Ile Maurice: La moitié du ciel

Dans un monde véritablement juste, il n'y aurait point de Journée internationale des droits des femmes. Car la femme n'est pas un événement inscrit au calendrier. Elle est la respiration continue du monde. Elle est la main qui berce l'enfance, la voix qui apaise la nuit, le courage discret qui tient debout les maisons quand les tempêtes soufflent sur nos vies.

Mais nous ne vivons pas dans ce monde là. Si le 8 mars existe, c'est précisément parce que la justice ne circule pas encore entre les êtres comme une rivière libre. Elle s'arrête parfois aux frontières invisibles du genre. Elle trébuche dans les couloirs du pouvoir. Elle hésite dans les conseils d'administration, dans les parlements, dans les ateliers et les rues.

Ce jour-là n'est pas une fête innocente. C'est un rappel. Une pierre jetée contre les vitrines du confort collectif. L'histoire du 8 mars commence loin d'ici, dans le fracas du XXe siècle. En 1917, à Petrograd, des femmes russes descendirent dans la rue pour réclamer «du pain et la paix». Leur grève déclencha une onde de choc qui, quelques jours plus tard, emporta le tsar et ouvrit la voie au droit de vote pour les femmes. Ce 23 février selon le calendrier julien - le 8 mars dans notre calendrier - devint un symbole universel.

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Un symbole né de la faim et du courage. Plus d'un siècle plus tard, la nécessité demeure. Les chiffres parlent avec une froideur que les discours ne peuvent masquer. Des millions de filles ne vont toujours pas à l'école. Dans le monde, les femmes ne disposent encore que d'environ deux tiers des droits juridiques accordés aux hommes. Et chaque année, des dizaines de milliers d'entre elles meurent sous les coups d'un partenaire ou d'un membre de leur famille.

Derrière ces statistiques se cachent des vies entières. À Maurice aussi, les progrès sont réels, mais inachevés. Une cheffe-juge, une speaker, quelques dirigeantes ici ou là, nommées par des hommes dans des ambassades, conseils d'administration, commissions, etc. Ces figures comptent sans doute. Elles ouvrent des portes sûrement. Mais elles ne suffisent pas à renverser les habitudes profondes d'une société où la politique demeure encore largement une affaire d'hommes persuadés que l'autorité porte une voix grave et une cravate.

Nous attendons toujours celle qui, dans l'arène politique, parlera avec la force tranquille d'une Golda Meir, la détermination d'une Indira Gandhi ou la patience stratégique d'une Angela Merkel.

Pourtant, l'histoire prouve que lorsque le monde laisse un interstice aux femmes, elles y font entrer la lumière. Ellen Johnson Sirleaf a relevé un Libéria ravagé par la guerre. Partout, dans les entreprises, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les maisons, les femmes bâtissent des sociétés plus solides qu'on ne veut bien l'admettre.

Car la question n'est pas seulement morale. Elle est aussi économique. Quand les femmes entreprennent, dirigent, innovent, elles ne réclament pas une faveur. Elles mobilisent une richesse immense de talent, d'énergie et d'intelligence collective. Les économies qui comprennent cela avancent plus vite. Les autres se privent volontairement de la moitié de leur génie. Il ne s'agit pas d'opposer les sexes. Il s'agit d'agrandir la table.

En l'an 2000, l'express avait osé un geste rare : une édition entièrement réalisée par des femmes. Ce n'était pas une coquetterie éditoriale. C'était une démonstration. La preuve simple qu'aucun territoire intellectuel ou professionnel n'est réservé.

Aujourd'hui encore, ce message demeure nécessaire.

Car le combat pour l'égalité ne se gagne pas seulement dans les lois. Il se gagne dans les mentalités. Dans les réflexes quotidiens. Dans ces silences où une femme hésite à prendre la parole. Dans ces réunions où l'on écoute davantage l'assurance que la compétence.

Le 8 mars devrait être moins une célébration qu'une lucidité. Une invitation à regarder le monde tel qu'il est, mais aussi tel qu'il pourrait devenir.

Un jour peut-être, cette journée deviendra inutile. Elle disparaîtra dans l'évidence tranquille d'une égalité accomplie. Ce jour-là, nous ne parlerons plus de «la femme» comme d'une abstraction commode. Nous parlerons simplement des femmes - dans leur diversité, leurs ambitions, leurs voix singulières.

Et nous comprendrons enfin que la liberté n'est pas un gâteau que l'on partage en parts plus petites. Elle est une mer. Et chaque femme qui avance fait monter la marée.

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