Mousso News, comme son nom l'indique (mousso signifiant en langue nationale dioula, femme et news, en anglais, nouvelles) est l'un des rares médias au Burkina spécialisé dans le traitement et la publication en ligne de l'information liée à la femme. Il oeuvre à mettre en lumière « la femme brave, courageuse et battante », selon sa promotrice, Bassératou Kindo. Avec ses spécificités, le jeune média de 4 ans, avec une petite équipe majoritairement féminine, s'efforce au quotidien de trouver sa place dans un contexte de pluralité médiatique. Comment fonctionne un média dédié à 90 % à la femme ? Comment se fait le choix des sujets ? Le journaliste homme a-t-il sa place dans une rédaction « féminine » ? A l'occasion du 8-Mars, le confrère nous a ouvert ses portes le mercredi 4 mars 2026. Compte rendu d'une immersion.
Dans le quartier Kalgodin de Ouagadougou, au milieu des habitations, une villa se distingue par une bâche portant l'écriteau « siège de Mousso News », collé au mur. Dans la petite cour, sont parquées une dizaine de motos des travailleurs. Le salon, meublé d'une grande table et de chaises, sert de salle de rédaction. Installés tout autour, téléphone portable en main ou ordinateur PC en face, des journalistes tiennent une réunion de briefing avec la responsable des lieux ce mercredi 4 mars aux environs de 11h. Il s'agit de faire le point des reportages du matin, de rapporter les difficultés rencontrées sur le terrain, de déterminer l'angle sur lequel l'information devra être traitée et, bien entendu, d'écouter les observations de « madame », comme est appelée la Directrice de publication, Bassératou Kindo. L'unique conférence de rédaction de la semaine, se tenant, elle, les lundis matin.
«On fait le point des sujets qu'on a traités et de ceux qui n'ont pas pu l'être pour diverses raisons. On propose de nouveaux sujets, parmi lesquels les reportages conventionnels et obligatoirement un Papier d'initiative personnelle (PIP) en lien avec les femmes. Après cette entrevue de 30 à 45 mn, chacun vaque à ses occupations » : c'est ainsi que Bassératou Kindo a expliqué comment se passent les journées à Mousso News. Avant la réunion et les reportages, un travail de veille se fait chaque matin, dès 7h 30, sur le site www.moussonews.com . La veille, a-t-elle expliqué, est un tour d'horizon sur les sites de confrères, nationaux et internationaux, pour identifier tout article en lien avec la femme. Si le sujet abordé est jugé intéressant, un résumé en est fait et publié sur le site, à travers les plateformes Facebook, Tiktok et Linkedln, tout en prenant le soin de citer la source.
Mousso News, raconte sa promotrice, est le fruit d'un projet présenté dans le cadre de l'obtention d'un master 2 en Management des médias à l'Ecole supérieure de journalisme à Lille (France). « Après ma soutenance en 2019, les membres du jury, qui ont trouvé le projet intéressant, m'ont encouragée à le mettre en oeuvre. J'ai dû continuer à travailler comme journaliste, par la suite dans une ONG, pour pouvoir avoir des économies et lancer officiellement le site le 15 janvier 2022. J'ai travaillé seule pendant 6 mois avant d'avoir des stagiaires, de recruter un journaliste en 2023 et de payer des prestataires. ».
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Actuellement, Mousso News compte quatre journalistes, précisément deux salariés et deux stagiaires, ainsi qu'un stagiaire vidéaste et deux autres prestataires.
Le média tire son nom du terme dioula mousso, qui signifie en langue française « femme » et du mot anglais news, qui veut dire en français « nouvelles ». «L'appellation Mousso est un peu universelle. Elle désigne la femme dans plusieurs pays de la sous-région : Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Guinée. A travers ce nom, j'ai voulu présenter l'image de la femme forte. C'est vrai qu'il y a la douleur qu'on porte très souvent, mais sur la place publique il faut qu'on montre que nous sommes des femmes fortes », a justifié celle qui est affectueusement appelée Bass dans le milieu médiatique.
Mousso News n'est pas un média féministe
A ce propos, la ligne éditoriale clairement affichée de Mousso News est de donner un petit espace d'expression à la femme. « Quand on fait le monotoring des Unes de nos confrères de la place, on trouve dans le meilleur des cas une Une dédiée à l'autre moitié du ciel au cours de la semaine de parution. En outre, quand on fait le référencement dans l'encyclopédie Wikipédia, c'est difficile de trouver des sources sur les femmes. Sur vingt personnes, on ne trouvera que deux femmes qui ont parlé dans les médias. Pourtant, les femmes font beaucoup de choses, même si, par peur ou contrainte, elles ne veulent pas toujours s'exprimer. Mousso News est donc là pour leur donner confiance, aller vers elles, les convaincre de parler d'elles pour impacter », a-t-elle indiqué.
Mousso News est, selon sa promotrice, un média féminin qui traite à 90 % les informations sur les femmes et 10% d'informations générales en faisant de temps en temps un clin d'oeil aux hommes. S'agissant de la Rédaction du journal, elle ne compte qu'un homme. « Pendant trois ans, on a mis l'accent sur les femmes. Mais comme le digital requiert des productions vidéos, j'ai fait appel à un homme, plus technique, pour nous épauler. C'est vraiment une première. Au départ, je ne le voulais pas, mon souhait étant que même s'il y a un homme dans l'équipe, il ne soit pas présenté dans la stratégie de visibilité », a-t-elle confié.
Jonas Porgo est le seul « monsieur » de Mousso News. Il a rejoint la Rédaction en mi-janvier 2025 en tant que stagiaire vidéaste. Le fait d'être dans un milieu de femmes ne le gêne nullement. « Je me sens bien comme au sein d'une famille. J'ai été bien accueilli et intégré, tant par la responsable que par l'ensemble du personnel. Bien que du genre opposé, je ne me sens pas mis à l'écart », a-t-il assuré.
Diane Sawadogo est l'un des visages connus du média. Journaliste titulaire, elle y exerce depuis bientôt deux ans. A l'en croire, la rédaction de Mousso News est différente d'autres rédactions où elle est passée. «Ici, on pense femme, on réfléchit femme, on écrit femme», a-t-elle relevé. Tout comme Jonas, elle se sent à l'aise et apprécie aussi bien sa patronne que l'ambiance du travail. « Entre femmes, on peut tout se dire ; on devient comme une famille », dira-t-elle.
Même si l'initiative Mousso News est portée par une femme pour défendre la cause des femmes, ledit média est tout sauf féministe. Le traiter ainsi suffit à faire sortir sa promotrice, pourtant calme et douce, de ses gongs. « Je le dis et je le répète : Mousso News n'est pas un média féministe ; je refuse qu'on colle cette image à mon journal. Je ne me retrouve pas dans l'idéal féministe tel que présenté de nos jours, celui de considérer le genre masculin comme un ennemi. Mousso News est un média féminin. Au départ, nous avions voulu parler uniquement des femmes, mais la réalité du terrain nous a rattrapées, car aujourd'hui il y a des gens qui nous évitent, pensant qu'il s'agit d'un média de femmes, avec une cible restreinte. Ils se disent que s'ils nous confient leur publicité, elle ne touchera pas le maximum de personnes. Je considère cela comme de la stigmatisation », a-t-elle regretté avant d'exhorter les annonceurs comme les sociétés de téléphonie, les sociétés minières et les banques à leur faire confiance.
Plus de 200 000 followers
Mousso News fait partie des médias en ligne à forte audience au Burkina. Selon, en effet, la DP Bassératou Kindo, il est suivi par 152 000 personnes sur Facebook ; 78 000 sur Tiktok et 5000 sur Linkedln. En termes de reconnaissance, il a reçu de nombreuses distinctions, notamment un prix spécial Galian, le prix Paix et cohésion sociale décerné par la conférence épiscopale Burkina-Niger, le prix du meilleur média géré par une femme, le prix Gender du meilleur média qui valorise la femme et un prix d'honneur, Personnalité culturelle de l'année (PCA).
C'est dire que, dans un contexte national marqué par une pléthore de journaux de tous ordres, associé à l'avènement des Wayiyans (veille citoyenne), Mousso News trouve sa place, non sans difficultés. «Notre mission, c'est de donner de la visibilité aux femmes et à leurs initiatives. Dans ce sens, nous faisons du bénévolat. Par exemple, sur dix articles que nous produisons, il n'y a que trois qui seront payants, soit un forfait de 25 000 à 50 000 FCFA. Ce qui nous permet de vivre, c'est la subvention de l'Etat et un partenariat avec une structure de la place. Parfois, on obtient des reportages facturés à, tout au plus, 150 000 F CFA. Même ça, on peut taper trois mois sans en avoir », a-t-elle regretté.
Rarement sollicité pour des couvertures médiatiques également, le journal met plus l'accent sur les papiers terrain. « On est dans le digital et l'information n'attend pas. On a alors initié des émissions comme « Face à vous », où on reçoit des femmes et des hommes pour parler de leurs parcours, « Mousso ka entrepreneuriat », pour solliciter l'accompagnement de structures financières et récemment on a lancé « Au coeur du foyer ».
Mousso News compte aussi un studio d'enregistrement et une bibliothèque gratuite dotée d'une connexion wifi. Il organise des panels et des formations gratuites au profit des femmes. Une formation sur l'IA est d'ailleurs prévue le 14 mars prochain à son siège. A l'occasion de la célébration de la Journée internationale des droits de la Femme, placée sous le thème national « Bâtir une paix durable au Burkina Faso, quelle contribution de la femme et des filles à la promotion du vivre-ensemble », Bassératou Kindo qui incarne, elle-même, des valeurs comme le courage et la détermination, a appelé l'autre moitié du ciel à ne jamais baisser les bras.
« En tant que promotrice d'un média de femmes, je leur demande de ne jamais abandonner, de croire à ce qu'elles font et de rester déterminées. Il faut surtout travailler dans l'honnêteté, et ce quel que soit le domaine dans lequel on se trouve. Par rapport au thème qui porte sur le vivre-ensemble, la femme en est l'actrice principale et doit aussi jouer son rôle. C'est elle qui sait rassembler».