Le conflit armé au Moyen Orient a provoqué une ruée vers le carburant dans plusieurs stationsservice, entraînant l'épuisement temporaire des réserves. Depuis le week-end dernier, certains automobilistes se sont précipités pour faire le plein, anticipant une éventuelle hausse des prix ou une pénurie.
Ce phénomène de panic buying a asséché les cuves de certaines stations-service. Bhim Sunassee, président de la Petrol Retailers Association, indique que le renflouage des cuves ne peut pas se faire immédiatement. Il faut attendre la livraison des camions-citernes pour procéder au ravitaillement.
Pour les stations-services Engen, Veekram Bhunjun, Chief Executive Officer (CEO) du Bhunjun Group, explique la situation sur le terrain : «Il est important de rassurer le public. Il n'y a aucune pénurie d'essence dans les stations et aucune raison de s'inquiéter pour l'approvisionnement. Beaucoup pensaient que les prix allaient augmenter et il y avait la perception qu'une pénurie d'essence était possible. C'est pour cela que lundi, nos stations ouvertes 24h/24 et 7j/7 ont connu un gros rush, tandis que certaines autres étaient temporairement à sec.»
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Au vu de la situation, des mesures ont été mises en place. «Nous avons augmenté la flotte de camions pour approvisionner quotidiennement nos 37 stations. Aujourd'hui, nous fournissons plus de 500 000 litres d'essence, contre 350 000 litres auparavant. Nous faisons tout notre possible pour que les stations-service soient approvisionnées chaque jour, et nous restons en contact direct avec nos gérants, qui nous informent de leur situation sur le terrain.»
En cette fin de semaine, un retour à la normale semble se profiler, assure Bhim Sunassee : «Ceux qui ont rempli leur réservoir en panic buying ne reviennent pas immédiatement acheter du carburant. Ce qui se traduit par une fréquentation plus faible dans les stations-service». Le ravitaillement des stations-service dépend de leur capacité de stockage et du niveau de la demande. Certaines sont approvisionnées quotidiennement, d'autres, une fois par semaine. En cas de besoin, le gérant passe la commande, effectue le paiement et reçoit sa livraison.
Néanmoins, la ruée soudaine des consommateurs pour faire le plein n'est pas toujours justifiée, surtout qu'un plein de carburant ne dure que quelques jours. Ainsi, le ministère du Commerce de la protection des consommateurs et les associations de consommateurs appellent la population à réfréner leur panic buying. Pour Jayen Chellum, secrétaire général de l'Association des Consommateurs l'île Maurice, «si ça continue, les autorités devront mettre en place des mesures pour rassurer les automobilistes afin d'éviter que cette situation ne se reproduise».
Pour mémoire, lors d'une conférence de presse lundi, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, a affirmé que le pays dispose de suffisamment de stock des carburants, soit environ 12 000 tonnes métriques d'essence, ce qui permettrait de couvrir la demande jusqu'au 4 avril. Les stocks de diesel, estimés à13600tonnes métriques, devraient quant à eux tenir jusqu'au 6 avril. Il a également précisé qu'une nouvelle livraison est attendu le 18 mars. Selon lui, même sans cette dernière livraison, les stocks actuels permettraient de tenir jusqu'aux dates mentionnées.
Cependant, le pays reste entièrement dépendant des importations, ce qui le rend vulnérable aux tensions dans le Golfe, zone stratégique pour le transport pétrolier. Nos carburants proviennent d'Oman, qui n'a pas été épargné par les frappes iraniennes, malgré son rôle de médiateur dans les pourparlers entre les États-Unis et l'Iran.
Le cours du pétrole continue son envolée
La hausse du prix du Brent se poursuit, le baril s'affichant hier à 83,35 dollars. La dernière hausse notable remonte au 15 janvier 2025, lorsque le Brent atteignait 82,25 dollars, après un pic précédent le 15 avril 2024, à 90,35 dollars. Les marchés restent inquiets face à la paralysie du détroit d'Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié.
Cette perturbation, ainsi que les premières restrictions sur l'échange de produits pétroliers, contribuent à la hausse des prix, en particulier des produits raffinés comme l'essence et le diesel, et renforcent la demande de sécurité d'approvisionnement, ce qui alimente encore la hausse du Brent. Pour Maurice, ces fluctuations internationales peuvent avoir un impact direct sur le prix des carburants et sur l'approvisionnement local. D'ailleurs, le ministre du Commerce a indiqué qu'une prochaine hausse des prix des carburants n'est pas à exclure.