Le régime installé le 2 avril 2024 avec l'élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République, a inscrit sa politique entre deux exigences. La première est comptable et macroéconomique. L'État doit stabiliser ses équilibres et financer des dépenses incompressibles dans un contexte d'endettement élevé et de besoin de liquidités. La seconde exigence est politique et sociale. Le nouveau pouvoir revendique une fiscalité plus juste, plus moderne et plus efficace, censée corriger des inégalités d'assiette, réduire les rentes et limiter l'évasion.
Dans les documents budgétaires qui encadrent l'exercice 2026, l'État assume une accélération de la mobilisation des recettes. Le document officiel « Voies et moyens » annexé au projet de la loi de finances pour 2026, chiffre les recettes totales à 6 188,79 milliards de francs CFA, ce qui représente une hausse de 1 174,46 milliards par rapport à 2025. Les recettes fiscales elles, sont projetées à 5 384,80 milliards contre 4 359,62 milliards en 2025, ce qui correspond à une progression de 23,52 pour cent.
La communication de la Primature traduit cette orientation en un indicateur simple et politiquement parlant, puisque la pression fiscale attendue est présentée à 23,2 pour cent en 2026 contre 19,3 pour cent en 2025.Cette progression repose surtout sur l'idée que certains secteurs, considérés comme dynamiques ou insuffisamment captés, doivent contribuer davantage. Elle repose aussi sur la conviction que l'administration fiscale et douanière doit moderniser ses méthodes, mieux identifier les contribuables, réduire les zones grises et limiter les pertes de recettes.
Chronologie des textes
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La réforme fiscale conduite par le nouveau régime s'inscrit dans une chronologie qui suit les grandes étapes de la fabrique budgétaire et les textes qui réorganisent l'assiette.
Le 6 janvier 2025, la loi n°2025-02 portant loi de finances pour l'année 2025 est adoptée comme cadre de référence de l'exercice. Elle sert de socle aux ajustements fiscaux annoncés au titre de 2025. Cette loi de finances 2025 est très commentée par des sources spécialisées, notamment au sujet de l'obligation de facturation électronique pour les assujettis à la TVA, qui marque une volonté de mieux tracer l'activité, de réduire la fraude et de sécuriser la base taxable.
Le 1er août 2025, la présidence de la République annonce la présentation du Plan de redressement économique et social du Sénégal, connu sous l'acronyme PRES, dans un enchainement qui prépare l'opinion à des décisions économiques plus rigoureuses et à des réformes fiscales plus ambitieuses. Cette démarche est éclairée par des analyses de presse qui décrivent un contexte budgétaire tendu et un objectif affiché d'élargissement de l'assiette, au moment où la question de la dette devient centrale dans le débat public.
Le 27 septembre 2025, la loi n°2025-17 est adoptée comme texte charnière, puisqu'elle modifie le Code général des impôts et institue notamment une taxe sur les transferts d'argent, dont l'entrée en vigueur pratique est relayée par les banques et les opérateurs.
Le 2 octobre 2025, la parution de la loi au Journal officiel est mentionnée dans des communications d'établissements financiers qui informent leurs clients du prélèvement.
Entre la fin de 2025 et le début de 2026, la loi de finances 2026 est votée, comme le rappelle un communiqué de la Présidence daté du 26 décembre 2025, ce qui clôt la séquence parlementaire et ouvre l'année 2026 avec un cadrage plus offensif en matière de recettes. Dans le même temps, les documents annexes de la loi de finances 2026, notamment le « Voies et moyens », détaillent la structure des recettes et les hypothèses de projection qui soutiennent l'effort fiscal.
Enfin, l'année 2025 connaît aussi des ajustements. Le DPBEP 2026-2028 actualisé évoque une loi de finances rectificative 2025 et signale une révision de certaines données, avec une pression fiscale révisée, ainsi qu'une baisse des recettes fiscales attendues dans la rectificative par rapport à la LFI 2025. Cette étape compte, car elle influence le discours du gouvernement sur la nécessité de mesures plus efficaces et sur la fragilité des prévisions en période de tension macroéconomique.
Elargir l'assiette plutôt que hausser l'impôt sur le revenu
La ligne générale peut être résumée en une idée. Le régime cherche à mieux capter l'activité réelle, y compris quand elle est diffuse, numérisée ou portée par des micro-transactions, parce que le Sénégal dispose d'une économie largement informelle et d'une base fiscale étroite au regard des besoins.
Dans le document « Voies et moyens 2026 », l'État décrit des pistes de réforme qui relèvent autant de la technique administrative que du droit fiscal. Il évoque la promotion du civisme fiscal, l'adaptation du Code général des impôts à la structure économique, et des mesures touchant aux droits et transactions immobilières ou minières. Dans la communication officielle de la Primature, l'effort de recettes est aussi présenté comme lié aux PRES, avec un chiffrage des recettes fiscales « issues du PRES » à l'intérieur de l'architecture 2026, ce qui confirme que le plan de redressement ne relève pas seulement d'un discours, mais de mesures.
Ce choix comporte un avantage et un risque. L'avantage est qu'il évite, en théorie, de faire peser tout le redressement sur les mêmes contribuables déjà connus, et qu'il vise des secteurs en croissance. Le risque est qu'une taxation mal calibrée de flux quotidiens, en particulier via le mobile money, se transforme en prélèvement ressenti comme régressif et socialement irritant, parce qu'il touche d'abord les usages de masse.
La taxe sur les transferts d'argent et les paiements mobiles
La mesure la plus sensible, parce qu'elle est visible et répétitive, est la taxe instituée par la loi n°2025-17 sur les transferts d'argent. Les éléments rapportés par des sources et par des analyses convergent. Le taux est fixé à 0,5 pour cent et il est plafonné à 2 000 francs CFA par transaction. L'assiette vise les montants transférés, avec des règles particulières selon la nature de l'opération. La communication d'Orange précise l'existence du taux de 0,5 pour cent avec un plafond de 2 000 francs CFA et décrit l'application dans l'écosystème Orange Money, ce qui confirme le caractère opérationnel de la mesure au niveau des prestataires.
Le mobile money est devenu un canal de paiement et de transfert central, y surtout pour des activités informelles, et il représente donc une assiette potentiellement large. Il est également plus traçable que le cash, ce qui peut servir une stratégie de formalisation. Pourtant, c'est aussi là que se situe la fragilité sociale de la mesure. Une taxe proportionnelle appliquée à une multitude de petites opérations a un effet psychologique et économique puissant, car elle s'ajoute à des commissions déjà payées à l'opérateur, et elle peut donner le sentiment de payer « deux fois » pour le même geste.
Une lecture publiée par l'Agence Ecofin parle d'un choix audacieux aux retombées incertaines, en soulignant que la taxe sur les services financiers numériques existe depuis octobre 2025 et qu'elle découle de la loi n°2025-17. Le débat public prend alors une forme très concrète, car il oppose la logique de trésorerie de l'État, qui cherche des recettes, et la logique d'inclusion financière, qui considère le mobile money comme un bien quasi public dans un pays où une grande partie de la population n'utilise pas la banque classique.
Dans le scénario où la taxe est acceptée et où la demande reste stable, l'État obtient un rendement récurrent et améliore la visibilité des flux. Dans le scénario où les ménages et les petits acteurs contournent, une partie des transactions revient au cash, ce qui réduit la traçabilité, augmente les coûts de sécurité, fragilise la modernisation des paiements et peut, paradoxalement, réduire l'assiette fiscale future. Dans le scénario intermédiaire, le mobile money reste utilisé mais les comportements se transforment, car les usagers fractionnent les transferts, évitent certains retraits, ou basculent vers des réseaux informels, et l'effet net sur les recettes devient plus incertain.
La fiscalité du numérique
La réforme fiscale ne se limite pas au mobile money, même si celui-ci en est le symbole. Une approche plus large de taxation du numérique, est poursuivie, qui vise les services dématérialisés et, plus largement, les canaux par lesquels des revenus sont générés sans présence physique évidente.
Le projet de loi de finances 2026 mentionne explicitement une pression fiscale projetée à 23,2 pour cent contre 19,3 pour cent dans la LFI 2025, ce qui situe le numérique dans un effort global de rendement, et les documents annexes « Voies et moyens » détaillent la composition des impôts indirects qui intègrent des taxes sur la consommation intérieure et des mécanismes de TVA.
Dans cette architecture, la TVA est un pilier et sa sécurisation dépend de la capacité de l'administration à tracer les opérations et à réduire les fuites. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'obligation de facturation électronique annoncée dans la loi de finances 2025 apparaît comme une réforme structurante, car elle vise à rendre plus difficile l'omission de recettes et à améliorer le contrôle.
Pour les entreprises, cela signifie un changement de culture. L'entreprise qui s'adapte gagne en conformité mais supporte des coûts de mise en place, de logiciels, de formation et parfois de conseil. L'entreprise qui tarde s'expose à des redressements, à des pénalités et à des frictions dans ses relations commerciales, parce que la facture devient une condition de déduction et de traçabilité. Pour l'État, l'intérêt est d'élargir mécaniquement l'assiette et de réduire la fraude à la TVA, qui est souvent l'un des gisements les plus importants dans les économies où la facturation papier et l'informel dominent.
Les accises et taxes spécifiques
Une accise est un impôt indirect spécifique prélevé par l'État sur certains produits ou usages bien déterminés, généralement au moment de leur fabrication, de leur importation ou de leur mise à la consommation. Contrairement à la TVA, qui s'applique de manière générale à la plupart des biens et services, l'accise vise des produits ciblés, souvent parce qu'ils sont largement consommés, jugés nocifs pour la santé ou l'environnement, ou considérés comme des sources de recettes faciles à collecter.
Au Sénégal, les accises concernent notamment les carburants, le tabac, l'alcool, certaines boissons, les produits de télécommunication et d'autres biens de consommation, et elles sont souvent justifiées par un double objectif de rendement budgétaire et de régulation des comportements.
Une autre caractéristique de la période 2024-2026 est le recours à des taxes spécifiques sur des biens ou segments de consommation. Ce choix est classique, car il est politiquement plus facile de justifier une hausse sur des produits perçus comme non essentiels ou à externalités négatives, et il est techniquement plus simple à collecter quand il s'agit d'importations ou de produits industrialisés.
Le document « Voies et moyens 2025 » permet de voir que l'architecture des impôts indirects comprend des taxes spécifiques sur la consommation intérieure et des rubriques détaillées, et il mentionne notamment des taxes sur des produits comme les cosmétiques, le ciment, le cola, les sachets plastiques et d'autres postes de consommation intérieure, ce qui illustre la logique de prélèvements ciblés.
Le même document montre la place de la TVA, des taxes spéciales sur les télécommunications, et de la taxe sur les activités financières, ce qui confirme que la politique fiscale articule un socle large, qui est la TVA, et des couches spécifiques, qui sont les taxes sectorielles.
Les taxes spécifiques mentionnées dans le document « Voies et moyens 2025 » renvoient à des prélèvements ciblés qui s'appliquent directement à des produits de consommation courante et qui, par leur nature, sont immédiatement ressentis par les ménages. La taxe sur les cosmétiques renchérit des produits d'hygiène et de soin largement utilisés, y compris par les foyers modestes, pour lesquels ces dépenses ne relèvent plus du confort mais du nécessaire.
Celle appliquée au ciment agit en amont sur le coût de la construction et de la rénovation, avec des effets en chaîne sur le logement, l'auto-construction et les loyers. La taxation du cola et de certaines boissons sucrées, souvent justifiée par des considérations de santé publique, touche des produits de grande consommation, très présents dans les habitudes populaires et dans l'économie informelle de proximité.
Les taxes sur les sachets plastiques, si elles répondent à un objectif environnemental, se répercutent sur les petits commerces et, in fine, sur le consommateur final. À ces prélèvements s'ajoutent les taxes spéciales sur les télécommunications et la taxe sur les activités financières, qui augmentent le coût de services devenus indispensables comme le téléphone, l'internet ou les transactions courantes.
L'ensemble forme un maillage fiscal serré qui, sans hausse spectaculaire d'un impôt unique, accroît progressivement le coût de la vie quotidienne et pèse de manière diffuse mais continue sur les budgets des ménages, en particulier les plus fragiles.Sur l'alcool et le tabac, l'approche est généralement présentée comme un mélange de rendement et de santé publique, car l'accise renchérit le prix, réduit potentiellement la consommation et produit des recettes. L'effet sur les ménages dépend des profils de consommation, et l'effet sur l'économie dépend de la capacité de l'État à limiter la contrebande, qui est le risque classique des accises mal accompagnées.
Les jeux de hasard et les paris
Les jeux de hasard et les paris, notamment en ligne, sont explicitement identifiés dans les documents budgétaires comme un segment dont la dynamique peut être davantage taxée, parce qu'il s'agit d'un secteur en croissance et souvent très rentable, dont l'acceptabilité sociale est limitée dès lors que l'on considère ses effets sur les comportements et sur l'endettement privé.
Sur le plan social, l'impact n'est pas neutre. Une taxation accrue peut réduire l'offre promotionnelle et la rentabilité des opérateurs, ce qui peut diminuer l'intensité publicitaire et l'incitation au jeu. Mais elle peut aussi pousser une partie des joueurs vers des circuits moins encadrés. Dans une société où le pari est parfois vécu comme une stratégie de survie ou d'espoir économique, surtout chez des jeunes en situation de précarité, toute politique fiscale sur ce secteur doit être évaluée aussi en termes de comportements de substitution.
Le foncier et les transactions immobilières
Dans le document « Voies et moyens 2025 », la taxe sur la plus-value de cession immobilière est décrite comme s'appliquant à la plus-value acquise sur terrains bâtis ou non bâtis, avec des taux différenciés selon la nature des cessions, ce qui témoigne d'une volonté de capter une partie de la valeur créée sur le foncier. Une telle fiscalité a un double effet. Elle peut améliorer l'équité en faisant contribuer davantage les gains patrimoniaux, mais elle peut aussi renchérir les transactions formelles si les acteurs tentent de minorer les valeurs déclarées, ce qui impose un renforcement des outils d'évaluation et de contrôle.
Les importations, la douane
Ici comme ailleurs, la frontière est un espace de collecte, parce que la douane capte une partie des recettes avec une efficacité souvent supérieure à la taxation directe de l'informel intérieur. Les documents « voies et moyens » montrent l'importance des droits et taxes à l'importation, ainsi que la place de la TVA à l'importation, avec des rubriques distinctes pour le pétrole et le hors pétrole.
Le document « Voies et moyens 2025 » rappelle que les droits de douane s'appliquent aux marchandises importées des pays tiers, et il décrit les mécanismes d'assiette et de calcul, en lien avec le tarif extérieur commun et les méthodes de prévision. Cette dimension douanière est importante pour comprendre les effets sur les prix. Quand un droit ou une taxe à l'importation augmente, l'impact est souvent rapide sur le prix final, sauf si le commerce absorbe une partie en marge. Cela touche particulièrement les ménages urbains, plus dépendants des biens importés, et cela pèse aussi sur les entreprises qui importent des intrants.
Les conséquences
Le premier effet recherché par le régime est la stabilisation des comptes publics, et les projections 2026 sont cohérentes avec cette ambition. Le « Voies et moyens 2026 » affiche une hausse nette des recettes et place les recettes fiscales au coeur de la progression, tandis que la Primature annonce une pression fiscale plus élevée et rattache une partie des recettes à l'effet PRES.
Toutefois, une hausse de prélèvements, même ciblée, peut produire un choc de demande si elle réduit le pouvoir d'achat ou renchérit les transactions. La taxe sur les transferts d'argent illustre bien ce risque, parce qu'elle s'applique à des gestes répétés, et pas seulement à des achats exceptionnels. Lorsqu'un ménage transfère régulièrement de l'argent à un parent, paie un commerçant, recharge un service ou retire des fonds, une taxe de 0,5 pour cent devient un coût cumulé, et ce coût peut se traduire par moins de consommation ou par un retour au cash.
Le deuxième effet concerne la formalisation. La réforme encourage l'alignement des opérateurs et la transparence, elle peut à terme élargir l'assiette, réduire la fraude et améliorer la capacité de financement du pays.
Le troisième effet touche au climat des affaires. Une réforme fiscale est bien acceptée quand elle est lisible, stable et administrativement prévisible. Elle devient anxiogène quand elle est perçue comme changeante, ou quand la conformité coûte trop cher, ou quand la charge semble concentrée sur les acteurs déjà visibles tandis que les rentes et l'évasion restent impunies. C'est pourquoi les réformes de traçabilité, comme la facturation électronique, doivent être accompagnées, car elles peuvent être efficaces tout en restant acceptables si l'État aide les PME à s'adapter.
Les effets sur les ménages
Sur le plan social, la principale question est celle de l'équité ressentie. Une taxe proportionnelle sur les transferts et paiements mobiles est mécaniquement plus lourde, en proportion, pour ceux qui effectuent de nombreuses petites opérations, et ces petits flux sont typiques des ménages modestes et des activités informelles.
Lorsque la taxe s'ajoute aux commissions, elle devient un prélèvement sur l'accès au service, et donc un prélèvement sur l'inclusion financière. C'est l'une des raisons pour lesquelles des analyses soulignent l'incertitude sur les retombées, même si l'État espère un rendement. Le débat est également alimenté par des informations de presse sur les modalités de mise en oeuvre chez les opérateurs, car la perception de la taxe dépend beaucoup de la manière dont elle est affichée sur les tickets, sur les notifications et sur les montants effectivement débités.
Les taxes spécifiques sur des produits de consommation peuvent aussi peser sur le panier des ménages, même quand elles visent des biens qui paraissent non essentiels, parce que la frontière entre essentiel et non essentiel varie selon les revenus et les modes de vie. Dans un pays où le moindre renchérissement des coûts de transport, d'emballage, de certains matériaux ou de certains biens importés se diffuse vite, les taxes sectorielles doivent être lues comme des impulsions inflationnistes ciblées.
Les effets sur les entreprises
Pour les entreprises, le changement n'est pas toujours le nouveau prélèvement, mais l'ensemble des obligations de conformité qui se resserrent. La facturation électronique annoncée au titre de la loi de finances 2025 n'est pas seulement une modernisation administrative. Elle est un outil de contrôle de la TVA et un instrument de traçabilité qui change les pratiques comptables et commerciales.
Cette transformation a un coût, mais elle peut aussi être bénéfique. Une entreprise qui facture et déclare correctement peut réduire ses risques fiscaux, sécuriser ses relations avec ses partenaires, et améliorer son accès au crédit, car la traçabilité renforce la crédibilité financière. À l'inverse, une entreprise qui opérait dans une zone grise peut voir ses marges se réduire si elle doit formaliser, payer la TVA, et supporter une fiscalité mieux appliquée. C'est précisément l'objectif implicite du redressement de l'assiette, mais c'est aussi l'un de ses risques, car un choc de formalisation trop brusque peut fragiliser des PME.
Une évaluation d'ensemble
Le régime affiche un cap clair en 2026, car l'État projette une hausse importante des recettes et annonce une pression fiscale en hausse, tout en rattachant une partie du rendement au PRES. Il dispose aussi d'un instrument politique, car la loi n°2025-17 a introduit une taxe visible et rapidement mobilisable sur les transferts, et les opérateurs et banques ont relayé son application en lien avec la parution au Journal officiel du 2 octobre 2025.
La question qui demeure est celle de l'acceptabilité et de la soutenabilité sociale. Une réforme fiscale réussit pleinement quand la société accepte de payer parce qu'elle voit que l'effort est partagé, que la fraude est combattue, que les rentes sont mises à contribution, et que les recettes servent à améliorer des services publics ou à stabiliser l'économie. À défaut, la réforme produit des contournements, un retour au cash, une méfiance et un affaiblissement du consentement à l'impôt, ce qui réduit le rendement et accroît les tensions.