Pendant le mois de Ramadan, de nombreuses personnes tentent de jeûner malgré la faiblesse de leur santé. Diabétiques, hypertendus ou d'autres porteurs de maladies chroniques choisissent de s'acquitter de cette obligation nonobstant la précarité de leur santé. Chaque journée est un défi pour ces personnes souhaitant accomplir cette recommandation.
Avant que le soleil n'apparaisse, la ville de Dakar est calme. Les rues sont presque vides, les cafés et restaurants fermés. Seuls quelques voisins s'affairent à préparer leurs maisons pour la journée. Pendant le mois de Ramadan, nombreux sont ceux et celles qui, malgré leur situation médicale précaire, observent le jeûne à leurs risques et périls. Aminata Sy, 42 ans, se lève à peine. Sa glycémie est déjà une préoccupation, mais elle garde la routine intacte entre ablutions, prières, puis préparation du repas pour la rupture du jeûne. « Je sais que mon corps va souffrir aujourd'hui, mais je ne peux pas rompre ma journée avant le coucher du soleil », confie-t-elle. Aminata s'assoit un instant sur le pas de la porte, sentant la fatigue déjà peser dans ses jambes, avant de commencer ses tâches quotidiennes.
« Le médecin m'a demandé de ne pas jeûner, mais je ne peux pas. Depuis que je suis petite, j'observe le jeûne. Je connais également les complications que je peux encourir, mais je m'en remets à Dieu », soutient la dame. C'est le cas également de Thierno Kâ. Diabétique et hypertendu à la fois, ce cinquantenaire refuse de se plier aux recommandations du médecin. « Je sais très bien ce que je risque, mais je préfère observer le jeune. Avant 17 heures déjà, mon corps me réclame quelque chose, mais dès l'heure de la rupture, j'oublie tout, même si mon corps m'envoie des signaux », confie-t-il.
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Avec le soleil montant dans le ciel, la chaleur devient un défi supplémentaire. Les cafés restent fermés et le marché n'est qu'un espace silencieux, avec quelques transactions pour préparer le repas du soir. Aminata commence ses tâches ménagères, s'asseyant régulièrement sous l'ombre pour éviter l'épuisement. Les vertiges et la fatigue lui rappellent que son corps n'est pas comme celui des autres. Pourtant, elle continue. Néanmoins, elle calcule tous ses mouvements pour économiser son énergie. « C'est la seule solution. Avec le diabète, on s'épuise très vite. Il ne manque pas moins de moments de la journée où j'ai des vertiges ou un malaise vagal », argue la ménagère. Thierno quant à lui participe à la prière de 14 heures tout en prenant soin de ne pas trop forcer ses mouvements.
Le matin, la première épreuve
La tension dans ses épaules et la lourdeur de ses jambes le ralentissent, mais il trouve dans la discipline de la prière une force qui le pousse à tenir. « Je tiens toujours, mais je sais que, avec l'âge, je ne pourrais plus jeûner dans quelques années », souligne-t-il. À mesure que la journée avance, la faim et la soif se font sentir plus intensément. Aminata sent sa tête lourde, ses mains tremblantes. Elle respire profondément, se concentrant sur sa respiration pour continuer.
Thierno, lui, trouve refuge sous un arbre près de la mosquée, prenant quelques instants pour calmer son souffle. « Chaque jour est un test », indique-t-il, observant les passants. Pour Ibrahima qui souffre d'ulcère, chaque jour est un combat. « J'essaie de me battre, mais souvent, avant même midi, je meurs de douleurs. C'est pour cela que je n'arrive pas parfois à jeûner. Je commence en attendant de voir ce que la journée me réserve », raconte le jeune homme.
Quand le soleil commence à décliner, un soulagement palpable traverse les « récalcitrants ». Les familles s'activent pour préparer le repas de rupture du jeûne. Aminata verse l'eau et coupe les dattes avec soin. Chaque geste est lent, presque cérémonial, comme une récompense pour la patience de la journée. Thierno rejoint sa famille, s'assoit et prend la première bouchée. La fatigue de la journée s'éclipse instantanément, remplacée par un mélange de soulagement et de gratitude. Les conversations reprennent, les rires résonnent et chacun savoure le moment. Pour ceux qui jeûnent malgré la maladie, le Ramadan est plus qu'un rituel religieux. Chaque journée est un test.