Sénégal: Plan de redressement économique et social - Des avancées fiscales face à une dette préoccupante

Six mois après son lancement par le Premier ministre Ousmane Sonko, le Plan de Redressement Économique et Social (PRES), baptisé « Jubbanti Koom », dresse un premier bilan nuancé. Les performances des régies financières attestent une mobilisation soutenue des recettes et une reprise soutenue par les hydrocarbures, les fragilités structurelles notamment le niveau d'endettement et la faible croissance hors pétrole demeurent des défis majeurs.

Dévoilé le 1er août 2025 au Grand Théâtre de Dakar, le PRES a été élaboré dans un contexte de tension budgétaire aiguë. Le déficit public avait atteint 13,4 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2024, avant d'être réévalué à 14 %, tandis que la dette publique consolidée culminait à 132 % du Produit Intérieur Brut (PIB), soit plus de 23 500 milliards de FCFA.

La progression annuelle de l'encours, supérieure à 13 %, traduisait une détérioration significative des finances publiques. La pression liée au service de la dette accentuait cette situation. Au premier trimestre 2025, plus de 822 milliards de FCFA ont été mobilisés pour honorer les échéances, en hausse de 24 % sur un an. Dans le même temps, les subventions extérieures se contractaient fortement et la suspension du programme avec le Fonds Monétaire International (FMI) limitait l'accès aux financements concessionnels.

Le principal acquis du PRES concerne dans la performance des administrations financières. La Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) a mobilisé 2 915 milliards de FCFA en 2025, soit une progression de 12 % par rapport à 2024. À elle seule, elle assure désormais 65 % des recettes totales de l'État. Les impôts directs progressent de 9,6 %, les impôts indirects de 14,5 %, tandis que la TVA intérieure enregistre une hausse de 20 %. Les revenus domaniaux connaissent une envolée de plus de 68 %, portée par la régularisation foncière.

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L'élargissement de l'assiette fiscale à des secteurs auparavant peu imposés jeux d'argent, tabac, alcool, services numériques et transactions de mobile money a contribué à cette dynamique.

La Direction Générale des Douanes fait également état de résultats supérieurs aux prévisions. Avec 1 286 milliards de FCFA de recouvrements directs, elle dépasse ses objectifs annuels, bénéficiant notamment de la régularisation des recettes pétrolières, du renforcement de la lutte contre la fraude et de la digitalisation des procédures. La montée en puissance des exportations issues des champs de Sangomar et de Yakaar-Teranga a, par ailleurs, soutenu les recettes douanières.

Une croissance portée par les hydrocarbures

D'après l'Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), le PIB réel a progressé de 4,2 % au troisième trimestre 2025. Les secteurs primaire et secondaire affichent des hausses respectives de 7,3 % et 7,2 %, tandis que le tertiaire demeure plus modéré (+2,4 %). Les industries chimiques, la pêche et les activités extractives figurent parmi les moteurs de cette reprise.

Sur le plan budgétaire, la Direction de la Prévision et des Études Économiques (DPEE) souligne une hausse des ressources hors dons de 12,1 % au premier trimestre 2025 et un recul des dépenses publiques de 4 %, traduisant une amorce de discipline budgétaire. Par ailleurs, les immatriculations au NINEA ont progressé de 32 % au quatrième trimestre, signe d'une formalisation accrue de l'économie.

La dette, talon d'Achille du redressement

En dépit de ces résultats, la soutenabilité de la dette est un enjeu central. En l'absence d'accord opérationnel avec le FMI, l'État s'est financé sur le marché financier régional de l'UEMOA. Le coût moyen des nouvelles émissions, avoisinant 7 %, reste supérieur aux conditions offertes par les bailleurs multilatéraux. Si la croissance globale annuelle atteint 7,9 %, celle hors hydrocarbures ne dépasse pas 1,8 %, posant la question de la diversification et de la solidité du modèle économique. La dépendance aux ressources extractives expose en effet l'économie à une volatilité inhérente aux marchés internationaux.

Les enjeux de 2026

La réussite du PRES dépendra de plusieurs autres paramètres : la relance d'un partenariat formel avec le FMI, la diversification structurelle de l'économie et une gestion rigoureuse de l'endettement. L'impact social des nouvelles mesures fiscales constitue également un point de vigilance, notamment pour les populations non bancarisées affectées par certaines taxes indirectes.

Inscrit dans la dynamique stratégique « Vision 2050 », le plan amorce une phase de redressement dont les résultats apparaissent encourageants sur le plan fiscal. Toutefois, la consolidation durable de ces acquis exigera constance, cohérence des politiques publiques et transformation des performances budgétaires en progrès social tangible pour l'ensemble des Sénégalais.

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