Sénégal: Quand le « ndogou » se vit loin des siens

Sortir de son pays, aller à la quête d'autres horizons est toute une aventure. Laquelle chamboule des habitudes bien ancrées. Elle appelle souvent à s'adapter, surtout lorsqu'on jeûne loin de ses terres. Pour de nombreux Sénégalais établis à l'étranger, le premier ramadan hors du pays reste une expérience aussi marquante qu'éprouvante.

« Mon premier ramadan à Bordeaux fut assez violent », se souvient Awa Seck, une Sénégalaise résidant aujourd'hui en Belgique. Originaire de Diourbel, elle a effectué son premier voyage à l'étranger dans les années 2000 dans le cadre de ses études. Elle a passé un premier mois de jeûne qui demeure gravé dans sa mémoire. « J'avais la chance d'aller chez une cousine. Mais ce n'était pas pareil, car l'ambiance familiale et la ferveur me manquaient énormément», confie-t-elle.

Le sentiment est partagé par Mamadou Ndiaye. Cette année, l'étudiant de 23 ans passe son premier ramadan en Russie. Arrivé en mai 2025, il vit ce mois de jeûne hors de sa terre natale avec une certaine anxiété. « Certains moments me manquent particulièrement, notamment l'heure précédant la rupture du jeûne. L'ambiance à la maison, la préparation du repas sur une grande natte bien garnie, toute la famille réunie autour... Ce sont des instants précieux », confie-t-il, non sans nostalgie.

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Mapaté Niang, étudiant en journalisme à l'Université de Montréal, au Canada, se souvient encore des moments passés en famille autour du bol. Mais ce qui a le plus marqué le journaliste stagiaire à la radio CIBL Montréal lors de son premier ramadan, c'est l'alimentation. « Les heures de rupture du jeûne me trouvaient presque tout le temps en classe. Cependant, j'avais toujours dans mon sac des dattes et quelques fruits. Comme je suivais des cours du soir, il m'arrivait de rentrer à ma résidence à 22 heures, très fatigué, le ventre creux », raconte-t-il.

Heureusement, sa petite soeur est venue à sa rescousse. « Je ne cuisinais pas avant de venir au Canada. J'avais du mal à mes débuts. C'est ma petite soeur qui m'a préparé, en quantité, du vermicelle, du couscous, entre autres, pour au moins les premières semaines de ramadan », se rappelle-t-il, un sourire en coin. Avec le temps, il a appris à concocter du « yassa » au poulet, retrouvant ainsi un peu des saveurs du pays.

Mamadou Sy, lui, a découvert une autre manière de rompre le jeûne. Installé en France depuis 2001, il évoque un « ndogou » aux accents orientaux. « J'ai découvert une autre façon de rompre le jeûne. Le « ndogou » était plus dans le style oriental, avec des soupes harira, la chorba, entre autres », explique-t-il.

Horaires chamboulés

Contrairement à Mapaté, il a pu compter sur le regroupement de Sénégalais et de musulmans. « On était bien loin des bouillies de mil, le fondé notamment, auxquelles on avait droit au pays », confie-t-il.

Au-delà de l'alimentation, le décalage horaire joue également sur l'adaptation. « La première chose qui te marque, c'est que tu as l'impression d'avoir jeûné seulement 5 heures. La prière de Takussan est à midi et celle de Timis à 16 heures, contrairement au pays », explique Mamadou Sy, d'un ton amusé.

Arrivé en France en 2023, Aliou Badara Dioum entame sa troisième année de ramadan dans l'Hexagone. Mais son premier mois de jeûne a été difficile. Diplômé de l'Université Côte d'Azur de Nice, en master Mondes du document : Supports, Contenus et Médiations, il a dû jongler entre son job étudiant et les cours à la faculté. « Les heures de rupture correspondaient à des cours. Pour le travail, j'ai eu la chance d'être avec des Africains et j'avais le droit de me retirer 5 à 10 minutes pour rompre le jeûne », se souvient-il.

Il reconnaît, toutefois, que le jeûne se fait moins sentir en France, le rythme soutenu aidant à faire passer le temps.

Au Canada, la durée du jeûne s'avère même plus clémente, selon Mapaté Niang. « Elle est relativement courte ici. Le climat est très clément : le jeûne commence à 5h40 et la rupture est prévue à 17h 28. Nous sommes plus chanceux que nos compatriotes », se réjouit-il.

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