En Mauritanie, le mouvement d'opposition Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), qui milite pour l'abolition de l'esclavage, dénonce une répression systématique, après l'arrestation de six de ses membres, ainsi que de deux lanceuses d'alerte, il y a une semaine, après la révélation début février de ce qu'ils qualifient d'une nouvelle affaire d'esclavage. La justice mauritanienne, de son côté, assure agir pour le maintien de l'ordre.
À l'origine de l'arrestation des militants de l'IRA figure l'alerte lancée le 4 février, preuves à l'appui, au sujet de Nouha Mohamed, une enfant haratine de 11 ans, réduite en esclavage par un couple d'enseignants de Nouakchott.
« C'est toute une famille, la fillette de 11 ans, sa mère et ses quatre petites soeurs, dont l'une n'a pas encore un mois, explique le député Biram Dah Abeid, président de l'IRA. On a des photos, des vidéos, et il y a les témoignages des riverains qui disent "celle-là est la petite esclave de la famille". Parce qu'elle a été donnée en cadeau de mariage, comme c'est la coutume. »
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Une enquête a été ouverte, le couple a été relâché et la police a violemment chassé des militants de l'IRA qui restaient devant le commissariat pour faire pression. Six d'entre eux ont été arrêtés quelques jours plus tard, pour « trouble à l'ordre public » et « diffusion de fausses informations », selon un communiqué des autorités.
Biram Dah Abeid dénonce une manoeuvre politique et les conditions d'arrestation : « Personne n'a pu entrer en contact avec eux et ils n'ont pas accès à des soins. Beaucoup parmi eux sont des blessés, souffrent gravement de la torture qu'ils subissent ces derniers jours, malgré la réprobation nationale et internationale. »
L'IRA et le gouvernement se renvoient l'accusation d'utiliser la question de l'esclavage pour créer des divisions.
La Mauritanie est le dernier pays au monde à avoir aboli officiellement l'esclavage, en 1981. Une loi de 2015 l'a qualifié de « crime contre l'humanité » passible de 20 ans de prison. Malgré cela, des milliers de personnes, principalement de la communauté haratine, restent esclavagisées dans le pays, selon les organisations internationales.