En Casamance comme dans plusieurs régions du Sénégal l'accès des femmes à la terre reste un défi majeur. Bien qu'elles représentent une main-d'oeuvre essentielle dans l'agriculture très peu disposent d'un titre foncier. Entre traditions familiales et absence de reconnaissance juridique formelle, ces agricultrices cultivent, produisent et nourrissent leurs familles... sur des terres qui ne leur appartiennent pas.
Dans les zones rurales dans cette région de Ziguinchor, les femmes sont au coeur de l'activité agricole. Pourtant leur accès à la propriété foncière reste extrêmement limité. Sur cinq agricultrices interrogées, une seule affirme disposer d'un titre foncier. Les autres exploitent des terres familiales ou communautaires sans réelle sécurité juridique.
« Je ne suis pas légalement propriétaire, mais j'ai le contrôle sur mes terres. Elles appartiennent à la famille de ma mère », confie Aïda Mandiang agricultrice dans le Bignona. Une situation que partage Emma Manga cultivatrice du village de Mlomp-Kassa dans le département d'Oussouye.
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Âgée d'une quarantaine d'années mariée et mère de cinq enfants, Aida Manga incarne le quotidien de nombreuses femmes rurales. « Les exploitations familiales appartiennent à mon mari. Cependant, j'ai la liberté de choisir les plantes à cultiver. Il me revient ensuite de les entretenir et de conserver les semences paysannes », explique-t-elle.
Malgré ce rôle central dans la production agricole l'absence de reconnaissance juridique limite les capacités d'investissement de ces femmes. La sécurisation foncière reste un facteur déterminant pour améliorer les rendements, préserver les semences locales et développer les exploitations.
Aïda Mandiang cultive plusieurs variétés agricoles notamment le riz, le niébé, la patate douce et le gombo. Elle affirme avoir entamé des démarches pour obtenir la propriété légale des terres qu'elle exploite. « Elles appartiennent à la famille de ma mère mais je souhaite qu'elles me reviennent légalement. En attendant, je décide de ce que je vais planter notamment pendant l'hivernage » a-t-elle laissé entendre.
Cette situation a également des répercussions sur la production et la commercialisation des produits agricoles. Une grande partie des récoltes est destinée à l'autoconsommation familiale. « Le riz par exemple je ne le vends pas. Il sert à nourrir la famille » tient à préciser Aïda Mandiang.
Elle transforme une partie de ses produits pour la vente notamment le niébé et la patate douce.
Pour ces agricultrices la priorité reste la sécurité alimentaire du foyer. « Nous préférons nourrir sainement nos familles avec nos produits », ajoute-t-elle.
Dans de nombreuses zones rurales dans la région, l'accès des femmes à la terre est une problématique majeure. Bien qu'elles constituent une part importante de la main d'oeuvre agricole très peu d'entre elle disposent d'un titre foncier en bonne et due forme. La majorité cultive des terres appartenant la famille, au mari ou à la communauté sans sécurité juridique
Cette absence de propriété foncière constitue aujourd'hui un frein à l'investissement. Sans garantie juridique sur les parcelles qu'elles exploitent, beaucoup de femmes hésitent à engager des initiatives à long terme surtout dans l'amélioration des sols, l'irrigation ou la conservation des semences.
Cette situation complique l'accès au financement. Les institutions financières exigent généralement des garanties foncières pour accorder des crédits agricoles . Faute de titres de propriété, des femmes rurales peinent à obtenir les ressources nécessaires pour moderniser leurs activités et accroître leur production.
Malgré les campagnes de sensibilisation et les actions de plaidoyer menées par plusieurs organisations auprès des autorités étatiques, locales, coutumières et religieuses, la question de l'accès des femmes à la terre reste entière dans cette partie sud du pays. Pour ces agricultrices, la reconnaissance de leurs droits fonciers apparaît désormais comme une condition essentielle pour renforcer leur autonomie économique et assurer un développement agricole durable.