La filière café-cacao reste robuste et résiliente. Il est vrai que l'air qui souffle sous le feuillage aujourd'hui est moins frais. Mais, les planteurs ivoiriens, loin des réactions épidermiques tendant à faire croire qu'ils sont lésés, doivent garder la tête froide. Malgré la mauvaise conjoncture sur le marché international, avec une chute de plus de 250 % des cours mondiaux, ces derniers s'en tirent à bon compte. Les cacaoculteurs ivoiriens captent, en effet, 72,72 % du prix Coût assurance fret (Caf), là où ils devaient s'attendre à 60 %.
Il faut se garder de critiquer un fauteuil qu'on n'occupe pas», a dit le sage. Ou encore, celui qui n'est pas aux affaires gère la parole et celui qui occupe le trône gère la réalité. La réalité aujourd'hui dans le secteur agricole cacaoyer est des plus moroses.
Observons l'évolution du cours du cacao sur le marché international depuis quelque temps. Il y a un an, la tonne du produit se négociait à 11 280 dollars, soit 6 204 000 FCfa. En octobre 2025, il y a six mois environ, il était à 7 230 dollars, soit 4 004 000 FCfa, baissant de plus de 57%.
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L'actualité aujourd'hui, c'est 3 000 dollars, soit 1 650 000 FCfa la tonne. Ce qui donne 1 650 FCfa le Kilogramme. De 6 204 à 1 650 FCfa le Kilogramme de cacao, les cours enregistrent une chute vertigineuse de 276%. C'est cela la réalité. Mais, l'État de Côte d'Ivoire respecte ses engagements.
Prenant sur lui de payer le stock ciblé de la campagne principale à 2 800 FCfa le Kilogramme, en activant la péréquation. Même si cette péréquation n'est pas proportionnelle aux embellies à l'international (la chute est de 276%, contre une remontée dans le passé, beaucoup moins importante). Et voilà que la petite campagne ou campagne intermédiaire s'annonce.
En général, cette période se caractérise par des productions de fèves de petit grammage. Induisant une baisse de prix aux producteurs. L'année dernière, malgré cet état de fait, cette petite campagne n'a pas connu de variations à la baisse du prix bord champ.
La conjoncture est telle que, pour la campagne intermédiaire actuelle, le gouvernement a pris la décision, de façon responsable, de fixer le prix aux agriculteurs à 1 200 FCfa le Kilogramme de cacao. C'est un véritable sacrifice. Mettant en avant, l'intérêt des premiers acteurs de la filière. Regardons techniquement.
Le Chef de l'État, depuis son accession à la magistrature suprême, s'est engagé à honorer le labeur des planteurs. Déclarant que les cacaoculteurs devraient désormais toucher 60 % du prix du produit vendu sur le marché mondial. Si nous considérons les 1 650 FCfa à l'international, les 1 200 FCfa achetés aux paysans représentent 72,72%. Un gain de 12,72 points au-dessus de la norme. Autrement dit, le gouvernement va au-delà de la promesse faite. C'est cela qu'il faut apprécier. Tout en espérant que le cycle soit favorable à une remontée, pour de meilleures rémunérations au bord champ.
Le planteur reste de ce fait au coeur de la filière, pour l'État de Côte d'Ivoire. La situation que traverse le secteur remet au goût du jour, la question de la transformation. Les pays producteurs de matières premières ne trouveront leur salut que dans la maîtrise de la chaîne de valeur.
Lorsqu'on observe le cycle, du champ au consommateur, la réalité est troublante. Démonstration. Les 100 grammes de cacao reviennent à 120 FCfa au planteur. Les mêmes 100 grammes usinés et transformés en chocolat sont vendus au moins à 1 500 FCfa, la tablette de bas de gamme. Sinon les tablettes de haut de gamme de 100 grammes frôlent souvent les 4000 FCfa. On perçoit bien que la richesse se trouve dans la transformation.
De 120 FCfa à 1 500 FCfa, 1 380 FCfa, soit 11,5 fois le prix au producteur, sont captés par les négociants, usiniers et chocolatiers. Là réside le vrai défi. Arriver à contrôler la production de produits élaborés, chocolat, beurre et poudre de cacao, liqueur de cacao, produits cosmétiques et autres pour tirer profit de la filière, de manière considérable.
Toute chose qui nécessite un transfert de technologie et de savoir-faire. Il est clair que sur ce chemin, il va falloir faire face aux géants mondiaux installés en Europe et en Amérique. Le jeu en vaut la chandelle. Il y va de la viabilité de la filière. Des éléments se mettent en place.
Des chocolatiers traditionnels ivoiriens se signalent de plus en plus. Ils livrent des productions qui défient les marques internationales. Il faut y croire et densifier ce noyau. La Côte d'Ivoire s'est aussi lancée dans la labellisation de ses produits. On trouve dans le commerce le Café des 18 Montagnes, par exemple. Une valorisation des livraisons du terroir.
A un niveau national, des usines se sont installées. Qui pour broyer, qui pour donner des produits intermédiaires, qui pour fournir des aliments prêts à la consommation. Le pays a un avantage comparatif à fabriquer des produits à base de cacao.
La matière première n'a pas besoin de prendre le bateau pour nous revenir beaucoup plus cher en produit fini. La production sur place éviterait ainsi le coût du transport du produit brut vers les pays industrialisés. Du coup, la Côte d'Ivoire proposerait des produits élaborés très compétitifs. Les semences d'une industrialisation réussie sont disponibles.
Les avantages comparatif et compétitif dans la transformation sur place sont évidents. On n'attend plus que les bourgeons donnent des fleurs de l'espérance d'une récolte fructueuse en matière d'industrialisation.