Ile Maurice: Les opérations de rapatriement s'accélèrent

Après plusieurs jours d'angoisse et d'incertitude liés au conflit opposant l'Iran à Israël et aux États-Unis, 40 pèlerins ont finalement foulé le sol mauricien hier, aux petites heures du matin. Un retour chargé d'émotion après une expérience qu'ils qualifient de «traumatisante».

Un pèlerinage bouleversé par la crise

Ils étaient partis accomplir l'Umrah à La Mecque, un moment spirituel attendu depuis longtemps. Mais leur pèlerinage s'est transformé en épreuve inattendue. Pris de court par l'escalade du conflit entre l'Iran et Israël, qui a perturbé le trafic aérien dans la région, ces 40 Mauriciens se sont retrouvés bloqués en Arabie Saoudite pendant plusieurs jours.

Leur vol de rapatriement a finalement pu être organisé le lundi 2 mars. Ils ont quitté l'aéroport de Djeddah à destination de Nairobi (Kénya), avant d'embarquer pour Maurice à bord du vol KQ 274. L'appareil a atterri à l'aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam tôt hier matin, vers 6 h 50.

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Attente dans la peur et l'incertitude

À leur sortie de l'immigration, l'émotion était palpable. Larmes de joie, longues étreintes et prières de remerciement ont marqué ces retrouvailles tant attendues. Présent à l'aéroport pour accueillir ses proches, Fahiim Patel confie : «Mon beau-père, ma belle-mère et mon beau-frère sont partis accomplir l'Umrah. Par la grâce de Dieu, tout s'est bien passé, mais c'était une expérience traumatisante pour ma femme, car ce sont ses parents qui étaient en Arabie Saoudite et ils se trouvaient au coeur de ce conflit.»

Il évoque également les difficultés financières et logistiques rencontrées : «L'argent était un gros problème, car il y a eu des dépenses imprévues à cause de ce conflit. À l'aéroport de Nairobi, c'était encore plus difficile pour mes beaux-parents, âgés de 76 et 80 ans. Ils ne s'attendaient pas à du luxe, mais à un minimum d'hospitalité.»

Parmi les pèlerins, Bibi, encore sous le choc à sa sortie de l'immigration, raconte : «C'était une expérience traumatisante. Nous étions en route, presque arrivés à Djeddah, quand nous avons appris qu'il y avait cette guerre entre l'Iran et Israël/les États-Unis. Nous sommes retournés à l'aéroport, et c'est là qu'on nous a dit qu'il n'y avait pas de vol.»

Face à l'annulation des liaisons aériennes, le groupe a dû s'organiser dans l'urgence : «À ce moment-là, nous avons fait des démarches pour prendre un hôtel à Djeddah et nous y sommes restés une nuit. Le lendemain, nous sommes retournés à l'aéroport et nous y sommes restés trois jours.»

Pour sa part, Kusna Zaid précise ne pas avoir été directement exposé aux violences : «Heureusement, nous n'avons pas vu les dégâts causés par cette guerre entre l'Iran et Israël. Notre plus grande crainte était de savoir si nous allions pouvoir obtenir un vol retour pour rentrer chez nous. Heureusement, tout est rentré dans l'ordre et nous remercions énormément notre agence de voyages, qui nous a beaucoup épaulés durant ce moment difficile.»

Hier, l'heure était au soulagement. Après des jours d'angoisse, les pèlerins ont enfin retrouvé leurs proches. Une épreuve qu'ils n'oublieront pas de sitôt, mais qui, pour beaucoup, renforce leur foi et leur gratitude d'être rentrés sains et saufs.

Autres vols de rapatriement prévus

D'autres rotations sont prévues dans les prochains jours afin de permettre le rapatriement des ressortissants toujours bloqués à l'étranger. Parmi eux figure Raouf Khodabaccus, parti de Maurice le 11 février pour accomplir l'Umrah en Arabie Saoudite avec son épouse et sa soeur. Leur retour était initialement prévu aujourd'hui. Mais l'annulation de plusieurs vols a bouleversé leurs plans. «Mo dan Makkah et mo vol merkredi 4 h 30. Mo finn ena enn renion avek Riad Hullemuth, anbasader ki pe fer enn gro travay», explique-t-il.

Après 12 jours passés à Makkah, la famille s'était rendue à Madinah pour la fin de son séjour. Toutefois, face à la montée des tensions et à un climat d'inquiétude croissant, ils ont préféré regagner Makkah dimanche soir. «Ici, c'est calme, il faut le dire. Il n'y a pas de chaos autour de nous. Mais avec les vols annulés, cela devient très inquiétant pour ceux qui doivent rentrer au pays. On est dans le flou total», confie Raouf Khodabaccus.

Au-delà de l'incertitude, la situation financière devient préoccupante. «Nous n'avons plus d'argent pour payer l'hôtel. Chaque jour supplémentaire représente des dépenses imprévues : l'hébergement, la nourriture...» À cela s'ajoute un problème de santé : son épouse est tombée malade, entraînant des frais médicaux supplémentaires. «J'ai dû me rendre à la pharmacie. Les médicaments coûtent cher ici. Tout cela s'accumule», explique-t-il.

Il déplore également le manque de communication : «Nous n'avons pas d'informations claires. Nous ne savons pas quoi faire. Nous envoyons des messages, mais nous n'avons pas de réponses.» Pendant ce temps, leurs enfants, restés à Maurice, tentent de trouver des solutions. Face à l'incertitude, Raouf Khodabaccus envisage désormais de se rendre à l'aéroport de Djeddah aujourd'hui et d'y passer la nuit dans l'espoir d'obtenir une place sur un vol. «Je ne sais plus quoi faire», lâche-t-il, éprouvé.

Les autorités se veulent rassurantes

Contacté hier, l'ambassadeur mauricien en Arabie Saoudite, Riad Hullemuth, s'est voulu rassurant. Il affirme que la situation est suivie de près et annonce plusieurs vols de rapatriement prévus aujourd'hui, et les 6, 7, 8, 9 et 11 mars. S'il reconnaît une certaine tension, il estime néanmoins que la situation reste gérable. L'Arabie Saoudite, pour sa part, a maintenu son espace aérien ouvert, estimant être à l'abri d'éventuelles attaques.

La situation est également suivie de près à Dubaï, où Adrien Duval reste bloqué. «J'ai appris qu'il y aura un vol aujourd'hui. Néanmoins, c'est l'agence qui doit nous appeler pour dire si nous aurons une place. C'est assez inquiétant, car la communication est difficile. Je sais qu'il y a des milliers de personnes dans cette situation. Je pense que la communication devrait être meilleure, surtout pour rassurer les Mauriciens», explique t-il. Du côté des autorités mauriciennes, des signaux encourageants émergent. Sollicité hier, Sydney Pierre, junior minister au Tourisme, indique qu'à la suite d'une réunion de coordination, le nombre de passagers bloqués à Dubaï et qui devaient voyager vers Maurice par Emirates est en baisse : ils ne seraient désormais qu'environ 500.

Sydney Pierre ajoute qu'un vol Emirates au départ de Dubaï pourrait être autorisé aujourd'hui, sous réserve du feu vert de l'aviation civile.

Tensions au Moyen-Orient : l'aviation civile émet un «conflict zone notice»

Le département de l'aviation civile de Maurice a émis un Avis de zone de conflit alertant sur une hausse significative des risques pour l'aviation civile au Moyen-Orient. Publié le 2 mars et en vigueur jusqu'à nouvel ordre, cet avis s'applique à tous les aéronefs immatriculés à Maurice ainsi qu'aux opérateurs étrangers autorisés par les autorités mauriciennes. Cette décision intervient à la suite des développements militaires récents dans la région, notamment des frappes menées le 28 février 2026 contre des sites en Iran, suivies d'annonces de représailles. Selon les autorités, les tensions en cours, la présence de systèmes de défense aérienne sophistiqués et les risques d'interception ou de mauvaise identification accroissent considérablement les dangers pour les vols civils.

L'espace aérien concerné couvre l'ensemble des niveaux de vol au-dessus de Bahreïn, de l'Iran, de l'Irak, d'Israël, de la Jordanie, du Koweït, du Liban, d'Oman, du Qatar, de la Syrie, du Yémen, des Émirats arabes unis et de l'Arabie Saoudite. Le département de l'aviation civile de Maurice recommande fortement aux opérateurs d'éviter totalement ces espaces aériens et de suivre attentivement les publications et directives aéronautiques officielles à mesure que la situation évolue.

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