Ile Maurice: Cynthia, de victime de violence conjugale à héroïne de sa reconstruction

Pendant plus de 21 ans, Cynthia a été victime de violence conjugale. Mère de six enfants, elle était une femme au foyer dépendante du père de ses enfants. Elle n'avait jamais travaillé. Son compagnon, dit-elle, refusait qu'elle gagne sa vie. Au début, il subvenait à tous les besoins du foyer. Mais avec le temps, l'alcool a pris une place grandissante dans son quotidien et sont apparues violences verbales, physiques, économiques et psychologiques.

Pendant des années, Cynthia a supporté l'insupportable. Elle raconte une existence marquée par la peur, le silence et l'humiliation. Peu à peu, cette violence a commencé à affecter ses enfants. Le tournant décisif survient lors d'un épisode particulièrement grave : au cours d'une dispute, l'un des enfants est blessé.

Ce jourlà, Cynthia comprend qu'elle ne peut plus continuer, ayant pris conscience qu'un drame plus grave pouvait survenir, pour ses enfants ou pour elle-même. «Swa mwa mo pou nepli la pou get mo zanfan swa li pa pou la ou mo pou dan prizon pou enn lot zafer, mo pa ti anvi kontinie tolere ek aksepte sa. Lerla monn dir ase ek inn ler pou ki mo debout lor mo lipie pou get mo zanfan.»

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Avec son enfant blessé, elle se rend au poste de police. Mais au lieu du soutien espéré, elle aurait fait face à l'indifférence, voire au découragement. On lui aurait reproché sa dépendance économique de son conjoint et le fait de vivre sous son toit. Dans un autre épisode, alors que sa fille est également blessée lors d'une bagarre, un policier aurait refusé d'enregistrer sa plainte et même d'aider à conduire l'enfant à l'hôpital. Le policier lui aurait dit : «Ki ou oule nou fer, ankor ou mem? Ou pe res kot dimounn-la, ou bizin res trankil ek viv ar li». Pour Cynthia, ces réactions ont renforcé le sentiment d'abandon que vivent de nombreuses femmes victimes de violence domestique.

Pourtant, dans cette épreuve, une main tendue a changé le cours de son existence. Cynthia évoque avec émotion le soutien d'une voisine, présente dans les moments les plus difficiles. C'est aussi grâce à l'intervention d'Anushka Virahsawmy, fondatrice et directrice du Gender Links Safe Haven Halfway Home (voit plus bas), que Cynthia trouvera refuge, de nuit, avec ses enfants. Ce soutien aura marqué le début d'une nouvelle vie.

Aujourd'hui, Cynthia travaille dans l'un des shelters. Ce poste représente bien plus qu'un emploi : il symbolise sa renaissance. Elle parvient désormais à subvenir à ses besoins et à ses quatre enfants mineurs, qui poursuivent leur scolarité. Ses deux autres enfants sont autonomes et travaillent. Son parcours est celui d'une femme qui a refusé de se laisser définir par la violence qu'elle a subie.

Cynthia ne se présente plus comme une victime, mais comme une femme debout, déterminée à offrir un avenir meilleur à ses enfants. Son histoire rappelle qu'avec un accompagnement humain, un refuge sûr et une opportunité de reconstruire sa vie, il est possible de transformer la souffrance en force. Aujourd'hui, Cynthia partage sa fierté de pouvoir enfin avancer sur ses propres pieds.

Anushka Virahsawmy. «La même dignité, la même protection et la même justice pour tous»

Pour Anushka Virahsawmy, parler des droits des femmes revient avant tout à défendre les droits humains. Engagée depuis des années auprès de survivantes et personnes vulnérables, elle rappelle qu'aucun droit ne devrait être accordé en fonction du genre, mais selon un principe simple: chacun mérite la même dignité, la même protection et la même justice.

Dans son parcours, une femme a profondément marqué sa vision : Colleen Lowe Morna, fondatrice et ancienne CEO de Gender Links, qui célèbre cette année ses 25 ans d'existence. «Elle a toujours eu une vision claire pour améliorer la vie des femmes, non seulement pour aider, mais aussi le faire de manière stratégique», souligne Anushka Virahsawmy.

À ses yeux, Colleen Lowe Morna incarne la force, la lucidité et l'engagement. «C'est une femme qui m'a beaucoup marquée et de qui j'ai énormément appris.» Aujourd'hui, Anushka Virahsawmy souhaite transmettre ce message à d'autres femmes: croire en leur valeur et défendre l'égalité sans relâche. Selon elle, il est crucial que la loi garantisse les mêmes droits à tous, mais cela ne suffit pas. La société doit aussi déconstruire les stigmatisations, faire évoluer les mentalités et reconnaître que l'égalité demeure la base indispensable pour construire une véritable équité.

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