Sénégal: Moustapha Diouck - « Des structures spécialisées seront créées dans chaque pôle territoire »

Inspecteur de l'enseignement élémentaire, conseiller technique au Secrétariat général du ministère de l'Éducation nationale et assistant technique en éducation inclusive, Moustapha Diouck revient, dans cet entretien, sur les défis, les limites et les perspectives concernant la prise en charge des enfants à besoins éducatifs spécifiques dans le système scolaire sénégalais.

Comment le ministère évalue l'accès réel des enfants aux besoins spécifiques dans l'enseignement public ?

Dans l'enseignement public, le ministère de l'Éducation nationale donne une importance capitale à la prise en charge éducative des enfants handicapés. Pour cette cible particulière communément appelée déficience intellectuelle, l'intégration dans les classes ordinaires est très complexe. Toute- fois, pour ne pas les laisser en rade, le ministre a donné des orientations claires en se focalisant sur le niveau comportemental qui est un facteur important pour son épanouissement dans le groupe. Au cas où les troubles de com- portement sont aigus, il est re- commandé de les orienter dans les centres spécialisés où un personnel dédié est préparé à les recevoir.

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Est-il possible de mettre ensemble les enfants qui ont des troubles neurodéveloppementaux dans le même groupe que tout le monde dans les écoles ordinaires ?

Je pense que non, surtout dans un contexte de classes pléthoriques et de déficit de formation des enseignants des écoles ordinaires sur cette pathologie. Pour l'orientation du ministère est de les intégrer en fonction du niveau comportemental, car il y en a qui sont dans nos écoles ordinaires et dont le handicap est compatible à nos situations de classe.

Quelles structures concrètes existent aujourd'hui pour accueillir ces enfants, au-delà des écoles privées souvent coûteuses ?

Pour le moment, en dehors du centre qui est à Talibou Dabo et qui est un centre spécialisé, l'offre est assurée par le privé avec des structures qui jouent un rôle de service public. C'est pourquoi elles reçoivent des subventions annuelles si elles bénéficient d'une reconnaissance délivrée par la Division de l'Enseignement privé du ministère de l'Éducation nationale. Ce centre fonctionne depuis 1997 et a été acquis grâce aux Pays- Bas qui ont voulu satisfaire la requête des parents. Il accueille des enfants victimes de trisomie, des psychotiques, des infirmes moteurs cérébraux, des épileptiques, des autistes, entre autres.

Le nombre de places étant limité, beaucoup de parents sollicitent le privé après la sélection en début d'année. Toutefois il faut noter que depuis l'avènement du nouveau régime, la prise en charge des enfants en situation de handicap est devenue primordiale dans les orientations de la politique sous- sectorielle. Cela est motivé par les instructions du président de la Ré- publique et les directives primatoriales.

Le ministre de l'Éducation nationale s'est engagé à créer un centre ou des structures spécialisées répondant aux normes et standards en matière de handicap incompatible au milieu scolaire ordinaire dans chaque pole territoire et progressivement dans chaque académie. Cela va soulager les parents d'enfants cibles dont la zone ne bénéficie pas de structures d'accueil. Ce qu'il faut préciser à ce niveau, c'est le choix pertinent du ministre de considérer que tous les handicaps ne sont pas compatibles présentement à nos écoles et qu'il faut nécessairement répondre au principe d'équité et de démocratisation de l'espace scolaire en offrant aux enfants de cette catégorie de pathologie des structures adaptées à leur épanouissement.

C'est le lieu de différencier les écoles inclusives qui accueillent des élèves handicapés et d'autres non handicapés qui évoluent dans la même classe, ce qui est différent des écoles spécialisées qui prennent en charge T'ensemble des pratiques éducatives conçues pour répondre aux besoins uniques d'apprenants ayant des déficiences communes. Aujourd'hui, avec l'appui des partenaires intervenant dans le domaine de l'éducation inclusive, les enseignants sont de plus en plus formés aux fondamentaux de l'éducation inclusive, à la pédagogie différenciée et à la discipline positive pour mieux accueillir et maintenir les enfants en situation de handicap en classe.

Le ministère, conscient de sa mission régalienne de former tous les enseignants, a décidé d'introduire à partir de cette année et pour la première fois, les modules harmonisés d'éducation inclusive dans les centres de formation initiale des enseignants communément appelés Crípe afin que les stagiaires soient bien formés dans ces disciplines qui ne figuraient pas dans le plan de formation initiale. Ils seront formés aussi à la méthode braille pour éviter le rush vers l'inefja qui reçoit des effectifs limités, mais aussi à la langue des signes pour recevoir aussi, les enfants sourds dans les classes ordinaires.

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