilisée ces dernières années. Associations environnementales, collectifs citoyens et acteurs culturels ont multiplié plaidoyers, campagnes de sensibilisation et interpellations des autorités publiques.
Ces actions avaient jusque-là permis de ralentir certaines initiatives immobilières. Mais la reprise récente des travaux ravive les tensions et relance le débat sur la protection effective des zones humides au Sénégal.
Intervention des eaux et forets
Dernier épisode en date : les services des Eaux et Forêts sont intervenus sur le site après des travaux de terrassement constatés au niveau de la lagune. Trois individus ont été interpellés et une pelle mécanique saisie alors qu'elle procédait à des opérations de nivellement du terrain. Cette intervention confirme la sensibilité du dossier et la volonté affichée des autorités environnementales de freiner les atteintes à cet espace naturel.
Entre développement urbain et urgence écologique
L'affaire de la lagune de Mballing illustre plus largement les tensions croissantes entre expansion urbaine et préservation environnementale dans les villes côtières sénégalaises. À mesure que la pression immobilière s'intensifie, les zones naturelles deviennent des espaces stratégiques mais vulnérables.
Pour de nombreux observateurs, la question dépasse désormais le cadre local : elle interroge la capacité des politiques publiques à concilier développement économique, gouvernance foncière et sauvegarde du patrimoine écologique. Car au-delà des hectares disputés, c'est la sauvegarde d'une partie de la mémoire environnementale et de l'équilibre écologique de Mbour qui se jouent aujourd'hui.