Sénégal: Diop Dame Sy, la trajectoire d'un entrepreneur sous l'impulsion du Fonds Islamique de Relance (FIR)

Ancien cadre des télécoms, Diop Dame Sidy a troqué les open spaces climatisés contre les chambres froides industrielles. À la tête de Prozen Industries, il produit chaque jour des tonnes de glace pour soutenir la filière halieutique. Un pari lancé en pleine pandémie, aujourd'hui consolidé par l'appui du Fonds Islamique de Relance (FIR), filiale du Fonds Souverain d'Investissements Stratégiques (FONSIS).

L'histoire de Diop Dame Sidy, quinquagénaire, pourrait se lire comme celle d'un self-made man moderne, mais elle s'apparente davantage à une leçon de ténacité. Avant de se lancer dans l'aventure industrielle, cet homme de 52 ans a passé plus de vingt ans au sein de multinationales, principalement dans le secteur des télécommunications. Un parcours classique de cadre expatrié, rythmé par les objectifs commerciaux et les réunions de direction, qui aurait pu le mener à une fin de carrière paisible. Pourtant, en 2018, le déclic se produit.

« L'envie forte d'un retour aux sources », confie-t-il. Il ne s'agit pas d'une simple nostalgie, mais de l'identification d'un angle mort dans le tissu économique de sa ville natale, Mbour : la conservation des produits halieutiques. Capitale de la pêche artisanale, la ville voit chaque jour des tonnes de poissons débarquer, mais souffre d'une chaîne du froid insuffisante, source de pertes post-capture considérables. Corriger ce déficit devient une priorité.

En janvier 2019, il crée Prozen Industries, une société par actions simplifiée dédiée à la fabrication de glace en écailles et de glaçons. Le lancement effectif, en mars 2020, intervient en pleine crise sanitaire mondiale liée à la Covid-19.

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Un combat permanent contre la facture énergétique

L'aventure entrepreneuriale de Diop Dame Sidy est loin d'être un long fleuve tranquille. Si la pandémie a constitué un premier choc, la difficulté chronique d'accéder à des financements adaptés a longtemps entravé la croissance. Mais le principal défi de son entreprise, comme pour de nombreuses PME sénégalaises, reste l'énergie.

« En effet, l'électricité coûte encore extrêmement cher au Sénégal, surtout pour les PME, et freine considérablement leur développement », souligne-t-il. Dans un métier où la production est continue et les équipements fortement consommateurs d'énergie, cette dépendance au réseau électrique pèse lourdement sur les marges. Malgré ces contraintes, Prozen Industries s'est développée progressivement. L'entreprise dispose désormais de trois unités de production, pour une capacité cumulée de 55 tonnes de glace par jour. Un volume significatif, mais encore insuffisant face à une demande locale soutenue.

Le tournant intervient en 2024 avec l'entrée au capital du Fonds islamique de relance.

L'effet de levier du Fonds Islamique de Relance

Cet appui financier agit comme un accélérateur. Il permettra à Prozen d'augmenter sa capacité de production de 20 tonnes supplémentaires de glace en écailles et, nouveauté stratégique, de se lancer dans la fabrication de glaçons alimentaires grâce à l'acquisition de machines dédiées.

Au-delà de l'augmentation des volumes, c'est la structuration même de l'entreprise qui se renforce. L'effectif passera de 18 à 30 collaborateurs, dont une part significative de femmes (10 recrutements prévus). Le partenariat prévoit également l'acquisition de nouveaux camions frigorifiques, maillon essentiel pour fiabiliser la chaîne de distribution et réduire les pertes entre l'usine et le client final, qu'il soit mareyeur, poissonnier ou restaurateur. Pour le promoteur, cet investissement confirme que la persévérance porte ses fruits. « L'envie de participer au développement du Sénégal est plus importante que les difficultés rencontrées », résume-t-il.

Les ambitions de Diop Dame Sidy dépassent désormais le seul marché de Mbour. Les perspectives de Prozen Industries sont tournées vers l'extension de sa couverture commerciale et le renforcement de sa présence sur les marchés de consommation. Au-delà de la production de glace, l'enjeu est celui de la souveraineté alimentaire. En améliorant la conservation du poisson, Prozen contribue à la régulation des prix et à la réduction du gaspillage, un défi majeur pour un pays où le poisson constitue la première source de protéines animales.

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