Le 8 mars, on ne célèbre pas simplement les femmes, mais des décennies de luttes menées à travers le monde. Le thème de cette année est : «Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles». Il souligne l'importance de garantir l'égalité, de défendre les droits des femmes et d'agir concrètement pour leur justice à travers le monde.
Des luttes contre un même système, une même idée profondément ancrée dans les sociétés qui se sont construites : celle selon laquelle l'homme domine et la femme subit. Pendant longtemps, les femmes ont dû se battre pour des droits qui semblent aujourd'hui évidents : le droit de voter, de travailler, d'étudier, de conduire ou encore de vivre en sécurité.
Si les suffragettes en Europe et en Amérique du Nord ont marqué l'histoire des luttes pour l'égalité, des mouvements similaires ont émergé dans de nombreuses régions du monde. En Inde, des réformatrices comme Savitribai Phule se sont battues dès le XIXe siècle pour l'éducation des filles. En Égypte, la militante Huda Sha'arawi a contribué à faire émerger un mouvement féministe au début du XXe siècle, dénonçant les inégalités sociales et politiques auxquelles les femmes étaient confrontées. En Afrique, plusieurs femmes ont joué un rôle central dans les luttes politiques et sociales, à l'image de Funmilayo Ransome Kuti au Nigeria, qui s'est opposée aux injustices coloniales et aux discriminations visant les femmes.
Des combats à travers les continents et les générations qui ont contribué à faire évoluer les lois, les mentalités et les structures sociales. Mais le chemin vers l'égalité reste loin d'être terminé. Les femmes continuent d'être confrontées à des violences et discriminations. Les mutilations génitales féminines affectent encore des millions de femmes et filles en Afrique. Crimes «d'honneur» ou mariages forcés continuent d'exposer les femmes aux violences extrêmes alors que l'accès à l'éducation demeure limité, voire inexistant pour des filles.
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Ici, féminicides et violences domestiques continuent de susciter l'indignation et de nombreuses femmes sont confrontées à une insécurité plus diffuse, mais tout aussi réelle, au quotidien. Remarques déplacées, sifflements ou commentaires insistants dans la rue, gestes ou propos inappropriés au travail, attouchements ou comportements déplacés à l'école... des expériences qui rappellent que l'espace public ou professionnel reste insécure pour les filles et les femmes. Plusieurs lois visent à protéger les droits des femmes dans différents domaines. Selon l'avocate Tirumangei Ireivi Mooroogen, ces textes permettent aux victimes de solliciter les tribunaux et d'obtenir des mesures de protection.
La Protection from Domestic Violence Act de 1997 - en voie de révision sous le Domestic Abuse Bill - constitue l'un des principaux outils juridiques. Une victime peut solliciter de la cour un Protection order interdisant à l'agresseur de nouveaux actes de violence, harcèlement ou intimidation. La cour peut obliger l'agresseur de quitter le domicile familial. D'autres dispositifs existent pour accompagner les victimes sous forme de conseils, d'accompagnement et d'assistance dans les démarches juridiques. Le code pénal criminalise des formes de violences - viol, agressions sexuelles ou physiques.
Au travail, la Workers' Rights Act 2019 prévoit des protections contre les discriminations fondées sur le sexe, la grossesse ou le statut marital. La loi garantit également l'égalité de rémunération pour travail égal et des dispositions liées au congé de maternité. Par ailleurs, l'Equal Opportunities Act de 2008 interdit la discrimination et le harcèlement dans différents domaines - emploi, éducation ou accès aux services. «Ces mesures législatives constituent un cadre juridique important permettant aux femmes confrontées à la violence, à la discrimination ou au harcèlement de rechercher protection et réparation», souligne l'avocate.
Des obstacles persistants
Malgré ces protections légales, plusieurs obstacles continuent de freiner l'exercice effectif des droits des femmes. Selon Tirumangei Ireivi Mooroogen, l'un des principaux défis reste le sous-signalement des cas de violence ou de harcèlement. «Dans de nombreuses situations, les victimes hésitent encore à engager des démarches légales par crainte des répercussions sociales, professionnelles ou familiales», explique-t-elle.
La peur, la dépendance financière ou la stigmatisation sociale peuvent dissuader certaines femmes de porter plainte. Un autre enjeu concerne la connaissance des droits. Bien que plusieurs recours existent, toutes les victimes ne sont pas nécessairement informées des protections juridiques à leur disposition ou des procédures à suivre pour obtenir de l'aide. Les démarches peuvent représenter un défi en raison du temps que prennent certaines procédures et la charge émotionnelle y relative. Pour l'avocate, la Journée internationale des droits des femmes constitue un moment important pour rappeler non seulement les progrès réalisés, mais aussi la nécessité de s'assurer que les protections prévues par la loi soient réellement accessibles à celles qui en ont besoin.