Ile Maurice: Le combat pour l'égalité - «Beaucoup de progrès, mais tout reste à faire»

Anjalay Coopen, Émilienne Rochecouste, Radha Poonoosamy... Des noms qui ont marqué les luttes pour les droits des femmes à Maurice. Des pionnières dont les combats ont contribué à ouvrir la voie aux générations suivantes et dont l'héritage continue de résonner aujourd'hui. Hier, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, cet héritage a été rappelé lors de la cérémonie des National Women Awards 2026, organisée au Côte-d'Or National Sports Complex par le ministère de l'Égalité des genres et du bien-être de la famille.

Cette remise de prix s'est faite devant une assistance composée de nombreux responsables politiques, de représentants d'organisations féminines ainsi que les nominés des cinq concours organisés dans le cadre de cette journée. La cérémonie a mêlé moments de célébration et réflexions sur les défis qui persistent pour que l'égalité entre les femmes et les hommes et la justice sociale deviennent une réalité. Les cinq concours étaient centrés autour du thème «Valoriz bann madam».

Ils étaient destinés à différentes tranches d'âge : un concours de dessin pour les élèves du pré-primaire, qui a réuni plus d'une centaine d'enfants, une essay competition pour le primaire, un concours d'éloquence pour les collégiens, une clip competition pour les universitaires et un concours d'éloquence de type TED Talk intitulé «Koz pou fam» pour les participants de plus de 18 ans.

Dans son discours, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a invité l'assistance à un véritable retour dans l'histoire de Maurice. Il est revenu sur plusieurs moments marquants de l'histoire sociale et politique du pays, rappelant que les droits dont bénéficient aujourd'hui les femmes mauriciennes sont le fruit de longues luttes menées par plusieurs générations. «Nous avons fait beaucoup de progrès, mais le combat continue», a déclaré le chef du gouvernement, soulignant que ces avancées ont été rendues possibles grâce à l'engagement et au courage de nombreuses femmes.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Il a notamment rendu hommage à ces figures féminines qui ont contribué à faire évoluer la place des femmes dans la société mauricienne. Parmi elles, Annie Cadinouche, ancienne chroniqueuse à l'express, qui avait lancé dans les années 1960 l'une des premières associations féminines du pays, contribuant à porter la voix des femmes dans l'espace public.

Le Premier ministre a également souligné les progrès réalisés au fil des années avec la nomination de femmes à des postes de responsabilité dans différentes institutions publiques et diplomatiques. Selon lui, ces avancées témoignent d'une évolution importante dans la société mauricienne, même si des efforts restent nécessaires pour atteindre une véritable égalité. Il a notamment rappelé que la proportion de femmes élues demeure relativement faible, avec environ 18 % de représentation féminine, un chiffre bien en deçà du seuil de 30 % recommandé dans la région de la Southern African Development Community.

Un constat également partagé par le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, qui a aussi insisté sur le chemin qu'il reste à parcourir. «Il y a eu beaucoup de progrès, mais tout reste à faire», a-t-il déclaré, rappelant que les femmes ne bénéficieraient que de «64 % des droits». Il a également déploré leur faible représentation dans certaines sphères, notamment au sein du gouvernement et dans le monde des affaires, où seulement 10 % des chefs d'entreprise seraient des femmes.

Pour lui, ce déséquilibre ne pourra être corrigé qu'à travers des réformes structurelles. Paul Bérenger a ainsi évoqué la réforme électorale actuellement en préparation, qui devrait être finalisée prochainement avant d'être présentée au Conseil des ministres. Selon lui, les femmes doivent être placées «au coeur» de ce processus afin de permettre une participation plus équilibrée dans les institutions politiques du pays.

De son côté, la ministre de l'Égalité des genres et du bienêtre de la famille, Arianne Navarre-Marie, a insisté sur la nécessité de transformer les engagements en actions concrètes. Rappelant le thème de la Journée internationale des droits des femmes cette année, «Rights, Justice, Action. For ALL Women and Girls», elle a souligné que les droits des femmes ne sont pas des privilèges mais des droits fondamentaux qui doivent se traduire par des politiques publiques efficaces.

La ministre a également évoqué la question des violences domestiques, qu'elle a qualifiée de problème majeur. Elle a rappelé que trois femmes avaient perdu la vie sous les coups de leur partenaire au cours des 67 derniers jours, soulignant que ces tragédies rappellent l'urgence d'agir. «La violence domestique n'est pas une affaire privée. C'est un crime», a-t-elle insisté, appelant à une mobilisation de l'ensemble de la société.

Même appel à l'action pour la coordinatrice résidente des Nations unies à Maurice, Lisa Simrique Singh, pour lutter contre la persistance des violences basées sur le genre. Elle a soutenu que les progrès réalisés dans des domaines tels que l'éducation, la santé ou encore la participation des femmes aux sphères de décision ne suffisent pas et de nombreux défis persistent. Dans cette optique, elle a évoqué des mesures visant à renforcer le cadre légal, notamment la reconnaissance de différentes formes de violences, telles que la violence psychologique ou financière. Elle a également plaidé pour une plus grande vigilance de la part de certains professionnels - médecins, enseignants ou travailleurs sociaux - afin que les situations suspectes puissent être signalées plus rapidement.

Au-delà de la lutte contre les violences, Arianne Navarre-Marie a aussi mis en avant l'importance de l'autonomisation économique des femmes. Selon elle, l'indépendance financière constitue un levier essentiel pour renforcer leur position dans la société, notamment à travers l'entrepreneuriat et les programmes de formation.

Sensibiliser dès l'enfance

Lors de son intervention, Navin Ramgoolam a également évoqué un autre enjeu social préoccupant : la lutte contre la drogue. Il a indiqué que le gouvernement envisage de relancer un projet destiné à sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge aux dangers de la drogue. Cette initiative, qu'il avait déjà tenté de mettre en place par le passé, viserait notamment à inculquer aux jeunes des valeurs telles que le respect des autres et des règles de vie en société, tout en les sensibilisant aux risques liés à la consommation de stupéfiants. Selon le Premier ministre, l'éducation et le changement de mentalité constituent des éléments essentiels pour faire face à ce fléau qui affecte de nombreuses familles.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.