À 60 ans, Nirmala Moodelly, connue affectueusement comme Anni, est aujourd'hui à la tête du Restaurant La Rivière, devenu au fil des années une adresse incontournable de son village de Riche-Mare, Flacq. Pourtant, rien ne la prédestinait à ce parcours entrepreneurial. Partie de presque rien - une simple table, un parasol et quelques gâteaux faits maison -, elle a bâti avec persévérance une entreprise familiale solide.
Avant de se lancer dans la restauration, Anni a travaillé pendant 11 ans à l'usine. La naissance de sa fille, son premier enfant après quatre années d'attente, l'amène toutefois à quitter son emploi afin de s'y consacrer pleinement. «Ti ena moman kot mo pa ti kapav mem aste gato pou mo bann zanfan», confie-t-elle. Face à cette réalité, elle n'a d'autre choix que d'agir. Son objectif est clair : subvenir aux besoins quotidiens de sa famille. «Travay zordi, pou gagn manze dime» devient sa ligne de conduite.
Le premier jour, elle dispose de peu de ressources : du pain rassis, du dholl, des bananes. Elle prépare des gâteaux piments, du pain frit et improvise un petit étal. À l'époque, elle ne maîtrise pas encore l'art culinaire. Le soutien familial s'avère déterminant. Sa mère, son père et sa belle-mère l'encouragent et l'aident à apprendre. Elle se souvient encore de son premier jour : seulement Rs 40 en poche, mais une joie immense au point d'en pleurer, fière de ces Rs 40 gagnées à la sueur de son front.
L'ancien Restaurant La Rivière.
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Timide et peu familière avec le monde des affaires, elle découvre progressivement la relation clientèle et la négociation. «Mo ti enn tifi per, timid. Mo pa ti kone kouma koz ar kliyan, kouma negosie», raconte-telle. Avec le temps, l'offre s'élargit. Les gâteaux salés se diversifient, la clientèle se fidélise et l'activité prend de l'ampleur.
Toutefois, un obstacle administratif survient : l'absence de permis pour exercer en extérieur. Loin de se décourager, elle entame les démarches nécessaires pour régulariser sa situation. Par la suite, elle introduit de nouveaux plats - roti, halim, currys variés -, transformant son étal en véritable snack. Trois ou quatre sièges au départ, puis progressivement davantage de tables et d'équipements.
Les journées commencent à 3 heures du matin. L'arôme des plats attire les passants. Faute de moyens, elle écrase le chatini à la main. Pour financer son projet, elle vend ses bijoux et bénéficie du soutien financier de ses proches. Son frère, alors employé dans le secteur hôtelier, lui transmet les bases du service et de la gestion de la clientèle.
Au fil des années, l'activité prend une dimension familiale. Son époux lui apporte son aide après ses journées de travail à l'hôtel. Sa fille quitte son poste d'enseignante pour rejoindre l'entreprise, suivie de son fils après le Higher School Certificate. «Mo pann ariv isi par mo tousel. Se enn travay dekip», souligne-t-elle. Même durant la période du Covid-19, l'équipe reste soudée. Elle tient à exprimer sa reconnaissance envers ses employés, passés et présents.
Épices maison et petit «baja» du soir : La signature du Restaurant La Rivière
Le nom Restaurant La Rivière s'inspire de son parcours personnel : elle a grandi, s'est mariée et vit toujours près d'une rivière. L'établissement, sans prétention, mise sur une ambiance familiale et authentique. Sa fierté réside dans une salle comble et des clients satisfaits. Les avis négatifs, dit-elle, constituent des leviers d'amélioration. Sa particularité : des épices préparées par ses soins, une signature culinaire qui fidélise la clientèle.
Fidèle à ses origines, elle maintient la tradition des gâteaux et offre un petit «baja» en amuse-bouche le soir. Son parcours a impliqué de nombreux sacrifices : peu de temps personnel, des journées s'étendant de 9 heures à 2 heures du matin, des effectifs réduits. Malgré ces contraintes, elle demeure fière du chemin accompli. Aujourd'hui encore, des clients fidèles, y compris certains vivant à l'étranger, reviennent spécialement pour déguster ses plats et saluer son parcours.
Et elle conclut avec simplicité : «Mo pou travay tan ki mo kapav.»