La Chine poursuit l'expansion de sa présence dans les infrastructures portuaires à travers le monde. Officiellement, ces investissements visent à soutenir le commerce international et les Nouvelles routes de la soie. Mais certains projets suscitent aussi des interrogations sur leur potentiel usage stratégique ou militaire. Le cas du port de Khalifa, aux Émirats arabes unis, illustre ces préoccupations.
Situé près d'Abu Dhabi, le port de Khalifa est aujourd'hui l'un des principaux hubs logistiques du Golfe. Il traite l'ensemble du trafic conteneurisé de l'émirat et ambitionne d'atteindre une capacité d'environ 15 millions de conteneurs par an d'ici à 2030. La Chine y joue un rôle important. Plusieurs entreprises chinoises ont investi plus d'un milliard de dollars dans la zone industrielle adjacente, où un parc industriel Chine-Émirats accueille des sociétés manufacturières et logistiques.
Mais en 2021, le port est devenu un sujet de tensions géopolitiques. Les services de renseignement américains ont affirmé que la Chine y construisait une installation militaire secrète. Des images satellites montraient des travaux susceptibles de correspondre à une infrastructure militaire.
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Washington a averti Abu Dhabi qu'une présence militaire chinoise pourrait remettre en cause sa coopération stratégique avec les États-Unis, notamment en matière de défense. Les travaux auraient finalement été suspendus sous pression américaine. Pour de nombreux analystes, l'épisode illustre la crainte que certains ports développés par la Chine puissent être conçus pour un usage dual, à la fois commercial et militaire.
Une présence portuaire massive en Afrique
Cette question se pose avec encore plus d'acuité en Afrique. Selon plusieurs centres de recherche, des entreprises publiques chinoises participent à la construction, au financement ou à l'exploitation de 78 ports dans 32 pays africains, soit près d'un tiers des ports commerciaux du continent.
La présence chinoise est particulièrement forte en Afrique de l'Ouest et en Afrique de l'Est, des régions stratégiques pour les routes maritimes reliant l'Asie, l'Europe et le Moyen-Orient.
Ces investissements s'inscrivent dans l'initiative des Nouvelles routes de la soie, qui vise à renforcer les infrastructures de transport et les corridors commerciaux reliant l'Asie à l'Afrique et à l'Europe. Dans de nombreux cas, les ports sont également reliés à des projets ferroviaires et routiers construits par des entreprises chinoises, facilitant l'exportation de ressources naturelles comme le cuivre, le cobalt ou le pétrole.
Des infrastructures commerciales... mais à potentiel stratégique
La grande majorité de ces ports restent aujourd'hui des infrastructures commerciales. Mais certains experts soulignent qu'ils pourraient aussi, à terme, accueillir des activités militaires.
La Chine dispose déjà d'une base navale à Djibouti, ouverte en 2017, sa première installation militaire permanente à l'étranger. Selon plusieurs analyses, d'autres ports africains - comme Lekki au Nigeria, Mombasa au Kenya, Walvis Bay en Namibie ou Dar es-Salaam en Tanzanie - pourraient servir de points d'appui logistiques pour la marine chinoise.
Pour Pékin, ces investissements visent avant tout à sécuriser ses routes commerciales et ses chaînes d'approvisionnement. Mais pour certains observateurs occidentaux, ils pourraient aussi permettre à la Chine d'étendre progressivement son influence stratégique sur les grandes routes maritimes mondiales.