Afrique: Les États de l'AES ne réagissent pas à l'attaque de l'Iran par les États-Unis et Israël

Quatre jours après le début de l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, les États de l'Alliance des États du Sahel (AES), Mali-Niger-Burkina, n'ont toujours pas réagi. De nombreux pays africains ont officiellement précisé leur position, dénoncé l'attaque américaine ou les représailles iraniennes dans les pays du Golfe, mais pas l'AES. Les pays de l'AES sont tiraillés entre le discours anti-impérialiste affiché aux côtés de l'allié iranien, et la relance en cours de la coopération avec les États-Unis.

Que ce soit en leur nom propre ou en celui de l'AES, ni le Mali, ni le Niger, ni le Burkina Faso ne se sont positionnés. L'Iran est pourtant fièrement présenté comme un « partenaire sincère » des régimes militaires en place et comme un allié idéologique.

Le 23 février, le Premier ministre malien de transition, le général Abdoulaye Maïga, recevait le nouvel ambassadeur d'Iran au Mali. Le communiqué final mentionne le combat commun des deux pays « contre les agressions et l'impérialisme » et érige le « partenariat entre l'Iran et l'AES » en « élément essentiel de coopération ». Le même jour, le ministre burkinabè de la Guerre, le général Célestin Simporé, rencontrait à Téhéran le président et le ministre de la Défense iraniens, pour évoquer le renforcement des liens diplomatiques et militaires entre les deux pays.

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Le 2 mars, c'est l'ambassadrice des États-Unis au Mali qui a eu les honneurs de la Primature, pour « notifier » la levée des sanctions économiques américaines contre trois hauts responsables militaires maliens - parmi lesquels le ministre de la Défense, le général Sadio Camara - qui avaient initialement été ciblés par l'administration Biden pour leur rôle dans le déploiement du groupe Wagner au Mali. Cette décision, officialisée le 27 février, n'a fait l'objet d'aucune explication de la part de l'administration américaine. Selon le communiqué officiel publié à l'issue de cette rencontre, le Premier ministre malien n'a fait aucune allusion aux frappes qui ont visé l'Iran, mais « s'est réjoui de la nouvelle orientation des autorités américaines ».

Et pour cause : depuis l'été dernier, Washington a amorcé un spectaculaire dégel avec les trois régimes militaires sahéliens. Les États-Unis ont relancé leur coopération sécuritaire avec les pays de l'AES, avec notamment du partage de renseignements, et affiché leur volonté d'établir de nouveaux partenariats économiques, sans plus exiger aucune contrepartie démocratique. Lundi, les États-Unis ont annoncé plus de 100 millions de dollars de financements pour le secteur de la santé au Niger.

« L'AES ne prendra pas partie, c'est le retour à la realpolitik »

Oumar Berté, avocat et politologue malien, chercheur associé à l'Université de Rouen, estime de son côté : « Les États de l'AES ne se prononceront pas, ils ne prendront pas le risque d'un délicat équilibrisme ou d'un soutien à une quelconque partie. L'Iran est un partenaire stratégique de l'Alliance et surtout du Burkina Faso, qui entretient de très bons rapports avec l'Iran. D'autre part, le Mali et le Niger sont en train de relancer leur coopération bilatérale avec les États-Unis. D'un autre côté également, les États du Proche-Orient, qui sont des belligérants à part entière dans ce conflit, comme les Émirats arabes unis ou le Qatar, entretiennent des relations économiques très étroites avec les États du Sahel. L'été dernier, le Mali a signé avec les Émirats arabes unis un mémorandum d'entente sur une coopération économique, et récemment le Niger a relancé son partenariat avec le Qatar. »

Il conclut : « Ils sont alliés avec tous les belligérants. Donc, ils essaient de revenir maintenant à la realpolitik. Ils ne prendront pas le risque de prendre position, quitte à mettre de côté l'idéologie affichée. »

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