Maimouna Abdoulaye Barro, d'origine sénégalaise est alumna de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis. Celle qui occupe la fonction de Associate Director à l'Université d'Illinois vit dans le Midwest des Etats-Unis depuis une trentaine d'années avec son mari et ses trois enfants. En depit du temps qui a fait son effet, elle se souvient encore de son premier ramadan au pays de l'Oncle Sam.
Comment avez-vous vécu votre premier ramadan aux Etats-Unis ?
Par la grâce d'Allah, j'ai donc eu l'expérience à la fois de jeûner le mois Ramadan au printemps, en période d'été quand les journées sont très longues, en automne, et en hiver quand les journées sont très courtes. C'était à la même période que ce Ramadan 2026, une mi-février 1995 et en plein hiver, que j'observai mon premier Ramadan aux USA. Il fallait d'abord s'adapter au froid, au silence et à la solitude.
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Pendant ce premier Ramadan, mon Sénégal natal, ses ndugus, naafilas et xëdds en famille me manquèrent profondément. Au début, même si on a pu conserver le même régime alimentaire, l'ambiance sociale et familiale nous manquait profondément : c'était le plus difficile. Cette ambiance, j'ai eu l'occasion de la revivre il y'a quelques années avec la famille lors d'un de nos voyages au Sénégal qui avait coïncidé avec le Ramadan. Ce fut un grand plaisir et une grande bénédiction de revivre ce moment spirituel en famille et au pays natal, mais j'ai eu un choc culturel inversé. Il fallait me réadapter à la manière de gérer le temps dans un contexte ou le social pèse beaucoup sur le spirituel.
Qu'est-ce qui vous a permis d'y faire face?
Au fil des années, je commençais à apprécier le Ramadan beaucoup plus aux USA qu'au Sénégal et en hiver bien plus que pendant les autres saisons. Mes cousins Sereer diront peut-être que c'est à cause des journées courtes et de nos ndugus après juste quelques heures de jeûne pendant l'hiver. Mais c'était plus que ça. Je compris beaucoup mieux la célèbre parole de l'érudit Hasan al-Basri qui dit: « Quelle bonne saison pour le croyant que l'hiver. Ses nuits sont longues, il prie durant celles-ci et ses journées sont courtes, il les jeûne. Silence et solitude deviennent source de tranquillité et d'introspection profonde dans un monde où le rythme de la vie est très rapide ».
Le Ramadan dans notre petite ville universitaire est observé par une toute petite minorité de musulmans, mais riche dans ses cultures et nationalités diverses. Les Africains musulmans en constituent une minorité encore plus minime. Progressivement et par nécessité de s'adapter, nos iftars, taraweehs, et suhuurs à la mosquée devinrent le lieu de rassemblement pour notre petite notre communauté qui s'agrandit de plus en plus.
Dans le Coran, Allah nous incite à parcourir la terre et à découvrir sa création (Coran, 29 :20) et nous dit aussi dans la sourate Al-Hujarat : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand- Connaisseur ».
Quels conseils donneriez vous à un Sénégalais qui va passer son premier ramadan hors de chez lui, au vu de votre parcours ?
Voyager pour une cause noble est donc une forme d'adoration et constitue souvent une épreuve pour la plupart des musulmans vivant en occident, mais une épreuve qui forge et rend résilient. A celui qui aimerait voyager et passer son premier Ramadan hors de chez lui, je dirais d'abord que le voyage, quand la bonne intention y est, peut devenir source d'adoration. Le mois sacré de Ramadan est aussi un voyage spirituel d'introspection, de purification et de rapprochement avec Allah.
Vivre le Ramadan en terre étrangère et de surcroit non-musulmane, peut-être une épreuve. La solitude qu'on y traverse au début nous pousse souvent à vouloir évoluer avec des personnes venant du même pays d'origine, mais une des plus belles expériences de la vie à l'étranger est la rencontre de personnes d'autres horizons. Ceci constitue une vraie source d'enrichissement et une opportunité de partager notre culture et nos expériences. Le Ramadan nous offre ce cadre parfait de partage, de générosité et de solidarité en pays étranger entre musulmans mais aussi avec nos amis, voisins, et collègues non- musulmans.