Une évolution frappante. C'est ce qui vient immédiatement à l'esprit lorsqu'on sillonne les rues de Montagne-Blanche. En l'espace de quelques années, ce village de l'Est s'est transformé.
Les commerces s'y sont multipliés, de même que les institutions d'études supérieures et autres centres de loisirs. Les habitants n'ont plus systématiquement besoin de se rendre à Centre-de-Flacq pour faire leurs courses, poursuivre des études ou participer à des activités sociales. Mais derrière cette dynamique, des difficultés persistent. Reportage au coeur d'un village en mutation.
Considéré comme l'un des grands villages de la région, Montagne-Blanche regroupe environ 12 000 habitants. Il se décline en plusieurs localités : Morcellement Sans-Souci, Résidence St-Joseph, les nouvelles maisons de la National Housing Development Corporation, SansSouci et Petit-Paquet.
Autrefois dépendants des services et infrastructures de Centre-de-Flacq, les villageois bénéficient aujourd'hui d'une offre plus diversifiée sur place. Pourtant, comme le confie Rishi Doolub, 43 ans, enseignant d'économie dans un collège privé et habitant du village depuis sa naissance, «ce que l'on voit n'est pas toujours la réalité».
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«Notre village a perdu de son éclat»
«Pendant ces 20 dernières années, l'endroit a pas mal évolué d'une manière ou d'une autre. Les habitants ont des attentes. Les villageois se côtoient tous les jours... à la boulangerie, chez le marchand de légumes ou autour d'un rôti ou d'un dholl puri. Il n'y a pas qu'un 'Hello' ou un 'Ki manier', on s'exprime sur les sujets qui affectent le village», raconte Rishi Doolub.
Mais il nuance : «Durant ces 15 dernières années, notre endroit a perdu de son éclat d'antan. Souvent, on entend surtout de mauvaises nouvelles. Le village reste stagnant dans beaucoup de domaines.»
Des infrastructures en souffrance
Parmi les principales préoccupations : l'état des rues. «Les ruelles qui connectent les localités sont dans un état piteux. Cela fait presque sept ans que des travaux de drainage ont été terminés mais les routes ne sont toujours pas asphaltées. C'est un danger pour tous les habitants», déplore Rishi Doolub. Le manque d'éclairage public accentue les risques. «Les motocyclistes et les piétons sont très vulnérables, surtout la nuit. Il y a eu récemment un accident mortel sur un passage piéton en raison du manque de lampadaires. Des branches d'arbres les obstruent mais malheureusement, les autorités ne voient rien.» À cela s'ajoute un problème récurrent d'approvisionnement en eau potable. «Souvent, les robinets restent à sec pendant plus de 24 heures», affirme-t-il.
Foire et centre sous-utilisés
La foire du village, autrefois lieu animé par les rencontres et les échanges, est aujourd'hui critiquée. «L'eau s'y accumule pendant les périodes de pluie. L'espace est restreint pour les maraîchers. Des travaux de rénovation auraient dû être entrepris mais l'état de la foire reste piteux.» Le centre de jeunesse, pourtant récemment rénové, ne propose plus d'activités régulières. «À l'époque, il y avait des 'spéciales vacances', des indoor games, des cours de musique, d'autodéfense et des activités sportives. Même le village hall et le social welfare centre organisaient des événements pour tous. Aujourd'hui, beaucoup d'infrastructures sont sous-utilisées.» Montagne-Blanche a connu des heures glorieuses sur le plan sportif.
«Je me souviens des tournois de foot, l'ambiance était électrique. Des équipes comme Congrès Cadets, Texas, Juvénile ou MBSC faisaient vibrer le village», se remémore l'enseignant. Aujourd'hui, selon lui, l'intérêt des jeunes s'est érodé. «Les conseillers organisent des tournois mais ce n'est pas suffisant. Il n'y a plus de terrain de tennis, plus de matchs de volley avec de grosses foules. Les jeunes doivent se déplacer ailleurs pour pratiquer le badminton ou le football. Nous n'avons même pas de gymnase... pourquoi pas une piscine pour promouvoir la natation ?» Il plaide pour la relance d'écoles de football et de programmes grassroots dès le primaire. «Il faut détecter les talents et les encadrer. Pas seulement en football, mais aussi en basket-ball, gymnastique ou boxe.»
Nature et saveurs locales
Montagne-Blanche ne se résume pas à ses difficultés. La montagne éponyme attire randonneurs et amateurs de nature. L'ascension, d'une durée d'environ 2 h 30 aller-retour, offre un défi physique intéressant et un panorama apprécié des habitués. Côté gastronomie, des adresses comme Chez Youngo font la fierté du village. Pour ceux en quête d'«enn bon baz minn bwi», l'établissement propose une variété de nouilles bouillies, qui attirent une clientèle fidèle.
La drogue, une inquiétude majeure
Autre sujet sensible : la prolifération des drogues synthétiques. «C'est une bombe à retardement. Beaucoup de jeunes sont sous emprise. On les voit regroupés au bord des routes le matin et l'après-midi. Les élèves et les travailleurs se sentent vulnérables.» Pour Rishi Doolub, la solution passe par la mobilisation citoyenne. «Il faudrait créer une Neighbourhood Watch. Mais aussi faire preuve de compassion envers ceux qui sont tombés dans ce fléau. L'éducation et le sport peuvent aider à diminuer ce problème.»
Patrimoine oublié
L'ancienne gare de Montagne-Blanche, vestige du passé ferroviaire mauricien, tombe en ruines. Envahie par la végétation, ses murs fissurés, elle incarne un pan de l'histoire laissé à l'abandon. Non loin de là, à Sans-Souci, les ruines du Sans-Souci Old Sugar Mill, datant de 1870 et fermée en 1949, rappellent l'époque sucrière. La station agro-météorologique y fonctionne encore.
Le Sans Souci Dam et la rivière, qui alimente la turbine hydraulique de Champagne, contribuent également au mix énergétique national, avec une production pouvant atteindre 52 GWh par an.
Une «one stop shop» qui tarde
Le Multipurpose Complex, présenté comme une one stop shop destinée à rapprocher les services publics des habitants, est en chantier depuis janvier 2021. Estimé à Rs 30 millions et prévu pour être complété en huit mois, le bâtiment comprend un hall d'accueil, une salle polyvalente de 500 places et des bureaux.
À ce jour, Rs 24,7 millions ont été déboursées mais le projet n'est toujours pas opérationnel. En revanche, la construction d'une nouvelle caserne de pompiers figure parmi les rares grands projets récents dont les travaux ont effectivement démarré.