Le jeûne musulman s'accompagne de prescriptions qui incombent aux fidèles de cette religion. Entre autres interrogations, certains se demandent si recevoir une injection pendant la journée d'abstention invalide le jeûne. « Le Soleil » a interrogé des prêcheurs par rapport aux prescriptions de l'islam à ce sujet.
Soins de santé et jeûne ne font pas toujours bon ménage durant le Ramadan. Certaines prescriptions qui incombent aux fidèles musulmans leur pendent au nez. C'est l'exemple de l'injection. À cette interrogation, Biram Pouye, animateur de l'émission « Tafsir 2.0 » aux côtés du prêcheur Taïb Socé, explique que ce qui invalide le jeûne est l'introduction volontaire de nourriture ou de boisson par les voies naturelles, à savoir par la bouche ou le nez.
« Tout ce qui rompt le jeûne est lié à l'introduction volontaire de nourriture ou de boisson par les voies naturelles », estime le prêcheur. Selon lui, il existe deux types d'injections aux effets distincts. « La différence entre les types d'injection réside dans leur finalité. Si l'injection soigne sans nourrir, le jeûne demeure valide. Si elle apporte au corps ce que la nourriture est censée lui fournir, elle doit être considérée comme de la nourriture », précise-t-il.
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Du même avis, le prêcheur Abdou Kâ indique que la nuance est fondamentale. « La perfusion qui tient lieu de nourriture met fin au jeûne parce qu'elle est assimilable à l'alimentation, mais les autres injections ne peuvent annuler le jeûne », explique-t-il.
Abondant dans le même sens, le président du Rassemblement islamique du Sénégal, Makhtar Kébé, souligne également que les injections intramusculaires ou intraveineuses destinées à administrer un médicament sans fonction nutritive sont généralement considérées comme permises durant la journée de jeûne. Au-delà de la règle juridique, l'imam Kébé suggère de se fier à l'esprit de la loi religieuse.
« L'islam est une religion de facilité. Allah n'impose pas au croyant ce qu'il ne peut supporter », rappelle-t-il. Il souligne que la préservation de la santé constitue un principe fondamental, car « le Ramadan est un temps de spiritualité, d'effort et de maîtrise de soi. Mais il n'est pas synonyme de mise en danger ».
Deux types d'injection
C'est pourquoi, d'après lui, « si un traitement est indispensable et ne peut être reporté, la personne est autorisée à rompre son jeûne et à le rattraper plus tard. Mettre sa santé en danger n'est pas un acte de piété ».
Le président du Rassemblement islamique du Sénégal précise que cette recommandation ne figure ni dans le Coran ni parmi les recommandations du Prophète (Psl). Toutefois, fait-il constater, cette question a été tranchée par les savants grâce aux comparaisons, ou ijtihad en islam, qui sont des jugements rendus par des savants islamiques pour faciliter la compréhension et la pratique de la religion. Ces jugements peuvent varier selon les écoles juridiques (madhhab) et les hadiths.
« La plupart des savants sont tombés d'accord sur le fait que certaines formes d'injection remplacent la nourriture ; elles annulent le jeûne. En islam, sur des sujets sur lesquels le Coran ou la Sunna ne se sont pas prononcés, les savants peuvent rendre une décision en comparant un événement dont le jugement religieux n'est pas connu à un autre événement dont le jugement religieux est connu. Par exemple, l'alcool est interdit par l'islam, mais la drogue ne l'est pas explicitement. Si on se base sur le fait que les deux exercent sur l'individu à peu près le même effet, on peut alors appliquer le même jugement », explique Makhtar Kébé.
Si, avec l'avancée de la médecine, certaines pratiques nécessitent une réévaluation de leur impact sur le jeûne, les prêcheurs sont unanimes pour dire que ce qui invalide le jeûne musulman, c'est le fait de manger ou de boire intentionnellement, l'apparition des règles, le fait de fumer, d'entretenir des relations sexuelles ou de provoquer une éjaculation ou un vomissement.