Le premier jour de ce mois de mars marque la Journée mondiale des herbiers marins, proclamée par l'Assemblée générale des Nations unies en mai 2022. Cette journée a pour objectif de sensibiliser le public sur l'importance de ces écosystèmes fragiles et d'encourager des initiatives concrètes pour leur protection. Composés de plantes à fleurs adaptées à la vie sous-marine, ces herbiers marinssitués dans les eaux peu profondes, jouent un rôle déterminant dans l'équilibre des écosystèmes côtiers et participent aux objectifs de développement durable, selon les Organisation des Nations Unies (ONU).
Tel que le montrent les données des Nations Unies, ces prairies sous-marines sont présentes dans 159 pays et couvrent plus de 300 000 km², ce qui en fait l'un des plus vastes habitats côtiers de la planète. Elles sont essentielles à la biodiversité marine et sont de véritables puits de carbone, capables de stocker jusqu'à 18 % du carbone océanique mondial. En filtrant et en stockant les nutriments et substances polluantes, elles améliorent également la qualité de l'eau et réduisent la contamination des fruits de mer. Leur conservation et restauration contribuent aussi aux efforts internationaux pour atteindre plusieurs objectifs de développement durable.
Pourtant, près de 30 % des herbiers ont disparu depuis la fin du XIXe siècle, et au moins 22 des 72 espèces connues sont aujourd'hui en voie d'extinction car 7 % de cet habitat marin essentiel disparaît chaque année dans le monde.
Les herbiers marins sont de plus en plus menacés par les activités humaines et le changement climatique indique Nadeem Nazurally, biologiste marin et chargé de cours à l'Université de Maurice : «Au niveau local, la quantité d'herbiers que nous avions auparavant est en déclin par rapport à aujourd'hui. Il existe cependant des sites protégés où ils se régénèrent.»
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Il explique que ces écosystèmes sont menacés par «la pollution et la sédimentation, provoquée par l'érosion des côtes et le ruissellement des terres agricoles», surtout après de fortes pluies. La boue et les particules transportées par l'eau réduisent la lumière nécessaire à la photosynthèse des herbiers, ce qui affaiblit ces plantes vitales. Mais ce n'est pas tout : les engrais, pesticides et autres produits chimiques provenant des champs se retrouvent dans la mer, altérant la qualité de l'eau et favorisant la prolifération d'algues et de plantes marines de manière excessive.
Ces dernières étouffent les herbiers et privent d'autres organismes marins de leurs ressources, modifiant les habitats naturels et perturbant ainsi l'équilibre de l'écosystème. Le réchauffement des eaux et l'acidification des océans aggravent encore la situation, entraînant le dépérissement de ces prairies sousmarines.
Ancres et chaînes des bateaux
Les herbiers marins subissent également les conséquences des activités nautiques. Les ancres et chaînes des bateaux peuvent arracher les plantes, tandis que les hélices de bateaux les coupent et créent des zones de vase où la repousse est difficile. À cela s'ajoutent les pollutions liées aux carburants et aux huiles, qui réduisent la transparence de l'eau.
Malgré leur discrétion, souligne-t-il, ces herbiers marins sont des puits de carbone efficaces. Les prairies de herbiers peuvent stocker jusqu'à deux fois plus de carbone par hectare que les forêts terrestres.
Alïa Nowrung, étudiante doctorante à l'Université de Maurice dans le domaine, travaille sur la cartographie les herbiers pour identifier les espèces qui y vivent. Sur la base de ses constats, elle avertit également le déclin de ces écosystèmes. Ce, alors que les herbiers marins constituent un habitat vital, servant de refuge et de zone de reproduction pour de nombreux poissons, crustacés et mollusques. Lors de ses observations, elle a repéré de nombreuses crevettes, des poissons juvéniles, des crabes, des concombres de mer, et même des poulpes à marée basse. «C'est un espace très riche», relève-telle. Les tortues marines viennent également s'y nourrir.
Protéger et restaurer les herbiers marins ne se limite pas à la conservation de la biodiversité, alertent les Nations Unies. Ces actions soutiennent également des objectifs économiques, sociaux et climatiques. Ces prairies sousmarines sont donc essentielles pour l'économie locale, comme le fait ressortir Nadeem Nazurally. Elles alimentent les ressources exploitées par la pêche, assurant des revenus et la sécurité alimentaire des communautés côtières. Et grâce à leur capacité à stocker le carbone, elles permettent aux pays de respecter leurs engagements climatiques et de soutenir les objectifs de développement durable tout en préservant les écosystèmes marins.
Par ailleurs, certaines études ont montré que les herbiers marins possèdent des propriétés pharmaceutiques, précise Nadeem Nazurally, en se référant à l'étude publiée dans le Western Indian Ocean Journal of Marine Science sur les espèces Halophila stipulacea, Halodule uninervis et Thalassodendron ciliatum, présentes dans nos lagons.
En définitive, la protection des herbiers marins ne relève pas seulement de la conservation environnementale : ces prairies sous-marines jouent un rôle stratégique pour la santé des océans, le climat, la biodiversité et même le potentiel pharmaceutique encore peu exploité. Préserver ces écosystèmes, c'est garantir un équilibre durable entre l'homme et la mer, et offrir des opportunités pour les générations futures.