Après plus de quatre décennies derrière les micros, Aziz Coulibaly franchit un cap inattendu. L'ancien animateur à la radio Sud Fm et actuel directeur général de Radiotélévision jeunes (Rtj) signe « Silence de Dieu », un album de neuf titres et un Ep intitulé « Aimons-nous vivants » de quatre titres entièrement générés par l'intelligence artificielle. Une oeuvre spirituelle et engagée, où la technologie devient le relais d'un message profondément humain.
Avec 44 ans passés derrière les micros et dans les studios, Aziz Coulibaly ne pensait sans doute pas se retrouver un jour auteur-compositeur d'un album personnel. L'ancien animateur d'émissions musicales à la Radio Sud Fm, longtemps proche du mouvement hip-hop sénégalais, a choisi de faire un pas de côté. Aidé par l'Intelligence artificielle, il a sorti, le 14 janvier dernier, « Silence de Dieu », un album de 9 titres dont la particularité est qu'aucune des chansons n'est interprétée par sa propre voix, toutes étant générées par une intelligence artificielle.
Avec sa belle voix radiophonique, son entourage lui a toujours reconnu des qualités de chanteur, mais l'animateur avait toujours hésité à sauter le pas. Non pas parce qu'il n'avait pas un message, mais parce qu'il redoutait davantage les contraintes : répétitions, vie de scène, concerts éventuellement.
L'on pourrait dire que l'artiste compositeur attendait l'arrivée de l'Ia. Aujourd'hui, le directeur général de Radiotélévision jeunes (Rtj) vient d'embrasser une carrière musicale sur le tard, avec une voix artificielle pour porter son message. Mais son choix de chanter à travers l'Ia lui vient presque comme par hasard. Un poème écrit pour son épouse est transformé en chanson par un ami grâce à un logiciel d'Ia. Intrigué, Aziz Coulibaly explore l'outil, apprend à le maîtriser, à adapter son écriture. « Écrire un poème et écrire une chanson, c'est différent.
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Il a fallu que je me réadapte », dit-il. Loin de l'image d'une création automatique et facile, il décrit un travail minutieux. « Il y a une communication entre l'intelligence artificielle et moi. C'est moi le patron. Je dicte ce que je veux », assure-t-il.
Une voix artificielle pour un message humain
De fait, si l'Intelligence artificielle est venue comme une aubaine dans sa trajectoire artistique, Aziz Coulibaly n'a pas pour autant choisi une solution de facilité. Alors que les autres ne font que lancer des prompts vite fait à la machine pour obtenir une chanson, lui, revendique une direction artistique complète, fruit d'un long apprentissage. « J'ai appris à transformer mes poèmes en chansons », martèle-t-il, assurant qu'il s'est beaucoup formé sur internet.
« J'y ai appris comment construire une bonne composition et travailler les arrangements. Il faut dire que j'avais déjà l'habitude d'assister aux enregistrements du groupe Positive Black Soul, ce qui m'a beaucoup servi », ajoute Coulibaly. Ainsi, dans sa création musicale, l'animateur fait tout : choix des instruments, suppression de certains sons, ajustement des arrangements. Avec ses qualités de chanteur, il aurait pu même utiliser son propre timbre vocal, mais il ne l'a pas fait. Il a, en fait, choisi délibérément de laisser l'Ia assumer sa propre sonorité pour rester en accord avec ses multiples activités de directeur de télévision et de radio.
Ainsi, « Silence de Dieu » se veut un album spirituel et éducatif. Suivi d'un Ep intitulé « Aimons-nous vivants » de 4 titres sorti le vendredi 27 février, ses textes abordent la foi, l'identité, la responsabilité individuelle. Par exemple, dans « Qui suis-je ? », Aziz Coulibaly interroge le sens du nom que l'on porte et la nécessité d'en être digne. « On doit mériter le nom que l'on porte », indique-t-il. L'album évoque aussi l'environnement, que le compositeur considère comme un enjeu vital. « Ne pas préserver l'environnement, c'est un suicide. Plus on le détruit, plus notre durée de vie diminue », dit-il.
Spiritualité, éducation, environnement
Aziz, au-delà de sa prouesse technologique, insiste sur l'essentiel. Pour lui, son entrée dans la musique ne relève ni d'une stratégie de buzz ni d'une quête de profit, mais d'un besoin profond de transmission. « Avec l'expérience et la sagesse, il faut essayer d'innover et d'apporter quelque chose de neuf », confie-t-il, reliant son virage artistique à une transformation intime. Son retour de La Mecque a marqué, dit-il, un avant et un après. « Ça m'a beaucoup changé spirituellement. Je suis devenu une autre personne », souligne-t-il.
Depuis, sa démarche s'inscrit dans une quête de sens. La musique devient un canal, un support. « Je fais passer un message à travers la musique », résume-t-il simplement. Loin des logiques commerciales, il assure ne pas courir derrière les gains. « Si je voulais juste gagner de l'argent, je sortirais un album physique », affirme-t-il. Quant à la diffusion sur les plateformes de streaming, elle répond davantage aux conseils de son entourage qu'à une stratégie mûrement calculée. « On m'a dit que ce serait une pension de retraite », glisse-t-il dans un sourire.
L'Ia, menace ou opportunité ?
Avec l'Ia, Aziz Coulibaly revendique qu'une seule ambition : créer une musique qui traverse les générations. « Une musique bien écrite, thématique, ne meurt jamais », prophétise-t-il. Il cite en exemple des artistes comme Youssou Ndour ou Cesaria Evora, dont les œuvres restent actuelles malgré les années. « Le buzz, c'est pour le présent. Mais ça ne dure pas », tranche l'animateur. C'est ainsi qu'avec « Silence de Dieu », il ne cherche ni la scène ni la célébrité renouvelée, mais l'impact.
« À travers mes chansons, je veux participer à l'éducation et au bon comportement du monde entier », déclare-t-il. Pour lui, les artistes ont une responsabilité majeure dans la mesure où « les jeunes les imitent ». Ainsi, il regrette une musique trop souvent tournée vers l'ambiance ou les clashs, notamment dans le rap actuel. « Qu'est-ce que ça apporte aux jeunes ? », s'interroge-t-il. Proche autrefois du groupe Positive Black Soul, il compare les générations. « Le rap d'avant était plus engagé ». À ses yeux, l'évolution politique et la récupération du mouvement ont modifié la dynamique artistique.
Revenant sur la création musicale à l'aide de l'Intelligence artificielle, Aziz Coulibaly y voit « une grande opportunité ». À rebours de ceux qui voient dans l'Ia un danger pour les artistes, il répond sans détour : « C'est un outil, pas une menace ». Selon lui, l'Ia accélère la recherche musicale et facilite la composition. « Avant, on passait des heures en studio à chercher une mélodie.
Maintenant, tu peux aller beaucoup plus vite ». Il cite même l'exemple des chansons virales pendant la Coupe d'Afrique des Nations, nombreuses à avoir été créées via l'Intelligence artificielle. À l'heure où la technologie redéfinit les frontières de la création, Aziz Coulibaly choisit d'en faire un allié. Non pour remplacer l'humain, mais pour amplifier une conviction : « la musique reste, avant tout, un vecteur de conscience ».