Arrêté le 15 avril 2017 dans le cadre de l'enquête sur l'importation de plus d'une centaine de kilos d'héroïne dissimulés dans une cargaison industrielle en provenance d'Afrique du Sud, Navind Kistnah affirme, dans plusieurs lettres envoyées depuis sa cellule, être détenu depuis neuf ans sans que toute la lumière n'ait été faite sur cette affaire. Il évoque également des démarches entreprises auprès de plusieurs institutions.
Depuis le 15 avril 2017, Navind Kistnah passe ses journées et ses nuits dans une cellule policière au quartier général de l'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), aux Casernes centrales. Son arrestation était intervenue dans le cadre de l'enquête sur l'importation d'une importante cargaison d'héroïne saisie quelques semaines plus tôt au port.
L'affaire remonte au 9 mars 2017, lorsque les autorités avaient découvert 135 kilos d'héroïne dissimulés dans un conteneur arrivé d'Afrique du Sud. La drogue était cachée dans six cylindres métalliques rouges, appelés des sand blasting pots, des équipements industriels généralement utilisés pour des opérations de sablage.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Selon les autorités, la cargaison avait été interceptée au Mauritius Container Terminal dans le port. Après analyses et pesées officielles, la quantité de drogue avait ensuite été réévaluée à 119,5 kilos. Sur le marché local, la valeur de cette saisie avait été estimée à plus de Rs 2 milliards, ce qui en faisait l'une des plus importantes interceptions de drogue jamais réalisées dans le pays.
À la suite de cette découverte, l'ADSU avait lancé une vaste enquête afin de retracer l'origine de la cargaison et d'identifier les personnes impliquées dans son importation. Les investigations avaient porté sur plusieurs aspects, notamment les documents d'importation, les procédures de dédouanement ainsi que le rôle des sociétés et intermédiaires impliqués dans l'acheminement du conteneur.
Les enquêteurs avaient également analysé des communications téléphoniques et des échanges de messages susceptibles d'éclairer les circonstances de l'importation de la drogue. Dans le cadre de cette enquête, Navind Kistnah avait été inculpé d'entente délictueuse en vue d'importer de la drogue et de trafic de stupéfiants. Depuis son arrestation, il a plaidé non coupable aux accusations portées contre lui. Dans plusieurs lettres manuscrites envoyées depuis sa cellule, Navind Kistnah affirme que sa détention dure depuis neuf ans et que certains aspects de l'enquête mériteraient, selon lui, d'être réexaminés.
Il indique avoir écrit à plusieurs institutions, dont le bureau du Premier ministre, l'Attorney General ainsi que la National Human Rights Commission, afin d'attirer l'attention sur sa situation.
Selon lui, ces correspondances seraient restées sans réponse jusqu'à présent. Dans ses lettres, il évoque également une autre enquête menée par l'ADSU en 2016 dans laquelle, affirme-t-il, une importante quantité d'héroïne - estimée à environ un kilo, pour une valeur d'environ Rs 15 millions - avait été mentionnée. Il soutient que ces éléments devraient être examinés dans le cadre plus large des investigations liées au trafic de drogue.
Navind Kistnah affirme également que certaines informations recueillies par les enquêteurs, notamment à travers des communications téléphoniques et des messages, pourraient apporter des éclaircissements supplémentaires sur les circonstances de l'importation de la cargaison.
Dans ses correspondances, le détenu évoque aussi des investigations menées à l'étranger dans le cadre de la coopération entre services d'enquête. Il mentionne notamment des démarches entreprises en Afrique du Sud afin de retracer l'origine de la cargaison et d'identifier les personnes impliquées dans son expédition vers Maurice. Il évoque par ailleurs le rôle de plusieurs intermédiaires liés aux opérations d'importation et de transport du conteneur, citant notamment des acteurs associés au secteur du courtage maritime et de la logistique portuaire.
Selon lui, certains individus mentionnés dans l'enquête seraient toujours recherchés. Il estime que ces éléments pourraient permettre de mieux comprendre les circonstances dans lesquelles la cargaison contenant la drogue a été introduite dans le circuit commercial.
Dans ses lettres, Navind Kistnah évoque également les biens saisis lors des opérations menées par les autorités au moment de l'enquête. Il affirme que de l'argent liquide, du matériel informatique ainsi que d'autres objets personnels avaient été récupérés par les enquêteurs.
Selon lui, sa famille aurait entrepris des démarches auprès de la Financial Crimes Commission afin d'obtenir des informations concernant ces biens et sur la possibilité de leur restitution. À ce stade, indique-t-il dans ses correspondances, aucune réponse officielle ne leur aurait été communiquée.
Alors que cette affaire remonte désormais à près d'une décennie, Navind Kistnah affirme attendre que toute la lumière soit faite sur ce dossier. Dans ses lettres, il insiste sur la durée de sa détention et sur la nécessité, selon lui, que l'ensemble des éléments de l'enquête soit examiné.
Le dossier reste toutefois entre les mains de la justice et les débats devront permettre d'évaluer les différentes preuves recueillies dans cette affaire qui avait marqué l'actualité en 2017 en raison de l'importance de la saisie de drogue réalisée au port.
En attendant l'issue de la procédure, Navind Kistnah continue d'écrire depuis sa cellule pour faire connaître sa version des faits et attirer l'attention des autorités sur sa situation.