Dans chaque ville, village ou maison, il y a toujours des hommes ou femmes qui détiennent le savoir et le secret des lieux. À Darsalam, Malang Diébaté joue ce rôle d'unificateur de la communauté. Il demeure le plus grand koriste de ce village.
Il est de ceux sans qui, en reprenant les paroles de Djibril Tamsir Niane dans son oeuvre « Soundjata ou l'épopée mandingue », les noms des rois tomberaient dans l'oubli, car étant la mémoire des hommes. Par la parole, ils donnent vie aux faits et gestes des rois devant les jeunes générations. C'est le cas de Malang Diébaté du village de Darsalam. En cette fin de matinée, le soleil peine toujours à prendre ses marques.
Le sage de la famille des Diébaté est sous la véranda de son bâtiment en pente américaine. La soixantaine révolue, il est couché sur une natte, une radio scotchée à ses côtés. Il écoute de belles sonorités de ses parents. Informé de notre arrivée, il ajuste son bonnet et met son grand boubou.
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Après des salamalecs d'usage, le vieux koriste appelle sa fille d'un ton grave et demande à la demoiselle de lui remettre son instrument de musique, la kora. La voix toujours au beau fixe, Malang Diébaté dit avec enthousiasme que tous les griots de Darsalam ont hérité cet art de gratter les cordes de la kora de leurs parents. « Notre métier, c'est la kora et l'agriculture.
La kora n'est pas un jouet. Nos parents en jouaient avec trois cordes que les Mandingues appellent kontin. C'est différent des nombreuses cordes qu'utilisent les autres artistes qui ne sont pas des griots », renseigne l'homme. Expliquant que c'est son grand-père, Sambou Diébaté, qui a introduit la kora à Darsalam. Celui-ci avait quitté la Gambie pour Darsalam où il a fini de s'installer.
Sur les propriétés de cet instrument, notre interlocuteur confie qu'il a une dimension mystique que seuls les griots de sang connaissent. Tout en se désolant que cette dimension mystique et mythique tend à disparaître avec la modernité. Avec son universalisation, beaucoup de personnes parviennent à jouer de la kora sans être dépositaires. Faisant savoir que la vraie kora est celle qui a 21 cordes.
Pour l'instrument appelé kontin, celui-ci tient sur 3 cordes. Et il faut être de la famille Diébaté pour connaître ses secrets et pouvoir en jouer. Attaché à sa kora, tous ses enfants sont devenus d'excellents koristes.
« J'ai un garçon du nom de Fabouly Diébaté qui joue de la kora moderne. Il fait ses prestations à Ziguinchor, Adéane, Goudomp entre autres », explique-t-il avec fierté. Pour ceux qui présagent une disparition de cet instrument aux notes mélodieuses, notre interlocuteur renseigne que jamais la kora ne disparaîtra. En tout cas, pas sur cette terre de paix de Darsalam où le visiteur est submergé dans une belle ambiance de cordes.